‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 23 sur 46 · I -%.'"V X'VX i x · texte numérisé non relu

I -%.'"V X'VX i x

De ^Madame dk Sévicné au vwme.

Paris, le 4 janvier 1687.

Je vous souhaite une bonne et heureuse année et que vous ne vous repentiez point davoir pris la ferme du Buron.

Pour vous répondre en peu de mots, je vous dirai que j'ai reçu votre lettre et que j i vois la continuation de la mauvaise foi de La Jarie; cela me fait repentir de mes bontés, je fais chercher le procès-\ erbal que vous demande/.

Vous devez au moins avoir retenu au BurOn le contenu du mémoire des meubles qu'Os

vous ont donné, puisque c'est là qu'ils en demeurèrent d'accord ; cela servira au moins à vous coucher quand vous irez.

Mon fils me conseille toujours de faire arrêter La Jarie, pour ces i,3oo livres que je veux avoir absolument pour M. d'Harouis, et de faire un peu de peur à Pasgérant ; car , comme il est caution de ce dernier bail, cela le feroit agir plus vivement. Pour ce qui est du précompte fait à Nantes en 1680, où il me doit de reste de ce bail-là près de dix mille francs, c'est à vous M. d'Hérigoyen, que je donne le soin de faire saisir les héritages de La Jarie, et ceux de feu La Bigotaye qui étoit fermier avec lui de ce bail fini en 80; vous acquitterez s'il vous plaît tous les frais qu'il faudra que je paie , et que je vous rendrai ; et pour les quatre mille cent livres de cette année 86, qui est la dernière du bail de La Jarie, je prétends vous donner, pour la peine que vous aurez à recevoir cette dernière année, et tout le reste du compte de 1680, qui va à près de dix mille francs, vingt-cinq francs par mille francs, pour vous consoler de tant de tracas; pour les treize cents francs de Tannée 85 , qui dévoient être pavés à M. d Harouis, il y a plus d'un an , vous n'en aurez rien et ce ne sera pas sur notre cumpte.

Voilà mes intentions, mandez- moi si vous

DE MADAML DE SÉVIT. M. /^i

en êtes content. Jeparlerai aux banquiers quand vous aurez ramassé quelque somme assez considérable pour me la faire tenir par M. Paulus et M. Charpentier: ainsi travaillez, mon ami; plus je recevrai et plus vous recevrez aussi. Je suis affligée de votre voyage de Vannes ; toutes mes affaires seront languissantes pendant ce temps-là, Glandez-moi de vos nouvelles.

M. de Rabutin -Chant al.

k'W* X/W WWW •WV l/V«« >/v»

De la même au même.

Paris, 4 juin 1687.

Vous aviez bien du chagrin quand vous m'avez écrit, monsieur d'IIérigoyen; vous eussiez mieux fait d'attendre que votre mauvaise humeur fut passée; vous me rebattez deux ou trois fois que je commence toujours mes lettres par vous demander où vous êtes: je ne trouve pas grand mal à vous le demander bonnement , sachant que sou* n êtes ni à Vannes, ni à Nantes. Je nai jamais douté un moment que vous ne reprissiez le soin de mes affaires. Vous vous offensez. qu'ayant à recevoir toute

ig

Tannée de 4ooo livres de La Jarie , et m'en ayant déjà fait toucher 3ooo livres, je vous demande à bon compte encore iooo livres, dans une occasion pressante, où j'en ai besoin ; je connois bien des gens qui auroient été ravis de cette occasion pour me faire plaisir. Après tant de bonté et de confiance que je vous ai témoignées, vous me refusez rudement et mal gracieusement; voilà qui est fait, je suis bien aise de vous connoître; de la façon dont on m'avoit parlé de vous, j'étois persuadée que je pouvois vous faire cette proposition. Vous me ferez plaisir de m'envoyer le compte de ce que La Jarie doit payer de réparations, et de ce que j'en dois payer aussi.

Vous donnerez un reçu pour moi , s'il en est besoin, en vertu de ma procuration, de quelques papiers qu'Angebault me mande que La Jarie a entre ses mains, quoiqu'il n'en soit point chargé ; je voudrois lui donner cette décharge , afin de ravoir mes papiers.

Vous songerez aussi à leur faire payer et à recevoir les 2000 francs de ce rachat, pour les donner à M. Paulus; et vous avancerez, s'il vous plaît, toutes ces affaires, ou bien vous me déclarerez que vous ne voulez point vous en mêler. Pour le bail que vous avez fait d'un an avec M. Révol, je ne crois pas que ce soit une recette, c'est une année qu'il vous fera ache-

D B M A D A M È I) F. SÉVIGM 443

ver de paver, sui\aut le bail <yi\\ a fait ;i\' C vous; cela est ju-te, et vous avez fort bien coiniiicnci; à vous en arquifter.

INI. bfe Kaf-.i riN-Cn antal.

Si vous vouliez presser La Bigotaye(i) d'envoyer sa proeuration a Vitré pour vendre cette petite terre de La Bastière, ce seroit un commencement de paiement; quand vous aurez encore parlé à La Jarie, pour ces i3oo hVres de l'année 8f>, il faudra se résoudre à le mettre en prison. Vous me ferez réponse sur cet article, car je suis résolue à pousser cette affaire : elle ira bien, si vous le voulez; niais -1 vous êtes de la belle humeur où vous étiez en m'éerivant, je ne pense pas que vous puissiez rien faire de bon pour moi.

De AI dk Skvigné au mémo.

Aux Rochers, ce 10 juillet 1687.

Je suis fort affligé et fort surpris aussi , M. cTHérigoyen, que vous songiez à quitter le

(1) Le fils de l'un des anciens fermiers du Buron. ( Voyez la lettre précédente- )

Buron après avoir connu la terre comme vous avez fait, et y avoir fait un profit assez considérable , en une seule année , pour n'en être pas dégoûté» Il y a encore d'autres casueJs qui sont près d'échoir, et dont je suis étonné que vous ne vouliez pas profiter. Je vous prie d'y faire vos réflexions, de peur que vous ne soyez fâché aussi bien que nous. L'exemple de La Jarie ne vous doit faire tirer aucune mauvaise conséquence: ce n'est pas la faute de la terre s'il s'est ruiné; s'il avoit eu de la sagesse, qu'il n eût point voulu faire le gentilhomme, et passer sa vie en débauche et en festins, il s'en trouveroit bien et nous aussi. Pour vous qui êtes un homme de sens et agissant, et qui mettez tout à profit, vous ne devez rien craindre avec des droits aussi beaux et aussi étendus. S'il ne tient qu'à faire faire de temps en temps des voyages à La Montagne^ et à en faire moi-même, pour faciliter le paiement des vassaux, vous pouvez y compter. Enfin, mon cher ami, vous pouvez penser que si vous y perdiez , on vous en tiendroit compte, car ma mère et moi serions bien fâchés de vous engager dans une mauvaise affaire ; mais celle qu'on vous propose est bonne, et de plus nous pouvons aisément ne vous être pas inutiles en bien des rencontres. Songez-y encore une fois, et s'il arrivait des années malheureuses, je me fais

DE MADAME DK SÈVICNK. , , ..

fort que ma mère entremit en raison pour prendre du temps et des commodités qui voua faciliteraient le paiement de votre ferme. Je

vous remercie de l'aide que vous avez donnée à La Montagne pour briser et ôter ce banc. Je suis très persuadé que vous ne souffrirez pas que de petits messieurs comme cela me veuillent faire des passe-droits. Ha oe me connoissent pas encore, et vous me Ferez bien connoître si vous vous en mêlez (i). Si ce petit banc, dont vous me parle/, est de figure et di taille à ne porter aucun préjudice à nos droits vous pouvez le laisser. J'aurais bien encore d'autres petites choses à vous dire; mais je ne veux vous en parler ;i cœur ouvert, que quand je saurai si vous nous demeurez ou non (a»).

(i) Tant «l'importance pour de si petites choses est nn des ridicules de ce temps. Tout est changé* aujourd'hui , mais le caractère de l'homme est le même, et nous voyons tou> les jour 9 que la morgue de U fortune esl cent l'ois plus difficile à supporter, que ne lYtoit la BerM (ju'inspii oit quelquefois une naissance distinguée.

(2) D'Hériftoyen ne conserva pas le fermage du fluron , ce fut nn sieur Branjon qui lui succéda, comme on le voit par une lettre du marquis deSévigné, du 6 janvier 169O. C'est du dernier que parle m.id une de Si-\i;;m ,

lorsqu'elle dit dans sa lettre 1122: « Noua attendons « notre fermier, avec qui nous fei uns un bon compte - as « argent. ■• El dans la lettre 1 i?.'\ elle rappelle : « Notre

« monsieur le fermier. «

Vous ne serez jamais avec personne qui ait pour vous plus d'estime et d'affection que nous.

Adieu, M. d'Hérigoyen.

Sévigné.

io.

De Madame de Sévigné au même.

A Paris , ce 3o juillet 1687.

J'ai reçu , monsieur d'Hérigoyen , votre lettre de change de 1,000 livres. Je vous en tiendrai compte. Je suis extrêmement fâchée que ce ne soit point sur le rachat ni sur les i,3oo livres, que vous m'envoyiez cette somme ; j'eusse été bien plus contente que vous m'eussiez gardé les 2,000 livres que vous devriez à la Toussaint, pour me les faire tenir ensemble ; mais je suis malheureuse au dernier point j et vous suis obligée de cette avance. Vous avez vu que j'avois cru avec raison pouvoir prendre ailleurs de l'argent, mais tout me manque et vous aussi. J'étois ravie que vous eussiez reçu ces ventes, mais vous voilà fort reculé aussi bien que moi. J'admire la négli-

£ence de La Jarie, et comme vous êtes tourné pour lui. Je suis |»t r-uadée qu il en faudra venir à la dernière extrémité; je m'en \.iis en écrireàmon fils, qui est o< ■< upé de mes affaires (oiiiiiic moi-même. Pour La Monla.;;iie, il est \ rai, il a bien de l'affection pour moi ; il a raison, car j'en ai beaucoup pour lui; c'est un bon et honnête homme, très fidèle et très intelligent ; c'est moi qui lai donne à mon fils, je ne pouvois lui faire Un meilleur présent. Ils seront bien fâcbés, quand ils sauront tous mes malheurs et les vôtres. J'attends votre réponse sur Yaltourn<unc(\) de ces 6,000 livres que La Montagne vous conseilloit de me faire attourner par La Jarie; je lui ai écrit avec douceur, afin de l'y obliger. Vous me direz votre pensée; vous direz aussi vos raisons à monsieur de Trevaly et à M. Révol, comme vous me le dites, pour ne pas renouveler mon bail; vous verrez avec eux ce qui se pourra faire. Ce que vous m'offrez pour trouver un autre fermier est fort honnête; je vous prierai de vous en souvenir, si nous sommes obligés de nous séparer. Je serois fort aise aussi que vous voulussiez bien, connue vous me le dites, continuer à prendre .soin de me faire payer de La Jarie; il n'y a que vous qui soyez capable d'en

(1) Rétrocession.

venir à bout. Il faudra pourtant tâcher de pousser le rachat et de voir ce que nous ferons pour tout le reste, car je ne puis pas demeurer en l'état où je suis. Vous avez le compte de 1 680, voyez si vous y pourrez trouver quelques éclaircissements pour renvoyer la saisie de ce marchand sur La Jarie. Je viens de voir le précompte de 1680; vous en avez la copie. Voilà l'endroit qui, je crois, vous peut servir. Adieu , monsieur d'Hérigoyen; mandez-moi si nous pourrons nous débarrasser de cette saisie, que je soupçonne La Jarie d'avoir fait faire pour nous empêcher de toucher cet argent; cela seroit bien horrible. Mandez-m'en votre sentiment.

M. de Rabutin Chantai.

'WV/V--W VIA W\ "WV -W/VW/W/-W 1

De la même à M. Ré vol ,

Paris, ce mercredi 4 août 1687.

Il faut que vous ayez l'endosse de toutes mes affaires, mon pauvre monsieur. Voilà une lettre que je viens de recevoir de Pasgérant, gendre et caution de La Jarie; vous verrez

DK MA D à M E DE si. VI t. \ l .. , jg

tout ce qu'il me mande de la conduite et <!« mauvaises intentions de ce fermier, et comme il n'y a point de temps à perdre; c'est pourquoi je vous conjure d'écrire à d'Hérigoyen encore plus amplement, afin qu il empêche que La Jaric ne détourne les bestiaux, comme il en a le dessein. Je vous envoie aussi un mémoire du vrai de la terre (élu Buron); vous verrez qu'il est beau et bon; il ne ruinera pas notre nouveau fermier. Il faut empêcher que La Jarie ne fasse aussi couper un bois taillis , qui n'est pas en coupe. Enfin si d'Hérigoyen n'est point à Nantes , et qu'il m'abandonne dans cette occasion si importante, il ira beaucoup de mon intérêt et du sien. Je ne vous oblige pas à lire tout le mémoire , vous n'en avez pas le loisir aujourd'hui ; mais en gros vous pouvez assurer à d'Hérigoyen que son marché n'est assurément pas mauvais, et qu'il songe à sauver les bestiaux qu'on veut détourner, et qu'on ne coupe point de bois taillis, et qu'on me rende mes meubles, tout vieux qu'ils sont, dont La Jarie a l'inventaire. Vous m'avouerez, monsieur , que si jamais j'ai eu besoin de d'Hérigoyen, c'est présentement. Ne vous embarrassez point de lire ce grand mén nvoyez-le-mOi demain à votre loisir .e de Pàsgérant, que vous lirez, » ai pas longue, et une lettre à d I

tout et c'est trop pour un homme aussi occupé que vous; mais il faut que vous ayez pitié de moi, étant aussi dénuée que je le suis de tout secours à Nantes.

La Marquise de Sévigné.

Vous ferez remettre le paquet que vous m'enverrez demain à l'hôtel de Carnavalet. Suscription : Pour M. Révol.

De la même au sieur o'HÉRrGOYEN.

Paris, i3 août 1687.

Puisque vous voyez comme moi que La Jarie nous veut encore prendre pour dupes, par le moyen de l'opposition de son marchand , je ne suis point en peine que vous ne fassiez tout ce qui sera nécessaire pour nous empêcher de donner dans le panneau quil nous tend , et j'aurai toujours l'esprit en repos quand vous vous mêlerez d'une affaire , tant j'ai bonne opinion de votre esprit et de votre vigilance. Prenez donc soin de ce rachat,

D E II ADAM R DE SÉVIGM É. l\ 5 I

M. d'Hérigoyen; quand voua 1 aurez vous me le ferez tenir, cela viendra en son temps. La Montagne voua rendra Le compte d<- 1680, où

vous \ errez que La Jarie e.-t obligé à toutes les réparations qui sont nommées dans les baux , et que je les y ai toujours passées en compte.

Vous fer.'/ aussi sais» i< Mi- ses biens et ceux de La Bigotaye; il en Faut venir là.

.le lui ai ((rit une lettr que je VOUS ai envoyée, où je l'exhorte Tort \t se point laisser consommer en frais, ef à s cuter lui-même de bonne foi; il est bien mi onseillé: s'il ne suit pas mon conseil vous m< le manderez. Je vous recommande toujours nos réparations du Buron et <.V rafrermeï tout ce que vous pourrez , pour mettre la terre en valeur. Nous compterons de tout ce que vous aurez mis, à bon eompte sur cette année de 1686, que La Jarie vous a di'i payer.

Je souhaite (pie vous ayez mis les eboses en état de toucher ces ventes que vous espériez; il v en a toujours au Buron, c'est ce qui fait la beauté de la terre. N'oubliez pas ces i3oo livres tant promises , c'est le reste de Fannée i685, et même il y a quelque chose de plus. Je suis Poil aise que vous mandiez toujours à mon fils ce (pie vous m'écrivez; je prends ses conseils et ceux de La Montagne,

Page 1