‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 21 sur 46 · IO · texte numérisé non relu

IO

Au même.

A Grignan , ce Ier mai i6gi.

Oui, assurément, mon cher monsieur, et vous et vos lettres sont fort de mon goût. Ce seroit mauvais signe pour moi , si j'étois changée sur ce sujet. Les regrets sincères que vous me faites paroître de ne point vous raccrocher présentement dans cette maison de Grignan, si aimable et qu'on ne sauroit oublier, me donnent encore une dose d'amitié pour vous (2).

(1) Cette lettre est une de celles qu'il est le plus difficile tle lire dans l'original. Lt plume étoit si mauvaise, que l'écriture est presque indccKiffrable.

(2) Il par oit que l'on avoit pensé à confiera M. du Piessis l'éducation d'un fils de madame de Grignan, qui ne vécut pas, e' dont je crois qu'il n'a été parlé que dans ce seul passage : «Vous me paroissez changée pour M. duPlessis;

Mais laissons faire notre providence; ce qui n'est pas disposé présentement peut Tort bien changer, et comme l'estime et les bonnes volontés ne sont pas diminuées, il n'y a qu'à lais* ser faire an temps. < îe seroit an joli moyen de le passer doucement ! Si la lettre que je vous envoie pour madame la duchesse de Lesdiguières pouvoit vous mettre auprès de son fils (1), j en serois ravie, niais je ne l'espère point; cette place est trop sollicitée pour n'être pas déjà donnée, au moins in petto. Je me serois beaucoup plus étend ne sur votre mérite et sur vos bonnes qualités, mais je la connois et je sais qu'elle s'arme contre l'excès des louanges, comme si elle croyoit qu'on voulut la surprendre par des discours affectés. Si quelque eliose la peut toucher, c'est d'avoir gouverné le marquis de Griynan avec l'amitié et l'approbation

« mandez-moi pourquoi, car je né trouve point qu'il ait «fait d'autre sottise que celle die se marier: c'est une « eliose qui ne se communique point, el qui ne Vi'w <■- «cheroit |>.is de bien élever votre second fils. Ecrive -moi « donc ce qui vous fait clianger d'avis» ■ ( Initie du S fi vrier 1690.)

(1) Jean -François- Paul , duc «le1 Lesdiguières , nd en i6j8 II fut marié en 1696 avec Louise-Êernardine de Durfort de Duras, el il mourut sans laisser de postérité, le 6 octobre 1 ~u.>. Le litre «le duc de I esdiguièrea fut alors porté par Alphonse (!«• Craqui, comte de Ca» naples , en la personne duquel il s' éteignit le 4 août i 7 1 r .

de toute sa famille, et d'en avoir fait un si joli garçon qui a la réputation d'être si sage. Voilà ce qui la peut toucher, en attendant qu elle vous connoisse par elle-même. Vous me manderez le succès de cette lettre.

Nous aurions bien des choses à dire, mon pauvre monsieur, mais il faut les garder pour le retour, et se réduire à vous souhaiter toute sorte de bonheur, tout éloignement de tristesse et de chagrin, comme choses incompatibles avec votre beau naturel; et à vous assurer de mon estime et de mon amitié, pleine , en vérité, de beaucoup de reconnoissance.

La M. de Sévigné.

Nos papiers, pour cette affaire que vous savez, ne sont-ils pas toujours chez M. Guillart, avocat au conseil, où nous avons été ensemble? Je crois qu'ils y sont sûrement; si , en passant dans sa rue, vous aviez la bonté de le voir et de réveiller l'affection qu'il avoit pour moi , il me semble que cela seroit fort à propos, et vous continueriez vos soins sur cette même affaire qui, je crois, s'évanouira Que ditesvous de la pauvre Beaulieu qui a suivi son mari de si près (i)?

(i) Elle ne lui survécut que de peu de mois. ( Voyez la "lettre 1 182.)

D E M A D A ME DE S É VIGN1 l\ 23

Le marquis est arrivé depuis deui jours, très joli, mais la fièvre lui reprit hier(i). Ma fille est hors d'elle; vous la connoissez; elle

VOUS fait bien des ami tics, et vous assure que ee que je dis à madame de Lesdiguières suffira* si elle n'est point engagée. Ainsi elle ne lui

écrit point.

Au même.

A Grign.in, A" août 1691.

J'approuve tout-à-fait, monsieur, la bonne résolution que vous prenez de n'être plus si long-ternes sans m'écrire. Il tant que vous me rendiez compte plus souvent de cette amitié que je veux que vous ayez toujours pour moi. Vous me témoignez une grande estime dans votre dernière lettre, en me consultant sur un point de conscience si difficile à décider. Quelque opinion que vous ayiez de ma haute piété,

(i) Madame de Sevigne e'crivoit au comte de lUissy le ta juillet i6gi : « Le petit Griguan a pa?>t L'hiver ftvei ■ nous ; il a eu la fièvre ce printemps. »

qui est pourtant tout comme vous l'avez vue, je ne crois pas que je puisse vous satisfaire, sans consulter un peu moi-même cette fameuse faculté de Louvain. Mais ce que je déciderai en attendant, c'est qu'un homme est bien heureux quand une personne d'un grand mérite, comme vous me dites, trouve qu'il n'a point d'autre défaut que ce qu'on peut appeler une perfection. Cependant il y a bien des choses à dire sur ce chapitre; j'espère que nous le pourrons traiter à loisir. En attendant, mon cher monsieur, vous devez être bien content de tonte l'estime qu'on a pour vous dans ce beau château que vous connoissez. Je vous remercie de la peine que vous avez prise daller chez M. Guillart. C'est une suite de mille obligations que je vous ai. Je crois qu'il n'y a qu'à lui laisser entre les mains les papiers de cette affaire jusqu'à notre retour. J'espère qu'elle ne sera jamais réveillée, puisqu'elle ne l'a point été. Il s'est passé de grandes choses depuis quelque temps : la mort de M. de Louvois (1); le retour glorieux de M. de Pomponne (2); la re-

(1) Il mourut le iG juillet 169 F. ( Voyez les lettres 1 184 et 1 1 85 de madame de Sévigné , et les notes qui y sont jointes. )

(2) Voyez la lettre 1186 de madame de Sevigné et la note.

DE MADAME HE SI. VIGNE. l\1$

traite rigoureuse de M. de Fieubet (i). Que de sujets d'admirer notre proi idencel Je suis toujours à vous, mou cher monsieur; je vous prie de n'en jamais douter.

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Au même.

A Grignan, ce i5 septembre 1691.

Jai reçu votre dernière lettre, mon cher monsieur. Vous n'êtes pas entré dans ma plaisanterie. Il me semble que de vous dire bien sérieusement, qu'il falloit consulter la célèbre faculté de Louvain1, pour savoir si cétoit un crime que d'aimer sa femme, vous devoit paraître une assez grande badinerie pour vous persuader que je trouvois ce sentiment aussi juste et aussi raisonnable qu'il lest en effet. Je vous assure même que personne ne conteste

(1) Il se relira aux Camaldules, el il v mourut le o, septembre 1694. {Voyez La noie de la lettre 1:210 de madame «le Sévigné.) Le passage <1<> la lettre écrite à M. du Plessis mms donne l'époque précise de la retraite de ce grand magistrat. Coulanges en parle u>>i dans ses mémoires. (foyespltu haut lapag. 0:24 de ce volume.)

ici cette vérité; mais on soupire très obligeamment pour \ous, quand on considère les conséquences quelle traîne après elle. Il faut que tous conveniez qu'on n'est point portatif, quand on est attaché inséparablement à deux ou trois personnes; on ne sauroit faire des courses légères; c'est toujours un établissement et une résidence qu'il faut faire. On a un moi trop étendu, en comparaison d'un homme qui ne tient à rien, qui est comme un oiseau , qui ne tient qu'une place nécessaire, et dont l'esprit doit être aussi libre que le corps. Combien de fois, mon cher monsieur, seriez -vous content par vous-même, que vous seriez peutêtre chagrin par cette moitié qui seroit fâchée? Quel partage, quelle attention, quelle diversion ne feroit point cette liaison, dans un esprit aussi libre et aussi naturel que le vôtre! voilà ce qui fait soupirer et regretter de ne pouvoir pas profiter de quelque chose d'aussi bon que vous. Car je vous assure que rien ne se peut ajouter à l'estime parfaite qu'on a pour vous: elle passe tout ce que j'en connoissois. Mais le moyen de répondre à ces difficultés? et comment votre sincérité pourroit-elle les contester? Si on étoit toujours dans le même lieu; mais l'année est partagée, et la vie aussi, car on prétend aller à Paris et revenir selon les occasions. Jugez vous-même de ces débarque-

E) . MA l> A II E 1) E 8 l. V I G N É. | 9.7

ments. Voilà, mon cher monsieur, ce que je

\ois dans lYsprit des |icimiiiii('S <Iii monde qui vous estiment Le plus, et qui sont à plaindre encore plus que \<>u-.

Pour les sentiments que von- me demandez pour cette chère moitié, il ne faudrait que votre considération pour vous en répondre à vousmême, mais en y joignant la sienne, nous pouvez penser quelle double raison de l'estimer ! Pour ma haute piété, je vous assure, nu ni cher monsieur, qu'elle est tout comme vous l'avez laissée. C'est avec doideur que je vous l'annonce, mais il faut dire la vérité : il est certain que j'ai toujours le même amour que voulu ave/ vu pour les bonnes choses; voilà tout ce que j'ai de bon. Je suis assez de votre sentiment sur les partis extraordinaires. Il seroit juste de donner un bon exemple où peut-être on a donné du scandale; mais il faut respecter ces chemins peu battus de la Trappe et des Camaldules, et croire que Dieu qui prend les élus où il lui plaît, leur inarque aussi les voies par où il veut les faire marcher. Enfin voici un mot de M. d'Alet: guis indicabit eleetos Dei ?

LETTRES INEDITES

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