‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 22 sur 46 · DE MADAME DE SÉVIGNÉ ET DE SON FILS · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNÉ ET DE SON FILS

RELATIVES A LA TERRE DU BURON (l).

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De l'abbé de Coulanges h M. Bonnet,

Procureur au siège présidial de Nantes.

Paris, ce i5 août 1674.

Nous venons de recevoir la nouvelle dune blessure fort légère que M. le marquis {de Sé-

(1) On auroit pu faire connoître un plus grand nombre de ces lettres ; on se borne à donner celles qui peuvent servir à mieux entendre quelques passages des lettres déjà publiées. Elles suffisent pour montrer que madame de Sévigné entendoit très bien le langage des affaires, et qu'elle eu parloit avec une véritable supériorité.

(2) Cette lettre est la seule du bon abbé qui ait e'té conservée. Ou en joint ici le fac-similé.

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ. 429 vigne) a reçue à la tête, dans ce grand combat(i) que M. le Prince vient de donner, où il y a eu quantité de gens de qualité tués ou blessés. M. le marquis s'y est signalé par sa valeur entre les plus braves. Nous allons lui envoyer un chirurgien, et dites-le à La Jarie(2) pour lui faire entendre que s'il ne nous assiste d'argent de ce qu'il doit sur son nouveau bail , pour le terme échu à la Saint-Georges (3) , dans cette occasion, on le renonce pour jamais comme un homme sans cœur et affection ....

M. de Mesneuf a fait signifier madame la marquise aux requêtes du palais à Rennes , pour résilier son contrat , faute d'avoir fourni des titres suffisants pour ses justices (4). Vous

(1) Le combat de Senef, gagné par le grand Condé le 11 août 1674. {Voyez la lettre de madame de Sévigné à Bussy, du 5 septembre 1674, n° 35o de notre édition.)

(2) Il étoit fermier de la terre du Buron.

(3) Le 23 avril.

(4) M. de Mesneuf, président au parlement de Rennes, avoit acheté une terre de madame de Sévigné, et, sous le prétexte qu'elle ne lui avoit pas remis les titres qui établissoient la haute justice , il vouloit que le contrat fût résilié, ou qu'on lui fit une remise de 6,000 francs. « Mesneuf, dit madame de Sévigné , est au désespoir « que nous lui ayons donné une haute justice , pareequ'il « n'a plus de prétexte pour ne pas achever de me payer « Il avoit compté sur une remise de 5 ou 6,000 francs , « qui s'évanouit par ce papier qui étoit entre les mains de

savez qu'il y a long-temps que je vous presse de chercher dans la chambre des comptes , et vous mettez longueur et retardement, ce qui cause cette action qu' il fait. C'est un reproche que nous avons à vous faire; ainsi rendez-nous en compte au premier ordinaire. Je n'ai pas le loisir de vous en dire davantage.

L'abbé de Col anges (i).

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De M, de Trévaly (2) au sieur d'Herigoyen.

A Paris, le 18 mai 1686,

Vous êtes un bon garçon , vous parlez à merveille, mais je vois bien que vous n'agissez pas toujours de même, et que vous avez

h Vaillant... C'est un plaisir de voir les convulsions de la « mauvaise foi, qui ne sait plus ou se prendre, et qui est <i abandonnée de tous ses prétextes. » (Lettre à madame de Grignàn, du i5 décembre 167 5, n° 44° de notre édition.)

(1) flsignô'it Colanges, suivant l'ancienne orthographe de ce nom.

(2) Il étoit l'ami de madame de Sévigné, et il contribua à faire prendre la ferme du Buron au sieur d'Herigoyen.

négligé nos affaires; je connois cela par le peu d'argent qu'en a re< u M. Pàulus , car de bonne foi, si vous vous y étiez bien appliqué , ce seroit à présent une affaire faite, et vous auriez achevé tout le recouvrement du comté Nantais, qui est le plus net et le plus facile à faire de toute la province. Achc\ cmihh, je vous prie, promptrmcnt cette affaire, tant à Nantes que vers Redon.

Parlons aussi de l'affaire du Duron; il n'y a

pas à balancer , il faut absolument que vous la

preniez. Madame de Sévigné demande tant

qu'elle peut au sieur de La Jarie un grand (i)

de la terre; mais il ne veut point l'envoyer,

parcequ'il appréhende de quitter cette ferme.

Vous êtes plaisant quand vous dites que c'é-

toit un bon ménager ; cela seroit bon à un autre,

car, pour moi, je sais bien le contraire : il vivoit

dans cette maison comme si le revenu de la

terre eût été à lui ; il y recevoit compagnie et

faisoit chère à tous venants; d'ailleurs je vois

qu'il a assez payé depuis tout le temps qu'il

est là; il ne doit que 6 ou 7,000 livres, et il a

des droits seigneuriaux des terres de Langle

qui paieront cela. Je ne vous puis dire, mais

assurément je crois que vous feriez une grande

faute de manquer cette occasion qui doit être

(1) Une désignât^ tts et aboutissants,

fort bonne. D'ailleurs, le bien que j'ai dit de vous à madame de Sévigné fait quelle vous désire extrêmement; au surplus je ne connois point Bougon, et je crois que cette affaire-ci vaut mieux ; il y a même beaucoup de rachats ; plus à ce que je crois que dans Bougon, et le prix en est plus convenable. Si Jarie envoie un état de la terre , je vous l'enverrai aussitôt ; mais quand même il ne l'enverroit pas , il me semble que cela ne vous doit retenir. Je conseillerai à madame de Sévigné d'envoyer sa procuration à M. Révol, pour en passer un bail. Entre ci et là, informez-vous de ce que c'est; en vérité, ou toutes les apparences sont fausses , ou cette affaire est bonne ; ne vous engagez donc point ailleurs,

Trévaly.

De Madame de Sévigné aw^M/'D'HERiGOYEN.

A Paris, 20 juillet 1686.

J'ai vu M. Révol qui m'a conseillé de vous envoyer ma procuration pour agir pour ma sûreté, selon que vous le trouverez à propos.

DE MADAMI. !>!■. 8KYIGNÉ. Ç>3

Vous devez prendre désormais quelque intérêt à mes affaires, tout au moins pour n\\ an , qui est le temps que vous avez affermé le Buron.

Mais pour vous dire le vrai, monsieur d'Ilérigoyen, j'espère et je suis persuadée que reus vous en trouverez assez bien pour vous obi à faire un plus long bail. Quoi qu'il en soit, rendez-moi service en cette occasion. La .inrie(i)me doit encore treize cents livres qu'il devrait avoir données, il y a neuf mois, à M. d Ilarouïs (a). Ce manque de parole ma outrée contre lui; de plus il me devra à la Toussaint prochaine quatre mille livres de l'année courante. Il faut prendre carde qu'il ne détourne rien de ses meubles ni de ses bestiaux; < i -i Pasgérant son gendre qui est sa caution, et qui n'est pas plus content que moi de La Jarie.

Mais il y a une ancienne dette de ses termes passés, dont je vous envoie le précompti

(1) Madame de Séviçné se plaignoil depuis long-ti mps de ce fermier. Elle écrivoil à sa fille Le i~ mai [I •-Tout ce qui me fâche, c'est de faire dd mal; mais ■ quand je joue à noyer, et que je me demande lequel «je noie de M. de La Jarie <m moi, je dis sans bail lancer que c'est M. de La Jarie, <( cela me donne du .1 courage. »

(a) Elle devoit 5o,ooo livres à M. cTHarouïs. Voyez la note de la lettre 836 de madame de Sévigné.)

(3) Le compte provisoire qtfe madame de SéN avoit fait à Nantes avec son fermier, au mois de mai totfo.

cela ne va pas à moins de dix mille francs , que je ne veux point perdre; il faudra, quand vous le jugerez à propos, faire saisir tous ses biens et ses héritages, pour empêcher que d'autres gens auxquels il doit ne soient plus alertes que moi. Je vous mets toute cette affaire entre les mains, et vous m'en rendrez compte. Vous agirez avec adresse , et comme vous êtes dans le pays, vous prendrez votre temps avec prudence, et pour le plus sûr suivant mes intérêts ; car je prétends que désormais vous en prendrez un peu de soin, et que vous commencerez un commerce avec moi. Mon fils ira dans quelque temps à Nantes; vous irez le saluer et voir avec lui ce qu'il faudra faire pour mes intérêts ; il souhaite autant que moi que je ne perde rien avec La Jarie, tant qu'il aura du bien. Je suis douairière du Buron, cette terre lui reviendra quelque jour; cela nous y fait prendre un intérêt commun, moi pour le présent, et lui pour l'avenir. Adieu, M. d'Hérigoyen, si nous nous commissions , il me semble que nous serions bons amis : j'espère que j'aurai sujet d'être contente de vous.

M. de Rabutin-Chantal.

DK MADAME 0 1 BÉVIGNÉ. 4^

Du Marquis de SévignÉ au même.

Aux Rochers, le 5 septembre 1686.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, monsieur d'Hérigoyen, et je suis persuadé que vous ferez tout ce que vous me promettez de faire. Voici enfin le temps venu doter La Jarie du Buron ; je ue doute pas que vous n'ayiez pris pour cela toutes les mesures nécessaires. Je vous en prie encore une fois; votre intérêt s'y rencontre aussi bien que le mien. Mandezmoi en quel état sont les affaires de ma mère à Nantes ; car selon ce que vous m'en direz, je prendrai mes mesures pour partir moi-même, s'il est nécessaire, ou pour faire partir le sieur Chopin mon homme d'affaires, afin qu'il vous aide à terminer, car il a des papiers et des

connoissances que vous ne sauriez avoir; niais je ne veux pas me mettre en chemin, ni lui,

que les choses ne soient toutes dispos* s pour

que notre voyage ne soit ni long ni inutile.

Donnez-moi donc de vos nouvelles au plus tôt .

car j'ai grande impatience de savoir si La Jarie

est hors de cette maison , où depuis long-temps il fait si mal nos affaires et les siennes. Je suis tout à vous.

Sévigné.

De Madame de Sévigné au même.

A Livry, samedi g novembre 1686.

Je suis à trois lieues de Paris ; c'est ce qui m'empêche de vous envoyer le billet que vous me demandez, et qu'il est juste que je vous donne ; ce sera pour le premier ordinaire. J'ai envoyé d'ici demander à M. Charpentier s'il vouloit prendre en paiement la somme que vous avez mise entre les mains de M. Paulus, pour lui faire tenir ; il m'a mandé que oui , et qu'il se tiendroit pour payé. Voilà , M. d'Hérigoyen, ce que je souhaitois. Mandez-moi combien le change vous a coûté. La Jarie me faisoit tenir toujours mon argent par les banquiers, mais il ne lui en coûtoit point un pour cent. Vous êtes très ponctuel à vos promesses ; j'aime fort cette conduite, et je suis persuadée que nous nous accommoderons fort bien en-

DE M a n a m E i) r: s i' VI G Et ï . 4^7

semble. Je vous enverrai mon billet mercredi.

.le ne \cii\ point croire que vous perdiez cette année dans la ferme du Buron ; il vous peut arriver des casuels qui vous récompenseront au double. Je le souhaite, et que vous vous établissiez dans le Buron, et que vous remettiez cette terre en bon état, et que vous y trouviez votre compte et le notre.

Continuez, je vous prie, à faire toutes V09 diligences pour découvrir les menées de La Jarie ; il ne faut pas un homme moins capable ni moins habile que vous pour nous tirer de ses mains. Ne perdez point courage pour toutes ses manières désagréables ; vous serez bien avoué pour tout ce que vous ferez. Adieu, M. d'Hérigoyen , jusqu'à mercredi ; je vous recommande toutes choses , et je prends en vous beaucoup de confiance.

M. de Rabutin-Chantal.

Je serai à Paris dans trois jours (ï).

(i) Les profanes ne liront point cette lettre avec intérêt , mais elle n'est pas indifférente pour nous autres Sfévigtustes. Elle sert à compléter l'itinéraire de madame <l< S, -viorne, et elle peut conduire à rectifier les dates de lettres de cette dame qui scroient retrouvées par la suite.

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De M. de Sévigné au même.

Aux Rochers, le i décembre 1686.

J'ai reçu votre lettre , M. d'Hérigoyen , et j'apprends par ma mère que La Jarie use de toutes sortes de mauvaise foi en quittant le Buron. Cela m'oblige à vous exhorter de plus en plus à ne lui point faire de quartier, et à le pousser aussi vertement qu'il le mérite, et que la somme qu'il doit en vaut la peine. Je vous prie de voir si les petites rentes qu'il doit payer à plusieurs couvents de la ville de usantes sont acquittées, car il n'aura pas manqué de chercher à tromper sur cet article comme sur les autres. Dormez-moi, je vous prie, de temps en temps des nouvelles de ce que vous ferez contre ce fermier, et de l'état où vous trouverez les choses en entrant en possession de la terre du Buron; s'il y a des réparations auxquelles La Jarie est obligé par son bail, il v en a aussi qui doivent être faites par ma mère ; ne manquez pas d'en rapporter un procès-verbal fait en présence du sieur de La

D E M A D à M F. D E 8 t V I G Bi I'. . j !e,

Loutais, qui exerce la charge do sénéchal. Je suis ravi que rions ayons à présent affaire avec vous; je noms recommande les affaires de ma

mère, et je suis persuadé que vous vous ( «importerez eu ce qui la regarde et moi aussi, comme un aussi honnête homme (|nc \nus êtes et que vous en avez la réputation. Je suis tout à vous.

Sl.VK.M .

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