‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 18 sur 46 · FIN DES LETTRES DE M. DE COULANGES · texte numérisé non relu

FIN DES LETTRES DE M. DE COULANGES

LETTRES INEDITES

DE MADAME DE SÉVIGNÉ A L'ABBÉ MIXAGE ET A M. DU PLESSIS(i).

.VWIV\WIWVVWV%/\VWWIVI'V1

LETTRE i".

A Ménage.

(Vers i658.)

Votre billet est le plus joli du monde, c'est ainsi que je vous conseille de les faire. Je suis ravie que mes petits yeux aient fait de si jolies conquêtes; je me trouverais bien honorée s'ils portoient le désordre jusque dans le conseil d'en haut, mais je crains que l'histoire ne soit telle qu'à demi. En tout cas je me contente de l'estime . et je vous conjure de me la consen ei puisque c'est vous qui nie lavez acquise (2).

(1) 11 avoil <'té gouverneur du marquis de Grignan, et l'étoit devenu tlu marquis de Vins.

(2) Je crois qu'il s'agil ici de l'estime que IVf. & i%icn, surintendant tics finances en même temps que Fouquet,

Pour M. de Noirmoutiers (i) j'en prendrai le soin, car il prend le chemin de venir céans, et c'est là que je l'attends pour lui gagner le cœur. Après tout vous avez la gloire que j'ai été plus friande du vôtre que de tous les autres ; mais quelque honte qu'il y ait pour moi au temps que j'ai employé à l'acquérir, j'en suis toute consolée, quand je songe à ce qu'il vaut.

-yiA,vvx w». •»/»/». •w»*i«^V'V»--»."X i

Au même.

(Date incertaine.) (2)

Vous demandez congé de si bonne grâce qu'il est difficile de vous refuser ; il y a bien de

avoit conçue pour madame de Sévigné, d'après les conversations de Ménage. Il est difficile d'en douter, quand on rapproche ce billet de celui que nous avons fait connoître dans notre édition des Lettres de madame de Sévigné , sous le n° 29.

(1) Louis de La Trémouille, duc de Noirmoutiers; il mourut le 12 octobre 16S6, à l'âge de cinquante-quatre ans.

(2) Rien dans ce billet ne peut faire présumer à quelle époque il a été écrit. Madame de Sévignë y parle avec un ton d'autorité qui n'appartient ni à une jeune personne ni à une très jeune femme , cela feroit penser qu'elle pouvoit avoir de trente à quarante ans.

DE MADAME D E s r \ i c > i . /Joi

ïa différence «le cette fois-ci à L'autre dont fous parlez, et de cette lettre à l'autre dont vous parlez encore; j'ai fait mon possible pour y pouvoir revenir, mais il m'a été impossible] et je ne sais comme elle m est échappée ; le principal est que le fond y est toujours, et que ce qui me la iit écrire n'esi en rien diminué. Je vous ordonne de le croire <'t de voua occuper un peu pendant \ otre \ <>\ âge à songer et à dire du bien <lc moi ; j'en ferai <!<• même pour vous , et je vous attendrai le lendemain de votre retour à dîner ici. Adieu lauii de tous lc> amis le meilleur (i).

•vx XXX % XXX XXX VXX XXX XXX XXX xxx v x.-*.v»xv»v * vxx XX-VVXXXX XV.

yl M. dc Pli ssn

Aux Rochers , dimanche a6- juin ( 1C89).

Je me trouve dans toutes les dispositions nécessaires selon les maximes de notre cher Corbinelli, pour mériter que vous m'ayez écrit) et que vous m'écriviez quelquefois. J'ai senti l'apparence de votre oubli, et je n'ai point fait

(1) Suscription: A Vomi Minage,

aller mes plaintes jusqu'à vous ; car si cétoit mes reproches qui m'eussent attiré votre lettre, elle me seroit aussi odieuse qu'elle m'a été agréable. Vous voyez, mon cher monsieur, que je n'ai pas encore oublié les leçons de mon maître : je n'oublierai jamais non plus tous vos soins, toute votre amitié, et tout le bon usage que j'ai fait de votre esprit , de votre capacité et de votre complaisance. Si j'en ai abusé, je vous en fais mille excuses ; mais il est difficile de se retenir dans un chemin si doux et si agréable.

Tous menez donc la vie des sages : vous vous retirez du monde: vous êtes bien jeune, mon ami, pour le prendre d'un ton si haut. Vous vous occupez à élever votre petit garçon (i) , c'est la plus honnête occupation que vous puissiez avoir en attendant que la chimère (2) vous en détourne. Je vous prie, mon cher Plessis , de me mander aussitôt qu'elle montrera le nez. Il me paroît que madame de Vins , qui sait qu'elle n'a le pas qu'après

(1) Un fils que M. du Plessis avoit d'un premier mariage.

(2) Il faut, je crois, entendre par cette chimère de AI. «lu Plessis, le modèle de perfection que son imagination s'cioit plue à lui former lorsqu'il pensoit à contracter de nouveaux liens.

r>r. MADAME r> F. s t VI cm:. ,,o.'.

( nie personne , attend avec patient e et impatience que vous ayez réglé sa destinée et celle de son fils. Votre pupille(i) est fort joli; NE.de Bouflers m'en mande des merveilles. (Test une chose étrange comme vous ayez rendu ce petit garçon hardi et propre à la guerre; il semble que ce soii Ba pente naturelle. Vous me confirmez dans la bonne opinion que j'en ai,

eu me disant <ju il VOUS aime toujours et qu'il FOUS écrit. Ce sont des pierres de tourbe que ces endroits-là. Ma fille fiait Tort bien aussi d'avoir du commercé avec vous. Vous ne sau* riez douter de son estime; vous avez eu plus de peine à vous en défendre <ju à la mériter.

Je suis assez seule présentement. Mon fils est à Rennes avec toute cette noblesse, à qui il faut donner Pair des régiments. Il y tient une grande table, voilà ce qui s'appelle la guerre et ce qui L'afflige à). Il vous aime toujours; cette passion lui dure plus qu'une autre. Ma belle-fille est ici; nous lisons; nous nous promenons; nous prions Dieu; nous travail-

(i) Jean , marquis de Vins après son père , devint lieuteur» 1 1 1 -;*, - 1 1' rai des armées du roi , et capitaine-lieutenant de la première compagnie îles mousquetaires. Il mourut en i ;.v> sans laisser di postéi ité*.

(•>) La noblesse de Rennes et de Vitré avoit choisi le marquis de Sévigné pour la commander. / '- ret la lettre 1028 de notre édition.)

Ions; nous recevons des lettres; nous écri*vons. Hélas, mon cher monsieur, en voilà plus qu'il n'en faut pour faire passer les jours trop vite. J'envoie quand je puis de petites, lettresde-change à Beaulieu, mais pas tant que je le voudrois. Je n'ai point encore été à Nantes. J'y fais exécuter ceux qui me doivent; je ferois mal ces expéditions (i). Nous avons lu les variations de M. de Meaux (Bossuel) avec délices; ce livre seroit digne de vous (2). Adieu, mon cher monsieur; à la mort et à la vie , je vous aimerai et vous estimerai très indépendamment de la qualité de gouverneur du marquis de Grignan. C'est à vous que vous devez ces sentiments. Je me moquerois bien de vous, si vous m'écriviez plus sérieusement. Quelle folie ! mais je vous prie que je sois la première avertie de l'aimable chimère*

Siiscription : Pour M. du Plessis.

(1) Madame de Sévigné faisoit poursuivre La Jarie, ancien fermier du Buron , et sa caution , pour avoir le paiement des anciens fermages. Elle se servit des mêmes expressions en écrivant le même jour à sa fille. « Pour « moi, ma belle , je ne songe point encore au voyage de « Nantes ; j'y fais exécuter des gens qui me doivent. Je « serois peu propre à ces sortes de choses. » (Lettre à madame de Grignan du dimanche 26 juin 1G89, n" 1077 de notre édition. )

(->) Elle parle aussi de la lecture quelle faisoit de V Histoire des variations , dans sa lettre à sa fdle du i<r juin précédent , n° 1069

■V-v/v-w-v-vv-v \. w x » x x xx X » X X VA -v V \ \ï\xv^\v»w\w\vv» -v/vv-x/VV

Au même.

Aux Rochers, dimanche a5 septembre 1689,

Vraiment voici bien une autre affaire que notre chimère (i); ce n'en est plus une, à ce que je vois, que le bon et agréable mariage que vous avez fait. On me l'avoit mandé on l'air, mais je ne vouJois pas le croire que voua ne me l'eussiez mandé. Je me doutoisbien, mon cher monsieur, qu'un homme de votre âge , de votre humeur, si propre à la société* , et à rendre une femme heureuse, ne demeiu reroit point dans un triste célibat. Cependant si notre chimère étoit sortie toute entière , elle vous auroit occupé. Mais la providence 7

(i) Madame de Sevi^ne ccrivoit à sa fille le 18 septembre 1689: « Du Plessis m'a écrit que sa chimère u a- « voit montre que le bout du nez; qu'elle □ < -1 pas encore «sortie; mais qu'il est marié à une personne toute parti faite, et conforme à son goût, qui a de l'esprit, de la <« beauté, de la naissance, et qui le met en état de n avoi| r plus besoin de rien. •>

notre chère providence que nous aimons tant, (car ne l'aimez-vous pas toujours?) a si bien disposé et rangé toutes choses qu'il y aura place pour tout. Vous n'avez pas tout-à-fait perdu les espérances de ce côté-là, je n'en sais pas davantage; et vous avez toujours madame de Vins qui vous souhaite. Comment vous démêlerez-vous de tout cela? Il me paroît que présentement vous êtes occupé de cette nouvelle épouse. En ne me disant rien , vous m'en dites beaucoup : de la naissance , de l'esprit , du bon esprit, capable de tout, éclairée sur tout, de la conversation, deux beaux yeux pleins de vivacité, car la figure ne vous est pas indifférente, et enfin du bien pour vous mettre à couvert des caprices de la fortune ; voilà ce qui me paroît le plus important pour l'avenir ; car telle que vous la représentez , elle ne vous mettra pas à couvert d'avoir beaucoup d'enfants, et il est à propos que cet avenir paroisse doux , par l'assurance d'un bien qui les fasse subsister avec vous sans peines et sans chagrins ; c'est ce que je craignois qui manquât à votre bonheur; et cette privation se répand et s'étend sur toute la vie. Mais vous me rassurez, et je vous crois, et je suis ravie de votre satisfaction. Je crains qu'elle ne vous empêche de vous donner à madame de Vins. Je fus bien fâchée de ne point entendre votre nom dans le

Page 1