‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 19 sur 46 · E M A D A M E DE S Ê V I G M I · texte numérisé non relu

E M A D A M E DE S Ê V I G M I

nombre <!«• «tu\ qui sou) destinés pour M. le duc de Bourgogne. .!<• L'espérois; niais enfin, mon cher monsieur, vous me ferez à loisir un second tome «le vos aventures. Vous ~;i\ « z lintérêl que j'y prends, et la véritable amitié que j'ai toujours eue pour vous. Jeu y ai point perdu de temps , et je n ai point discontinué pendant que nous avons eu le bonheur de n oua avoir ; il est vrai aussi que vous avez très bien répondu à mon estime et à ma confiance, et que sons m'avez rendu mille bons offices, et donné mille marques de votre amitié, dont il me semble que j'ai abusé. Enfin, mon cher monsieur, conservez-moi dans votre souvenir, et me donne/, quelque part dans les bonnes grâces de votre nouvelle épouse. Quoi ! vous l'aimez plus que l'autre (i)? est-il possible? vous avez une grande capacité d'aimer 1 J'ai Bien peur que tant de ent tort à la nôtre,

monsieur, et d'autant plus que le- demi» res sont plus fortes que les premières et les effacent entièrement. Je ne laisse pourtant

(j) M. du Plessis avoil écrit; * J'aime beauçp <» ce tic fouine-* i que lu défunte, » ■ Qela convû ni, aj< ute ,. madame de Se vigne , à la «louli-m- .ju'il çui dfl !>> perdre ; ((vous en souvient-il?» ( Let. up3.) I! ji.uoit que M dp Plessis avoit déjà contracté un premier mariage dont il lui était resté un fils. ; Voyez ci-dessus pag. 4>

pas de me réjouir de votre nouvel amour, sans songer combien cet exemple (i) me peut être fatal

La Marquise de Sévigné,

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Au même,

Aux Rochers , dimanche 4 juin 1690.

J'ai reçu votre grande lettre , n'en soyez point en peine; j'en ai été pénétrée; vous me parlez avec une véritable confiance et je suis touchée de ces marques d'amitié. Je vous y répondis en peu de mots, et vous m'avez écrit dans le même temps que je vous écrivis l'autre jour par madame de Vins. Ne soyez point en peine de tout ce que vous me mandez , mon cher monsieur ; j'ai en vérité senti toutes vos peines (2), et je les ai assez bien comprises pour

(1) D'uu second mariage.

(2) M. du Plessis , dès l'année précédente , avoit fait part à madame de Sévigné de ses chagrins domestiques. On le voit par ce passage de la lettre de madame de Sévigné à madame de Grignan. « Vous allez voir M. du Plessis ; il « m'écrit , et me fait comprendre que son mariage n'est

n'être pas surprise que votre sang en eût été en colère, et qu'il vous air tourmenté par des érysipéles; c'est un cruel mal, je le connois; j'espère qu'un jour nous causerons à cœur ouvert sur toutes ces choses.

Le marquis eut été bien heureux si vous lui aviez donné des conseils; tout a été a la débandade, on a jeté l'argent, et comme vous dites, il n'a point eu un bon air cet hiver, et il n'a pas encore présentement cet équipage avec lui , et il perd un cheval dès la première journée. C'est que tout cela est mal conduit, et qu'il d'y a point de tète. Il a bien perdu à la Notre. Je souhaite tout bonheur à M. de Carcassonne (i), il faut tout abandonner à notre providence , car on se pendroit sans cette vue qui calme et qui console. Adieu, mon cher monsieur. Si je finis ce n'est pas faute d'avoir bien des sujets de causer; mais le moyen de si loin? Conservez moi seulement votre amitié.

a pas heureux, et qu'au lieu d'être à son aise et in<l<- • pendant comme il l'espéroit , il n'a pensé qu'à sortir de « chez lui... Il me paroit que c'c>t sur l'intérêt qu'il a été « attrapé. » ( Lettre i 12G.)

(i) Louis-Àdhémar de Monteil do Grigr\ai», dit le (>cl abbé, d'abord évéque d'Evreux , transféré ensuite 1 Car* cassonne', Burroif à Paris l'affaire de la requête civile formée par M. d'Aiguehonne , contre un an par M. de Grifjnan. ( Voyez la lettre du 3o août suivant^

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^i< mer

Aux Rochers, mercredi 19e juillet 1690.

Mon Dieu, mon cher monsieur, que vous dites bien , que vous dites vrai sur la perte que j'ai faite du pauvre Beaulieu (1). Vous en dites routes les raisons d'une manière qui me fait souvenir d'une conversation que nous eûmes un jour ensemble sur ce sujet. Nous la reprendrons quelque jour, et à mon tour je vous dirai mes pensées ; présentement il est vrai que je fais une perte qui me dérange et qui m'embarrasse plus que vous ne sauriez vous le représenter. Il faut faire usage dans ces occasions de la soumission à notre chère providence;

(1) Valet-de-chambre de madame de Sêvigné , auquel elle coniioit à Paris le soin d'une partie de ses affaires. Elle écrivoit à sa fille le 22 juin 1690 : «Nous sommes • dans une giande ignorance de toutes les affaires pu- < bliques , et même de l'état de mon pauvre Beaulieu , « dont jp n'attends la mort qu'avec beaucoup de chagrin. » ( Lettre 8 de la collection de M. le marquis Garnier. )

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trop heureux qu'elle nous ait bien voulu conserver notre pauvre petit mai <juis en le laissant au nombre de ceux qui demeurèrent avec M. de Bouflers (i). Je la remercie aussi d avoir si soigneusement conservé le chevalier de Pomponne. Savez-vous bien <]tie nul nutiv. après le marquis, ne me poùvoit donner tant d'émotion? Je fus accablée de tous côtés de ses louanges, et, suivant ma bonne coutume, les grosses larmes me tomboient des yeux. J'étois ravie; j'étois transportée. M. de Pomponne n'est-il pas content au dernier point.' le roi lui dit tout ce qui se peut souhaiter, si on avoit imaginé une occasion et des paroles à plaisir. Mais je ne comprends point du tout ce que vous me dites : vous mentez. Comment diantre voulez-vous qu'on passe cette rivière à nage tout nu, car vous le dites, et qu'on ait son épée dans sa bouche, et qu'on arrive, et que sans se rhabiller on se batte contre des gens que vous forcez dans une redoute ? si vous ne me rendez cet endroit vraisemblable je croirai que j'ai lu un roman. Quand vous en ôteriez la moitié, il y en auroit encore assez, car passer à la faveur des coups de mousquet et à la

(i) En écrivant à Etassy, le ta juillet 1690, madame de Sévigné n'étoit pas encore certaine que le inarqui» «le firignan fût reste avec M. de Boufl'-rs

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nage, à chevalet se battre en arrivant, et faire le diable à quatre, comme il a fait trois jours durant comme un dragon au milieu de ses dragons , dont il a perdu deux cents autour de lui : En vérité ce seroit encore plus qu'il ne m'en faut pour être parfaitement contente. Madame de Vins me fit un véritable plaisir de me mander cette agréable aventure , mais elle en cachoit la moitié.

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\u même.

Aux Rochers , dimanche 20e août 169©.

J ai envie de commencer ma lettre comme vous me commencez la vôtre et de vous dire que je vous écrirois trop souvent si je le faisois toutes les fois que je pense à vous. Vous ne sauriez croire, mon cher monsieur , combien je suis touchée des sujets de chagrin qui ont noirci votre joie naturelle , et la gaieté , et la vivacité de votre belle jeunesse. C'est un meurtre que d'avoir chassé tout cela de chez vous, la joie étant faite pour votre tempérament, et je

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tous ai vu courir plusieurs fois aux lieux où vos amis avoient le don de vous ôter votre mfiesse, comme une chose inalUable et incompatible avec votre santé. Vous avez fait connoissance malgré vous avec tous les ennemis de votre repos. Malgré vous, ils sont entrés en commerce; ils se sont introduits dans votre esprit. Voilà le plus grand mal que nous ait fait tout ce qui vous est arrivé. Je ne doute point que vous ne fussiez consolé de me conter tous ces malheurs où la providence vous a condamné. De mon côté, je serois ravie <l en savoir la suite et le détail , et par quels chemine vous avez été conduit à ce qui vous paroissoit un bien : car ce n'est jamais que sous ce nom que nous nous procurons des maux. Il me semble que si j'avois toujours été le chef de votre conseil, vous n'auriez jamais pris de fausses mesures (i). Vous êtes trop bon. .Mais

(i) Les lettres de madame de Sévigné à -.1 fille donnenl l'intelligence de ce passage: «M. «lu Plessis Mm, .mu « conté ses douleurs ; il m'en a dit une pai lie , et i.iii es-> k pérer l'autre. Il meparoit trompé et dupé sur le bien, et <> une >i grande envie de quitter cette Dorimène, que je a pourrois deviner cette autre partie, quoiqu'il m'ait fort «assuré que l'honneur est sain et sauf; Dieu le veuille! h Voilà toujours une grande sottise: il y a des choses « qu'il faut taire sérieusement et avec connoissance de «cause, comme de se marier, par exemple. >• (Lettre du 14 décembre 1689, n° 1 i3o de notre édition.)

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que dis-je ? j'oublie ma chère providence et je ne songe pas que vous étiez destiné à ces sortes de tribulations. Ainsi , mon pauvre ami , il n'y a point d'autre parti à prendre que de les souffrir chrétiennement. C'est tout l'usage qu'on en doit faire, car il faut profiter de tout pour l'éternité. J'ai fait ici des lectures admirables qui m'ont donné une telle foi, que si mon cœur étoit aussi touché que mon esprit est convaincu, je serois une sainte.

Je suis toujours persuadée que quand vous aurez remis votre petit poussin sous les ailes de son brave père, vous rentrerez dans le giron de cette tribu de Grignan où vous êtes fort aimé. Je ne puis vous rien dire de moi, ni de mon retour. Je ne veux plus parler aussi des dragons ; ce sont des démons , ils ont le diable au corps ; mais je suis en furie contre le Mercure-Galant qui loue tous ceux qui ont été à cette bataille; je dis même des louanges sans distinction, et il ne dit pas un seul mot du chevalier de Pomponne : cela n'est pas naturel; il y paroît de l'affectation, car personne ne peut avoir mérité plus de louanges que lui, et puisque le roi lui a bien fait l'honneur de lui en donner, le Mercure-Galant pouvoit bien suivre cet exemple. Je jetterai le livre, et je ne pardonnerai jamais à ces vilains-là ; si vous en connoissez quelques uns , vous pouvez les

DK MADAME DI SÉVIGN] 4 I T>

assurer que le pu I >lic et le particulier leur demandent raison de cette injustice, qui n'est pas pardonnable. Adieu, monsieur, plaignez-

vous-en.

Le marquis de Gripnan a été à (irifman : il est avec M. de Catinat. J attends avec tremblement le jugement de notre requête civile, .le serois au désespoir que la pauvre madame de Vins fût replongée dans toutes les chiennes dont elle sétoit tirée (i). Je lui ai écrit sur cette crainte; j'attends sa réponse, et suis toujours à VOUS. Mon fils vous aime toujours à la Polie

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/// même.

Aux Rochers, mercredi 3o aoûl i6qq.

Et vraiment, mon cher monsieur, je ne doute point de votre joie; pensez-vous que je vous sépare d'avec nous, et que je ne croie

pas fermement que cette requête civile (2)

(1) Elle .nuit gagné en 16S0 an procès centre madame de Lesdiçuières. [Vùyet la lettre 770.)

(2) La demande <mi reqnéte civile portée au parlement de Paris par M. tFAiçuebonne venoil d'être rejetée. Nous

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étoit votre affaire , comme l'arrêt que nous eûmes il y a deux ans(i). Hélas! si j'avois été à Paris, nous nous serions tous embrassés dans le premier moment de notre joie, comme ce jour-là. Il est vrai que notre victoire est complète ; nous avons été agréablement surpris par les conclusions de M. Talon , qui a fait une très belle action, et aussi utile pour sa réputation que pour nous (2). M. de Carcassonne a fait des merveilles , et enfin nous avons tous sujet d'être contents. Je vous avoue que ma joie n'a pas été médiocre, sur-tout voyant M. Gui (3) et son sot maître condamnés à l'amende ; c'est le comble de la victoire et de leur confusion : enfin il faut remercier Dieu , car jamais je ne regarde que lui pour la véritable

avons déjà fait connoître une lettre écrite à ce sujet pat madame de Sévigné à M. de Lamoignon, le 27 août 1690, n° 1168 de notre édition.

(1) Au grand conseil, sur la requête en contrariété d'arrêts qui y avoit été présentée par M. d'Aiguebonne. (Voyez la lettre du 16 mars 1689, n° io4i de notre édition.)

(2) Il avoit donné des conclusions contraires aux intérêts de la famille de madame de Bury, dont il étoit l'ami. ( Voyez la lettre 1168.)

(3) Il étoit le conseil de M. d'Aiguebonne. (Voyez la lettre io38 et la note. )

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cause de tous les événements , et ensuite je remercie toutes les jolies causes secondes qui ont agi par son ordre, et pour lesquelles on no sent encore que trop de reconnoissance.

N'avez-vous pas reçu une dernière lettre de moi ouj'étois en furie contre le Mercure-( râlant d'avoir trouvé l'invention de ne pas dire mi mol dn chevalier de Pomponne, en parlant du passage de I;» Sambre par tes dragons, el de toute (a bataille de Fleurus. .le m'en prenois à vous, et je voulois que vous en lissiez des n proches. Vous m'en Faites de trop injustes sur la longueur de mon voyage; croyez-vous, de par tous les diantres! qu'on demeure ici par plaisir? taisez-vous et m'admirez plutôt que de me grondi r.

Notre petit marquis est nvee M. de Bôuflers ; s'il avoit été avec M. Gatinat il auroit vu une belle action (i). Ce beau régiment de Grignan e.-t destiné a dès marches bien longues et à c]c^ oisivetés fâcheuses. Dieu sur tout ! adieu, mon très cher monsieur, votre lettre ('toit la pins jolie du monde, et d'un style où j'ai reconnu votre gaieté* ordinaire (pie je tronvois un peu diminuée, et c'est ce qui ta'afûigeoit.

(i) La bataille d<> StatTardè, {V^nee par Catinat un le duc de Savoie, le i$ décembre 1690.

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Tâchez, mon ami, de retrouver votre belle humeur et votre aimable esprit.

Suscription : A M. du Pie s sis , gouverneur de M. le comte de Vins > a V hôtel de Pomponne , h la place des Victoires.

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Au même.

A Grignan, ce 19 janvier i6g\ .

Ah ! plût à Dieu que j'eusse des plumes raillées de votre main ! Je ne sors pas de furie ; j'en écrase tous les jours cinq ou six; et qu'avec cette plume si bien taillée, que je n'ai point, je pusse, mon cher monsieur, vous remercier dignement de la plus jolie étrenne du monde que vous m'avez envoyée ; elle fait plaisir à lire ; elle plaît à l'imagination ; elle est nouvelle ; jamais on n'a si bien fait de la prose , nous en sommes tous demeurés d'accord ; nous y avons trouvé même de la poésie, car vous. savez mieux que moi que le style figuré est une poésie. En vous remerciant donc, monsieur, plus de mille fois, je serois bien heureuse , si dans cette longue vie que vous me

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