DE M. DR (OUI. \ \<. Î)J
« nous eussions été dans la maison bien réglée de « quelque gentilhomtne particulier. »
Le lendemain matin, le même gentilhomme (ii voirai ioulangeset a ses compagnons «le voyage les CUl iosités do Florence.
« L'heure de dîner étant venue, notre table fut « servie avec la même magnificence el les mêmes «honneurs que le soir précédent. Mais, à dire le « vrai, nous commençâmes à en être importunés, a et nous conclûmes tous que si nous étions, en « notre particulier, servis par nos valets et nour- « ris à nos dépens, nous jouirions d'une liberté « dans laquelle nous considérerions les choses « plus à loisir, et que tous ces respects qu'on nous « rendoit, avec tant de lionne chère, nous obli- « geoienl de quitter la ville, de peur d'abuser de. « l'hôte chez lequel nous étions. »
Aussi prièrent-ils le chevalier de Minorberti de leur obtenir du prince leur audience de congé.
«Il nous conduisit d'abord à l'appartement du o grand-prince, fils (i) unique du grand-duc, qui « nous reçut fort civilement; cette visite achevée, « nous passâmes chez la gTande-duchesse, privi- « lèfye qui n'est pas accordé à tous les étrangers; « ncus la trouvâmes dans sa chambre ave. s< s « filles d'honneur, toutes vêtues de satin bleu .,
(i) Cosmp, IIIe <lu nom, marié, en 1661 , avec Louise- Marguerite d'Orléans, fille de Gaston de Fiance, duc d'Orléans, et de Marguerite de Lorraine. Il mourut I
octobre 1723.
« des dentelles d'or et d'argent. Elle nous fit toutes « les civilités que nous pouvions espérer, et nous « dit cent choses obligeantes ; entre autres , qu'il « faîloit que nous trouvassions Florence bien peu « agréable, puisque nous n'y voulions pas séjour- « ner davantage. Nous fûmes de là chez le prince « Léopold (i), frère du grand-duc, et ensuite chez « son altesse ducale , que nous remerciâmes de « toutes ses bontés. »
Les voyageurs partirent pour Livourne, et peu de jours après ils revinrent incognito à Florence pour voir cette belle ville plus à loisir; ils allèrent ensuite à Plaisance, où ils rendirent leurs devoirs au duc de Parme. Il faut laisser Goulanges continuer son récit.
« Ce prince (2) part tous les jours de son palais, « sur les sept heures du matin, dans son carrosse « avec son frère, et sitôt qu'il est hors de la ville, « il prend la place de son cocher, ayant un plaisir « singulier à mener son carrosse lui-même. Si l'un « de ses chevaux se déferre, il fait l'office de maré-
(1) Il fut fait cardinal, en 1667, par le pape Clément IX, et mourut le 10 novembre 1675.
(2) Ranuce Farnèse, IIe du nom, duc de Parme et de Plaisance, né le 17 septembre i63o, mourut le 8 décembre 1694. H épousa, le 29 avril 1660, Marguerite de Savoie, qu'il perdit le 28 avril i663. Il se remaria en secondes noces avec Isabelle d'Est, fille du duc de Modène, qui mourut en 1666, et en 1668 il épousa en troisièmes noces Marie d'Est, sa belle-sœur.
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« clial, et c'est de là qu'on dit proverbialement en « Italie cocher de Panne; il est vêtu autant mal «qu'on le peut être, et comme sa mine n'est pas « des plus relevées, l'ayant vu plusieurs fois dans « son carrosse, je demandois toujours où étoit le «duc, bien qu'il fût dedans, n'ayant garde de « penser que ce fût lui qui parût dans un aussi « mauvais équipage. L'heure de son dîner venue, « il revient au palais , mais il en ressort incon- « tinent pour reprendre» les divertissements du « matin. Aussi nous ne pûmes lui faire la révérence c que le soir du lendemain, que nous demandâmes «l'audience. Peut-être aussi vouloit-il se mettre « sur sa bonne mine, comme il fait envers tous les « étrangers, pour les recevoir avec plus d'honneur. « Nous le trouvâmes, en effet , dans sa chambre, « vêtu de noir, qui est son habit de cérémonie, « mais d'une mode si extraordinaire que je n\n « vis jamais de pareille. C'est un homme de vingi- « huit ans, qui en paroit pour le moins quarante- « einq ; sa barbe est noire et si épaisse, qu'à peine « lui voit-on le bas du visage; il nous reçut ce-
« pendant avec une civilité très grande Apres
« avoir pris congé de lui, nous fûmes voir le pi incê « Pietro (i), son frère, qui s'étoit aussi paré pour « l'amour de nous. Je n'ai jamais vu homme d'une «figure si extraordinaire. Il est aussi gros qu'un «muid, quoiqu'il n'ait pas encore dix-sept ait-:
(1) Pierre Farnèsc, né en i64i, mort en 1 G 7 7 avoir été marié.
« il ne peut presque se remuer ; il nous reçut « ne'anmoins debout, et fit quelques pas pour vête nir au-devant de nous. »
Quand nos voyageurs furent arrivés à Turin, ils allèrent saluer M. Servien , ambassadeur pour le roi près du duc de Savoie. Madame Servien voulut les présenter elle-même à Madame Royale (i), qui étoit alors dans une maison de plaisance, à peu de distance de la ville.
«Elle nous fit voir cette cour, la plus belle « et la plus magnifique de toutes les cours après « celle de France. Après avoir traversé quelques « salles , nous entrâmes dans l'antichambre de Madame, où étoient ses filles et force hommes «bien faits, vêtus à la françoise, jouant et se « divertissant agréablement. Après avoir été quel- « que temps à les considérer, la dame d'honneur « sortit de la chambre de Madame, et nous vint « dire que nous y pouvions entrer: Madame étoit « au lit, et madame la princesse Marguerite (2),
(1) Chrétienne de France, fille de Henri IV, mariée, le 10 février 1619, à Victor-Amédée, duc de Savoie. Elle mourut le 27 décembre i663.
(2) Cette princesse croyoit être sur le point d'épouser Louis XIV7; il y eut à ce sujet une entrevue des deux cours à Lyon , au mois de novembre suivant; mais, le roi d'Espagne ayant fait proposer sa fille, les espérances de Madame royale de Savoie et de la princesse furent déçues. Cette dernière épousa, le 29 avril 1660, le duc de Parme, dont Coulantes vient de faire un por-
DE M. DE COULANGES. fit
«sa fille, dans la nielle; madame Sei vieil nous « présenta a l'une et à l'autre; elles nous reçurent « avec tout l'accueil < j u< ■ nous pouvions souhaiter. « La chambre étoit remplie de dames belles et a bien faites. Nous \ passâmes près (Tune lieure, « pendant laquelle ces princesses nous parlèrent « toujours avec une boute et une civilité a<lmii a- « blés. M. le duc de Savoie (i) y survint, auquel «nous fîmes aussi la révérence; et comme nous « nous disposions à prendre congé, Madame Ro^ aie « nous dit qu'elle vouloit que nous vissions les au - «très chambres et le jardin. Quelques dames qui « étaient là nous y conduisirent, et, en passant « par une des chambres, nous trouvâmes madame « la princesse Louise (?>), fille aînée de Madame « Royale, veuve du prince Maurice de Savoie, son a oncle; nous eûmes l'honneur de la saluer et nous « sortîmes d'avec elle aussi satisfaits que nous Pa- « vions été des princes et des princesses que nous
u venions de quitter Notre promenade faite,
«(nous repassâmes par la chambre de Madame,
trait si fâcheux. Cette union n' étoit pas de nature à la
consoler de la perte de la couronne de France.
(i) Charles - Emmanuel , IIe du nom, marie au mois d'avril i663 avec Françoise d'Orléans, fille de Gaston de France et de Marguerite de Lorraine, morte au mois de janvier i664- H se remaria en i665 avec Marie-Jeanne Baptiste de Savoie, tille du duc de Nemours et d'Elisabeth de Vendôme.
(?) Elle mourut en 169a
« qui nous demanda des nouvelles de tout ce que « nous avions vu. »
Coulantes revint ensuite en France , et se rendit à Dijon où il arriva le 12 octobre. Il s'empressa d'aller y voir le président Fremiot (1), ancien ami et allié de sa famille.
« J'arrivai a Paris , continue-t-il , le mercredi « 23 octobre de l'année i658, et je vins descendre « en la maison paternelle, rue des Francs-Bour- « geois; mais je ne fus pas assez heureux pour y « trouver mon père: il étoit à la campagne, chez la « marquise de La Trousse (2), ma tante, où je me « serois acheminé à l'heure même, si je n'eusse « été obligé de m'arrêter, pour rendre mes respects « à M. d'Ormesson (3), mon grand-père maternel ,
(j) Il étoit oncle de madame de Sévigné, à laquelle il laissa en mourant une partie de sa fortune. ( Voyez la lettre qu'elle écrit au comte de Bussy, le 16 avril 1670, tome II, p. 5i. )
(2) Henriette de Coulanges, veuve de François Le Hardy, marquis de La Trousse , tante de Coulanges et de madame de Sévigné. Elle mourut le 3o juin 1672. (Voyez la lettre écrite le lendemain par madame de Sévigné, tome III, p. 3 10 de notre édition. )
(3) André Lefebvre d'Ormesson , qui , en qualité de doyen du conseil, porta la parole au nom du roi à la place du chancelier de France alors indisposé, au renouvellement d'alliance avec les Suisses, le 18 novembre i663, en l'église Notre-Dame de Paris. Il mourut, le 2 mars i6G5, à l'âge de quatre-vingt-huit ans, après avoir fait
«doyen <ln conseil du roi, que je trouvai en fort «bonne santé, et ave. la même rigueur d'esprit, « à quatre-vingts ans passés, <|n'il ervoil pu avoir «en la fleur de son âge. Il me reçut avec des < bontés mon pareilles, et ne se contenta pas de «me témoigner la joie qu'il avoit de me revoir «par les earesses quil me fit; niais il ajouta l< - « effets avec une libéralité dont je ne saurois être «assez reconnoissant. M. d'Ormesson (i), maître «des requêtes, mon oncle, alors intendant de « justice en Picardie, et madame s.» femme, m'ero- « brassèrent aussi tous deux avec beaucoup d'ami- «tié. Je fus encore rendre mes devoirs à M. <!e «Lezeau(2), conseiller-d'état, mon grand-onde, « et à ceux de mes proches qui se trouvoient à