‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 28 sur 46 · DE M. 1>F. POMPONNE. 4?J · texte numérisé non relu

DE M. 1>F. POMPONNE. 4?J

Tocat (i) au logis, qui eut tonte la joie de nous reToir < ju >- vous vous imaginez aisément. Un moment sprèfl M. d'Hacqueville me Tint voir arec M. l'abbé de Bernay, et me demanda île vos nouvelles ;i\<-e an empressement qui marque assez son amitié pour vous. Je sortit te soir avec M. Ladrocat, et je passai chez M. de Bertillac (a , que je ne trouvai point ; mais son

portier me vit en habit de campagne, et il lui aura dit que mon premier SOIS en arrivant

avoit été de passer elle/ lui. De là M. L;;dv<>e;if

me descendit a l'hôtel de Nevera (3 , o*j le grand monde que j'appris qui étoit en liant m- m'empêcha point de paraître en habit gris. .1 v trouvai seulemeni madame et mademoiselle de Se\i;;ne, madame de len-

(i) Marguerite Rouille 1 épouse de Nicolas Ladi maître <lf> comptes, belle-mère 4e M. de Pomponne. Eile mourut dans les premiers jours d'octobre 1691 ( Voyezït Journal mauutcritée Dangeau, [ octobre il

(2) Nicolas Jehannot-de-Bertillac, ti < ttorier ;;< m rai «l« li reine mère. Il ayoil beaucoup contribué au retoui d< M. de Pomponne.

(3) L'hôtel d'Anne de Gonzagoe, princesse palatine Nous nous sommes trompée dans la note de la letti

de madame de Se vigne, en,plaçant * < t bôtel au coin de l.i rue des Sauii --I'. i es II « r . . i r i la place où l'on n <•! r aujourd'hui l'hôtel de la Monnoie. ( l < \< ■ la \ du I\>nt-.\\iij\ gcavéV sa i€^|6 pai DeDsvJtUa )

quières (i) et madame de La Fayette, M. de La Rochefoucauld, MM. de Sens, de Xaintes et de Léon; MM. d'Avaux , de Barillon, de Châtillon , de Caumartin (2) et quelques autres ; et sur le tout Boileau , que vous connoissez , qui y étoit venu réciter de ses satires (3) , qui me parurent admirables ; et Racine, qui y récita aussi trois actes et demi d'une comédie de Porus , si célèbre contre Alexandre , qui est assurément d'une fort grande beauté (4). De vous dire quelle fut ma réception de tout ce monde , il me seroit difficile , tant elle fut agréable et pleine d amitié et de plaisir de mon retour. Il parut d'un si bon augure de me revoir après trois ans de malheurs , dans

(1) Anne-Louise de Gramont , mariée en 1667 à Isaac de Pas , marquis de Feuquières , mère de l'auteur des Mémoires sur la guerre.

(2) Louis Lefèvre-de-Caumartin , alors maître des requêtes , depuis intendant de Champagne et conseiller d'état ordinaire.

(3) La première édition des satires de Boileau , au nombre de sept , est de 1666. Ne les ayant point d'abord fait imprimer isolément. , comme on s'en convainc par sa préface, il en courut des copies inexactes. Il en parut même à Rouen , i665 , une édition si infidèle , qu'il ne put se dispenser de les publier telles qu'il les avoit composées.

(4) Alexandre fut joué à-la-fois sur les deux théâtres de Paris, vers le milieu du mois de décembre i665.

DE If. DE POMPONNE.

un moment si agréable , que M. de La Rochefoucauld ae m'en augura j»;»s moins que d être chancelier. Vous y fûtes toutefois beaucoup plus souhaité que je ne laurois été si j'étois éloigné en; m:.- vous î et de toute cette grande troupe, il Hv eut personne qui ae me demandât plus d'une fois de vos nouvelles, et qui ne nie lit pour VOUS mille cl mille amitiés (i).

(î) M. de Pomponne arriyoil «l'exil. lue lettre d< clici , connue en ces ternies, venoit de lui être adn « Je \ cii> écria cette lettre pour voua «-lin- que je ti oui <■ ■ bon que voua partiez <1 • votre maison de Pomponne, «lorsque voua P estimerez à propos, et que voua \cniez «faire votre séjour en cette ville. Paris, ce i fc- * Trier i665. SignéHoms, et plus bas, I.i Ti 1 1 u R. >» On remarque qu'il ne fut permis à M. de Pomponne de revenir à P.ni< qu'après le départ de Pouquet pour Pignerol. Le surintendant étoit parti dans les derniers jours de décembre i 66 \. ( / " ) ex la lettre \ô de madame de SéviftnéO

Du même au même.

Ce mardi matin ( 1 1 février i665).

Vous devez avoir reçu par Louis mon billet de samedi au soir, et par Yvory un gros paquet que je vous envoyai la veille; le coche n'allant plus, j'enverrai dorénavant chercher par la même voie aux halles.

Pour continuer à vous rendre compte de ma vie , j e vous dirai que j e fus dimanche chez le roi avec M. le maréchal de Gramont (i) ; l'on n'entroit point encore, et lorsque nous causions dans l'anti-chambre , il me dit, qu'avant de me faire appeler, lorsqu'il seroit entré, il parleroit de moi au roi ; vous verrez avec quel bonheur cette pensée lui vint. Sitôt que la chambre fut ouverte et quil fut auprès du roi, il lui dit qu'il avoit une personne à lui présenter qui venoit le remercier de la grâce que sa majesté

(i) Antoine, duc de Gramont, pair et maréchal de France. Sa sœur ayant épousé le marquis de Feuquières, cousin de M. d'Andilly, il existoit une alliance entre lui et M. de Pomponne.

Dl M. DK POMPONNE.

lui avoir accordée; mayanl nomme, le roi lui du qui] m .i\ ou bien |)oiuiis(|r rcNcuii ;i Paris,

mais qu'il ne m'avoH pas permis «le le voir. Vous pouvez croire que cela Burprh le maréchal, mai- siins s'embarrasser, il lm [('pondit que comme je sentais n'avoir point failli, j'avon cru que le roi, m'ayam Lut l'honneur de me permettre de revenir, ne me voudroil poinl priver de l'honneur de le voir; que du reste il lepouvoil assurerque j'étois l'homme du monde de la plus grande fidélité, es qui l'on pouvoit prendre le plus de confiance, et qui avoit autant d'esprit. Le roi répondit à cela d un bon air : « ( iela 661 ■ \ rai , te le sais bien» , et il lui dit que je pouvois venir. J'entrai , M. le maréchal me présenta, je fis ma révérence «U roi qnî étoit sur sa chaise; il tourna la tête v( rs moi, ne me dit rien, ei me parut an visage ni hou ni mauvais, oe qui est aseea pour un homme qui revient d'exil. Le maréchal me conta cela ensuite, et me dit que c étoit un coup de 7>/e//(i), que, sans savoir pourquoi, il lui avoit parlé de moi auparavant que me présenter, car sans cela, voyez où jeu étois. Enfin cela s'est bien passé, et cet obstacle m<

(i) Espèce d'exeJamation gasconne Le maréchal avoii conserve1 l'accent «le sa province.

ma été avantageux par le bien qu'il a fait dire de moi, et dont le roi est convenu. Cependant je croyois avoir fort bien pris mes mesures; car M. Le Teîlier m'avoit dit qu'il diroit au roi que j'étois arrivé, que je pourrois ensuite le saluer vendredi ou samedi , et j'avois retardé un jour davantage. Il me reste avoir la reinemère; je viens d'écrire un billet à M. de Bertillac pour la voir s'il se peut ce matin avec lui. Du reste je débrouille ce que je puis de mes visites , mais ce temps est si incommode à aller par Paris que l'on ne peut rien faire. Il me donne bien de la peine pour vous, car je vous vois renfermé dans votre cbambre tant que ces neiges si grandes dureront.

Je ne sais point de nouvelles , mais il y en a peu d'autres que celles des mascarades, dont vous vous souciez fort peu. La seule considérable est l'ambassade extraordinaire que le roi envoie en Angleterre pour négocier la paix avec la Hollande. M. de Verneuil (i) en est le chef, et M. Courtin va avec lui avec la même

(i) Henri, duc de Verneuil, fils naturel de Henri IV. Il porta le titre d'évéque de Metz pendant long-temps. Ayant été reçu duc et pair en i663, il fut appelé duc de Verneuil. Il n'a point laissé de postérité de Charlotte Seguier, fille du chancelier, avec laquelle il contracta mariage, le 29 octobre 1O68.

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