‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 37 sur 46 · DF, M. DE POMPON · texte numérisé non relu

DF, M. DE POMPON

on commerce qui n'est pas fort ouvert ave< Moscou, et il me promit d'envoyerau ministre que le roi de Suéde tient auprès du czar, les questions qui excitoient ma curiosité, et de m en mire avoir une réponse. Je les lui donnai traduites en latin, et depuis tout ce temps, dbmme la pais que la Suéde a faite avec le Moscovite avoit apparemment occupé son ministre, je n'en avois point ouï parler. Enfin M. le grand-chancelier m'envoya , il y a quelques jours, un extrait de ses lettres, par lesquelles il lui rendoit compte de cette affaire. Il lui mande qu'il avoit vu le métropolitain de Moscou, lui avoit montré les propositions, et que ce dernier lui avoit promis de lui en donner son sentiment par écrit; que quelque temps après le même archevêque s'étoit présenti' au czar, ce papier à la main, lui avoit proposé ce en quoi il consistoit, et lui avoit demandé la permission d'y répondre; que le czar l'ayant accordée , il avoit déjà commencé a le faire. L'envoyé de Suède mande qu il lui avoit fait voir cinq feuilles qu'il en avoit écrit» - Néanmoins, avant de lui donner sa réponse , il lui a témoigné qu'il vouloit attendre les patriarches de Gonstantinople et d Alexandrie qui dévoient arriver de jour en joui-, afin de donner conjointement leur opinion , et de la cei ù> fier de leurs seings et de leurs sceaux. Voilà

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où nous en sommes, nous attendons de jour en jour cet acte, qui seroit une espèce de déclaration d'un concile de l'église grecque.

Mais en attendant un témoignage si authentique , je ne laisse pas de vous en envoyer un autre, qui ne me fait pas voir avec moins de certitude, quoique avec moins de poids, quelle est l'opinion de cette église sur le mémoire que vous m'avez envoyé. Le traité que le feu roi de Suède fit avec Ragotzki, prince de Transylvanie, et avec le prince de Moldavie, coûta les états à l'un et à l'autre, par la persuasion que le grand-seigneur conçut qu'il y avcit quelque jonction résolue contre lui. Il déposa le prince de Moldavie, qui ayant perdu ses biens et ses états eut recours à la Suéde, pour laquelle il en avoit été chassé , et il en obtint quelques terres en Poméranie , où il a toujours demeuré depuis. Ce prince a envoyé ici depuis peu de mois, pour ses intérêts, un gentilhomme, nommé le baron Spatari , qui avoit été long-temps secrétaire d'état lorsqu'il régnoit, et qui a depuis commandé des troupes sous les deux maîtres que le Turc a tout de suite donnés à cette province. Le prince a profité d'une visite qu'il lui étoit allé rendre, en se trouvant en Allemagne , pour lui faire entreprendre ce voyage , et il le chargea d'une lettre qu'il me rendit, Je fus surpris de trouver

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un homme, si voisin de la Tartarie, autaat instruit aux ! <i ;i\<'<- nue connoissance

aussi générale <!<• toutes choses. Il parle bien latin, mais il prétend que, comme sa principale étude ;i - ■<■ , il y est beaucoup j > 1 il s -.i\.mt ; fous en jugerez, Il sait asseï bien l'histoire , et particulièrerm ai celle «le I « ;;li><> ; ii comme il a tort étudié les questions qui sont entre notre religion et la grecque, et même entre les luthériens el les calvinistes , je l'ai cru aussi capable qu'homme du monde de bien savoir l'opinion des Grecs- Jl a été longtemps ministre de ses princes à la Porte, et < est par là qu'il m'a expliqué que ce que mande de Moscou le résident de Suéde, que les patriarches y doivent venir, ne peut être exact, pareequ ils ne sortent pas ainsi <!e leurs si< ges. Ce sont seulement Leurs légats qu ils envoient pour apaiser le trouble que la déposition dit patriarche de Moscou avoit causé. Connue il est constant que la Moldavie et la Moscovie sont de la communion grecque, je ne puis douter (jue ce que j'attends de Moscou ne soit conforme à ce que j'ai appris de lui , et j'ai i bien aise de vous envoyer la réponse que je l'ai prié d'écrire sur la question que vous vouh lez éclaircir(i). 11 y travaille, et j'espère ravoir

(i) L'écrit de ce gentilhomme e*t intitulé : £7t7/u oiitn-

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avant de fermer mou paquet. Il convient généralement avec nous sur toutes ces choses , et n'en diffère que sur la procession du Saint - Ksprit ; aussi vient-il toutes les fêtes à la messe chez moi; et à l'exception du credo, où il oublie lejiiioque , il n'y a pas un meilleur catholique.

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Du même au même.

A Stockholm, ce 23 juillet 1667.

Enfin , j'ai la réponse que j'attendois

de Moscovie; le résident du roi de Suéde, qui en est revenu, l'a apportée lui-même, et M. le grand-chancelier de Suède me la remit hier entre les mains. C'est un discours latin de

talis occidentali splendens , ici est sensus ecclesiœ , scilicet grœcœ , de transsubstantiatione corporis Domini , à Nicolao Spadario } Moldavo-Laconc , barone , ac olirn générale JFallachiœ y conscriptiun Holmiœ , anno 1667, mense februario. Il a été inséré dans le livre XII de la Perpétuité de la foi, ouvrage dans lequel le docteur Arnauld et Nicole ont victorieusement réfuté les erreurs de Claude , et ont établi que la croyance de l'église catholique sur le sacrement de l'eucharistie, n'a jamais éprouvé de changement.

DE M. DE POMPONNE. 5 If)

soixante et six pages de grand papier. Il i écrit par Le métropolitain de Gaza, qui la signé de sa main; je ne l'ai poinl lu , mais mon aumônier qui est habile et grand prédicateur en allemand, me vient de dir< qu il est savamiii. ;t et éloquemment écrit. Il établie absolument comme nous, sans différence quelconque, la transsubstantiation et L'adoration du Saint- Sacrement. H ny a que le pain avec levain et le calice qui distinguent leur communion de la notre.

II établit aussi le sacrifice de la messe pro vivis et mortias, le culte des saints . et le sacerdoce qui donne aux seuls évéques '<• pouvoir de consacrer les prêtres ; il réfute saint ( '.vrille, que M. Claude a allégué comme un apostat et vu\ bérétique. Enfin il ne peut y avoir rien de pins authentique pour appuyer rvi article de Ja Perpétuité de lu fin'. Je ferai copier ce traité, et je vous l'enverrai feuilles par feuilles, afin de ne point hasarder L'original (i).

(i) Le métropolitain <!<■ Gaza adj sur la

croyance des Grecs 1 1 'les Moscoi îtea • J< an «le Lilieni résident de la cour <\c Suède à Moscou. (.'<• monument de la doctrine de l'église a été inséré en entier dans !<.• lis i « ■ \I1 «le l.i Perpétuité de U foi, Paris, 1670. de l'appendiz du tome Ier. Qesl dal : Datum in Alexiano musœo t anno salutis 1666, octavo novembtis. Le métropolitain l'a ainsi ii : : Paysius L\ iridius, chius. Ce dtrnicvuiot indique qu'il étoit de 1 1!

J'ai commencé Joseph, depuis le régne d'Hérode, et je l'ai poussé jusqu'à la fin. En vérité, je n'y ai rien trouvé à critiquer, je l'ai repris ensuite par le commencement, et en ai lu quatre heures. Ce n'est point seulement une bonne , c'est une très agréable lecture.

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Du même au même*

A Stockholm, ce i3 août 1667.

.... Voici la troisième feuille de l'écrit du Moscovite; dans trois ordinaires vous aurez tout. Jai voulu parler moi-même à M. de Lilienthal qui l'a apporté; il a été pendant deux ans résident du roi de Suède à la cour du grandduc de Moscovie. L'opinion de la transsubstantiation est tellement publique dans toute l'église grecque, qui est la môme que celle de Moscovie, qu'il me disoit qu'il falloit ne guère connoître ce pays pour la révoquer en doute. IJ dit qu'il n'en faut point de marque plus assurée que l'adoration avec laquelle tous les Russes se prosternent dans les rues lorsque

Ton porte le Samt-Sacrement. J'ai voulu savoir particulièrement de lui quel étoit !<• métropolitain de qui il ;i eu cet écrit. Il ""' dit qu il étoit Grec de Dation, qui] avoil été en Italie, <t ;i\.'ii étudié ;t Padoue, qui] étoit revenu ensuite à Constantinople, où il avoit <i» fait m<;tropolitain de Gaza; qu'il passoit pour un des plus Bayants de L'église grecque, et qu'il « devenu suspect aux Turcs parcequ'il en convertissoit beaucoup ; qu'il s'étoit retiré en Mold.:\ ie et en Valachie qui sont de la confession grecque ^ et que de là, par l'estime générale que l'on avoit pour lui, il avoit été appelé en Bdoscovie, Lorsque !»• patriarche fut déposé, il y a deux ans; ce qui eut Lieu non seulement àca des guerres qu'on l'accusoit (lavoir excitées contre La Suéde et la Pologne, mais principalement à cause qu'il étoit fort convaincu du [" abominable sur Lequel vous avez fait une stance(i). Il est dans La plus grande réputation

(1) Pomponne o'a pas été bien informe*. Le patriarche Nikon fut déposé, en 1666-, pour avoir rendu à la \ntion moscovite <!<• la bible Bon ancienne pureté, et pour avoir cherché à supprimer «I u ugag is superstitieui quels le peuple de Moscou étoil très attachai. Il en i- sulta un schisme qui o'est pas encore entièrement i teint. Nikon i o< upa «I ms sa retraite à réunir les diff< rentes « (ironiques dont se coaposoit L'histoire 'le la Russie. Son ouvrage " été publié à Saint-Pétersbourg en '767.

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dans toute l'église de Moscovie, et s'il eût su la langue du pays, il eût été élu patriarche, prélat qui a chez les Moscovites la même autorité et la même considération qu'a le pape parmi nous. Il est logé dans le palais même du grand-duc, qui en fait un cas singulier; cela m'explique ce que vouloit dire ex Alexeo musceo, d'où il date son écrit: cela veut dire du palais du grand-duc qui s'appelle Ivan AVexiovitz (i). J'ai été d'autant plus aise de parler avec M. de Lilienthal même, que quelques calvinistes qui sont ici vouloient combattre la vérité de ce discours , parcequ'il est écrit en latin, qu'en effet les Russes n'étudient guère d'ordinaire; mais il s'en trouve quelques uns qui ont des lettres, principalement entre les ecclésiastiques et les moines. Celui-ci qui n'est point Moscovite naturel , mais archevêque grec, en a beaucoup. Il ne faut pas aussi que les huguenots prétendent qu'il y ait aucune différence entre la religion grecque et la moscovite; il n'y en a nulle. Les Russes seulement ont beaucoup de superstitions, de jeûnes et de scrupules que les autres n'ont pas : la croyance est tout-à-fait une (2).

(1) Le czar régnant s'appeloit Alexis Mikhailouitch, Ce prince a fait, ponr tirer son peuple de la barbarie , de premiers efforts qui n'ont pas été perdus pour Pîerre-le- Grand. I! fit imprimer un rode de lois. Il mourut en 1676.

(2) Il m'a semblé que cette lettre et les deux qui la pré-

7>r. ir. r>r POMPONNE. 5a3

Je saisausi : de M. de Lilienthal le suj< l grand démêlé, qui eut lieu l'année passée en Moscou iesurla religion. Il vint de ce que qu. '- « j 1 1 <. * ^ oovateurs répandirent qu il ne Balloit rendre le culte que nous rendons aux in»;. qu'à celles <lu crucifix, de la Vierge et de saint Nicolas. Ils brûloient et déchiraient toutes autres. Cette opinion, qui causa presque on soulèvement dans L'état, fut détruite par troupes que le grand-duc envoya, et qui châtièrent les séditieux. J'appris aussi que les Moscovites ne révèrent que les images qui sont plates comme les tableaux et les tailles-douces ; ils traitent d'idoles toutes celles qui sont sculptées. Du reste à la seule différence du saint prit qu'ils disent procéder du père parle, lils, et que nous disons procéder du père et du lils, il n'ya presque pas de différence entre eux et nous. Ils ont toutefois une grande aversion pour la religion romaine, et ils eut accordé, dans Moscou, quelques tenu luthériens et aux calvinistes, qu'ils refus aux catholiques. Voilà ce que j'ai appris de la Moseovie.

eèdem méritaient d'être eonservt < s. On « voit avec quel soin scrupuleux les théologiens catholiques ont rassemblé le- matériaux qui leur <>ui servi à combattre I< reurs de Luther et Ue Ci I vin.

52i LETTRES

Du même au même.

A Stockholm, ce \ juin 1667.

Je n'ai point eu de vos lettres cet ordinaire, mais celles que j'ai reçues de Paris m'ont appris une nouvelle qui me déplaît fort ; c'est la bulle dont le pape a voulu couronner sa vie. Voilà une action bien méritoire pour le monde où il étoit sur le point d'entrer (1) ! îsous verrons ce qu'elle produira, mais je crois que les commissaires en sont pour le moins aussi embarrassés que ceux à qui ils doivent faire le procès. Il s'y trouvera assez de difficultés, et ce n'est pas une petite affaire de condamner M. d'Alet et les autres.

Voilà donc la guerre pour tout de bon avec

(1) Le pape Alexandre VII mourut le 22 mai 16G7. Il avoit donné un mois auparavant deux brefs qui commettaient neuf prélats français pour juger les évêques d'Alet, de Beauvais, d'Angers, et de Pamiers, qui, dans leurs mandements, avoient autorisé leurs diocésains à signer le formulaire, en distinguant le droit du fait. Cette distinction paroissoit raisonnable; mais l'église en ayant ordonné autrement , les fidèles ont dû se soumettre.

nr M. DE POMPONNE.

l'Espagne; je D'en ai rien appris cei ordinaire par les dépêches du roi, parcequ'eHes ont ét< arrêtées à Bruxelles. Cfesi nue grande et une nom elle scène pour l'Europe.

La reine Christine étoit arrivée à dix-huit lieues de cette ville. Comme elle avoit ann aé un prêtre < j ï i i lui sert de secrétaire, el <jui lui disoil la messe durant 1** voyage, le roi de Suéde envoya au-devant délie, pour la prier de le renvoyer; mais lorsque après lui avoir écrit les raisons <|ui l'obligeoiem à le garder, et qui étoient celles de sa religion et de son salut, «île reçut la réponse du roi (jui l'obligeoit à la même chose, «-II»' prit sa résolution a l'heure même, renvoya toute la maison du roi de Suéde, qui l'avoit accompagnée dans tout le royaume, et elle reprit le lendemain le chemin de Danemarck (i). L'on n'a pas été fâché que la religion fournît ce prétexte pour empêcher sa venue; mais en toutes choses un

met ici une rigueur contre les callioliipics qui n'est en nul pays du monde (2).

(1) Dans l'art. Christine de la Biographie universelle,

de M fciichaud, on place, en 1666, l< sec ! vo

que cette reine lu en Suéde. Ou \"it. pai la lettre de II, (lr Pomponne, qu'il n'enl lieu qu'en 1667.

(■>.) On accuse les ■ atboliques d'intol 1 u odani

dans les sectes qui se sont séparées de l'église romaine que l'on en trouve !<•- exemples lee pin- i< ?oh

Vous avez su presque aussitôt que nous la mort de la reine de Pologne (i) ; c'est un grand changement aux affaires de ce royaume.

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Du même a M. ArnâULD de Lusancy (2).

A Stockholm, ce io septembre 1667.

J'apprends par ma femme que vous avez eu la fièvre, c'est-à-dire, que vous vous conservez à votre ordinaire. En vérité, mon très cher frère, vous êtes bien incorrigible sur ce chapitre, et vous devriez bien changer, quand

(1) Elle mourut d'apoplexie à Varsovie, le 10 mai 1667.

(2) Henri-Charles Arnaulcl, chevalier, seigneur de Lusancy, le troisième fils d'Arnau'.d-d'Andilly, qui vécut toujours avec son père dans la solitude. x\rnauld-d'Andilly, dans son codicille du 8 avril 1667, lui légua son mobilier, en ces termes. «A mon fils de Luzancy, tout « ce que j'ai de meubles , qui , de quelque peu de valeur « qu'ils soient , lui sont d'autant plus propres , que la vie « retirée que Dieu lui a fait la grâce d'embrasser, fait « qu'il les aimera d'autant plus qu'ils sont simples. » Tel étoit le caractère des brouillons du XVIIe siècle. Que le» temps sont changés !

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