RELATION
FAITE PAR M. DANDILLY (1),
De la réception que le roi lui fit , lorsqu'il vint le remercier de la grâce qu'il venoit d'accorder à son fils.
Après que le roi eut déclaré, le sixième jour de septembre 1671 , quil avoit choisi le sieur de Pomponne pour remplir la place de secrétaire dctat, vacante par la mort du sieur de Lyonne, et par la démission du sieur de Berny son (ils, qui en avoit la survivance, plusieurs personnes ayant dit à sa majesté que je ne manquerons pas sans doute de lui aller rendre de très humbles remerciements d'une si grande grâce qu'il avoit faite à mon (ils, et sa majesté
(1) J'ai extrait quelques passages de celte relation dans les notes de la lettre 182 de madame de Sévigné ; c'est un chapitre trop curieux à ajouter aux mémoires d'Arnauld-d'Andi'ly, pour ne pas la faire connoitre entièrement.
de M. ni: POMPONNE. r>3y
ayant répondu qu'elle le croyoit , il n'y eut | \& lieu de délibérer à [n'acquitter de ce devoir.
Ainsi, le dixième jour du même mois, je Fus i \ < rsailles avec M. <!<• Bartillat ( i mou intime ami , à qui sa majest avenant
que c'était lui qui lui avoil parlé avec plus ri Instance pour faire revenir mon fils de son
exil , avoil eu la bonté de «lire que, dans 1 occasion présente, <'ll<' se réjouissoii avec lui.
.Noms arrivâmes lorsque le roi alloit tenir conseil: et M. <!<• Bartillal lui ayant «lit que j'étois là, sa majesté lui répondit : « Amenez-lemoi. » Il n'y avoit avec elle dans la galerie une \|. Ros . ~> ■: i était ■ «lu cabinet . qu
retira: ainsi non- demeurâmes seuls, M. de Bartillat et moi , a\ ec sa maies
Lorsque je voulois lui Faire mon compliment, elle prit la parole d'une manière si obligeante , qu'elle m'ouvrit le cœur, et me donna
te grande liberté de lui parler, qui continua durant cette audi< ace si favorable, et qui fut fort longue. Sa majesté me dit donc d'abord :
(i) Ancienne manière d'écrire 1 nom de fi rtillac (•.>.) Touss ii.; re du cabinet du roi , pré-
sident de i ' i. ' Un mot
«ju'il *1 î t av< i prit < MY \.ilut à l'Académie
française l'honneur <.\\ ire adn <lr même <[>ic I< £ Académie . de d't 11
« Il ne faîioit pas une moindre occasion pour « vous faire sortir de votre solitude , où , quel- « que retiré que vous fussiez , vous n'avez pas « laissé de beaucoup faire parler de vous. Mais « je vais vous donner encore une autre joie, « c'est que vous verrez votre fds plus tôt que « vous ne pensez: car je lui mande de revenir « le plus tôt qu'il pourra. »
A quoi je répondis dans les termes les plus respectueux que je pus , pour lui témoigner mon extrême reconnoissance ; je dis entre autres choses que d'autres princes pouvoient donner de grandes charges, mais que les donner d'une manière qui les relevoit encore infiniment au-dessus de ce qu'elles étoient par elles-mêmes , étoit une gloire qui lui étoit réservée , et dont nulles paroles ne pouvoient exprimer combien j'étois touché ; que j'osois assurer sa majesté qu'outre la fidélité et la passion pour son service qui étoient héréditaires à mon fils, j'espérois que Dieu lui feroit la grâce de la servir avec tant d'application et de désintéressement, qu'elle n'auroit point de regret de l'avoir comblé de ses faveurs; sa majesté me dit : « ^Nîais vous oubliez à parler de sa capacité. « Tout le monde me loue et me remercie du « choix que j'ai fait de lui, et je m'en suis réjoui « avec BartilJat. »
La suite m'engagea à lui dire sans affectation
ni M. DE l'nUl'n \ s i .
que le feu roi son père m'avoit fait l'honneur à Bésiera , en 1 6aa , de me faire offrir la charge de secrétaire d'état, vacante par I» mort de M. dé Sceaux (i), en donnant 1 00,000 (•ciis(0 <l«' récompense a ses héritiers, rt que je n'avoia pas été assez hardi pour les donner. Sa majesté me répondit : « Il en coûtera da- .< vantaçe à votre f i I ^ : mais cela ne durera « guère. »
Sa majesté me dit ensuite beaucoup de bien de mon fils, et die termina par ces proj paroles : « Quand vous n'auriez autre contenr temenl et antre satisfaction dans le monde m que Savoir un tel Bis, vous devriez vous
estimer très heureux; et comme il faut
(1) Antoine Potier, seigneur de Sceaux, secrétaire d'état
ii - ordres <ln roi. Il mourut au siège de IVfontauban, le r3 septembre [631. (Poyet Y Histoire ires d'état, die Fauvelet-du-Toc, pag. 211.)
(2) On lit r<-n t mille livres dans les '■■• noires d'Arnauldd'Andilly ( 1"' partie, pag. 161 .. < ta oe conuoissoil il"i > que lieu d'or, <|iii , comme sous Henri IV. valoil 60
.-h 3 livres. Les premiers écus d'argent ont été frappi en vertu de l'édil <l ■ Louis XI II , du 2^ décembre i<> j 1
■ Les suites, tin M. (TAndilly, ont fait \ « <î t que j-- fis r une grande faute; mais ou la doit pardonner en <•»* . qu'étant venu » la cour sous le règne de Henri-le-t Irand . « j'avois été nom 1 i dans la 01 é in< e qu'il su fisoit d
k vailler à se rendre digne des charges pou»
■ comme autrefois, <J.e les obtenir sans argent. »
« commencer par bien servir Dieu , pour bien « servir son roi, je ne doute point qu'il ne sa- *« tisfasse à tous ces devoirs. »
Sa majesté me dit ensuite d'une manière dont je ne saurois assez bien exprimer quelle fut la grâce et la déiiratesse : « Au reste, j'ai « un avis à vous donner qui vous est fort « impc rtant , car il regarde votre conscience ; «je crois même qu'il pourroit y avoir sujet de « vous en confesser: c'est que vous avez mar- « que dans l'histoire de Joseph que vous aviez « quatre-vingts ans , et je doute que l'on puisse « sans vanité faire voir que l'on est capable à « cet âge de faire un si grand et un si bel ou- « vrage. »
La suite du discours me fit dire à sa majesté, cela étant venu à propos, que je me plaignois de ce qu'entre tant de justes louanges qu'on lui donnoit , il y en avoit une sur laquelle on n'appuyoit pas assez , qui étoit les duels ; elle me répondit : « On m'en loue aussi » : et je lui repartis : « Oui, sire, on vous en loue : « mais non pas, ce me semble, autant que le h mérite une aussi grande grâce que celle que « Dieu vous a faite d'arrêter ce torrent de sang « qui entraînoit dans l'abyme une partie de « votre noblesse (1); à quoi il a ajouté une autre
(i) Il y aYoit bien un peu d'amour-propre pour Ar-
DE M. Dl POMPONNE. 54i
« grâce dont votre majesté ne sauroil aussi « trop le remercier, qui est d'avoir donné la «paix à l'église. Car L'église, sir< étant le « royaume de Jésus-Christ, c'est une beaucoup « j>hi< grande gloire à votre majesté <l< lui « avoir donné la paix que «le I .i\ oir donnée .1 «toute l'Europe. ■ Ce que sa majesté témoigna Port bien recei oir.
Elle me dit que dès que j'étoia entré, elle m'avoit reconnu. Je lui répondis que je ne pouvois assez m'en étonner, pareequ'il y avoit plus di1 vingt-six ans que je o'avois eu l'honneur «le la voir, lorsque la reine sa mère le tenant par la d ain dans la galerie «lu Palais- Royal (1), j'eus l'honneur déparier fort longtemps à eeite grande princesse. Sur quoi le roi médit, et d'autres fois encore durant cet entretien: <• La reine ma mère vous aimoit «. beaucoup, >•
nauld-d'x\ndilly à mettre la conversation cm l'édil «les duels ; il l'avoit dressé par ordre du cardinal <1« Rit b< - Ueu Aussitôt que la reine Anne d'Autriche fm rég rllc lit remettre le projet <!<' Pédil au chancelier Seguier, et la sanction royale lui fui donnée au mois de juillet i643. [Voyex les Mémoires d'Arnauld-d'Andilly , H* pai lie , pag. l 'iG. )
(1) H v avnii ^ i:,.;:-lnut ans. (Tétoit peu de temps apr« -
la morl tl<> l'abbi de Saint-Gyran, el } conséquent
en 1643. [Voyex les Mémoire* d'Arnauld-d'Andilly, IIe partie, pag. iaô.)
Sur ce qu'après je dis ces paroles à sa majesté: «Tout ce que je puis faire, sire, en « l'âge où je suis , pour reconnoître les obli- « gâtions dont mon fils et moi nous sommes « redevables à votre majesté , c'est de conti- « nuer dans ma solitude à souhaiter qu'en- « suite de tant d'immortelles actions qui éter- « niseront la mémoire de votre majesté, Dieu « porte ses jours si avant dans le siècle à venir, « qu'il n'y ait pas moins de sujet d'admirer la « durée que le bonheur et la gloire de son « régne. » Sa majesté me répondit : « Vous « me souhaitez trop. »
Après cela je suppliai sa majesté de me dire si elle me permettoit d'user de la même liberté avec laquelle le roi son père et la reine sa mère avoient toujours eu pour agréable que je leur parlasse. Elle me répondit que oui ; et cela d'une manière si obligeante , que je ne craignis point de lui dire : « Sire , pour ce qui « regarde mon fils, votre majesté Fa tellement « comblé de ses bienfaits et de ses faveurs , « qu'il ne sauroit rien désirer davantage ; mais « pour moi, sire , j'avoue que pour être pleine- « ment content , il me reste une chose à « souhaiter. — Eh quoi? me répondit le roi. « — L'oserois-je dire, sire? lui repartis -je. — « Oui, me répliqua sa majesté. — C'est, sire,
i»r |f. r»i: POMPONNE.
« lui dis-je alors, que votre majesté me fasse a l'honneur «le m'aimer an peu. » En achevant ces parole-, je lui embrassai les genoux; et sa majesté me lit. L'honneur de m'embra* d'une manière <pu acheva de me combler d'obligations.
Je pris ensuite congé de sa majesté . et < -ll< me lit L'honneur de me dire : « Je ae prétends n pas que ce soit la dernière fois que je vous « verrai. « Et sur ce que je Lui répondis qu'il ne me restoit <ju à prier Dieu pour elle dans ma solitude, sa majesté me dit: «Gela ne dépendra pas de nous: car si von- ne me .. venez voir, je vous enverrai quérir. »
II se passa plusieurs autres choses, dans cette longue et si favorable audience, que j< ne saurois rapporter, pareeque j'étois si attentif à ce que sa majesté me Faisoit L'honneur de me dire «l'une manière qui me tOuchoit également L'esprit et Le cœur, et à Lui répondre, que ma mémoire étoit comme suspendue.
M. de Bartillat étoit lui-même si touché de ce qu'il entendoit dire à sa maj Sté, et dont il a été le seul témoin , qu'il avoue n'en avoir pu retenir qu'une partie.
Apres être sortis de chez le roi, nous fûmes, M. de Bartillat et moi, chez monseigneur le dauphin, qui me reçut très Favorablement.
Quand la reine fut habillée, je lui allai faire la révérence ; et elle me fit l'honneur de me recevoir aussi parfaitement bien.
Le roi, après avoir tenu conseil, allant à la messe avec cette grande foule de personnes de qualité qui l'y accompagnent toujours , comme je parlois à M. Le Teîiier, proche de la chapelle, sa majesté me fit l'honneur de me démêler dans cette presse par un signe de tête et des yeux , et un sourire qui fut pour moi une nouvelle grâce quelle ajoutoit à tant d'autres.
Sa majesté commanda ensuite à M. Bontemps , capitaine de Versailles , de me donner à dîner, et elle me fit l'honneur de m'envoytr de ses fruits par M. de La Quintinie (i). Apres dîner, sa majesté ayant témoigné à M. de Bartillat qu'elle seroit bien aise que je visse toutes ses eaux, dont la beauté va sans doute au-delà de ce que Ion s'en peut imaginer, elle eut la bonté d ajouter : « Mais comme la reine les « veut faire voir à un seigneur espagnol qui « va prendre possession du gouvernement
(i) Jean de La Quintinie, né en 1626, se livra d'abord à l'exercice du barreau ; mais , entraine par son goût pour l'agriculture , il s'y consacra tout entier. Louis XIV créa pour lui la charge de directeur général de- jardins fruitiers et potagers de toutes les maisons royales U a laissé un livre utile.
ni: M. DE POMPOf «d'Anvers, et à sa femme, je crains qu'elle « ii v aille tard , et que c ' i m< ttanl M. d An « dil!\ ii la nuit , il ne 9'enrhum<
La reine, accompagnée de cette dame espagnole, alla sur I" soir v oir les e iux. ( !omn carrosse de M. Bontemps , dans I quel j'étois, ne pouvoil pas, dans une si longue file de 1 1 i rosses, arrivei aussitôt que sa uiaji sté aux endroits où elle mettoit pied à terre, elle avoil la bonté d'envoyer un valet-de-pied pour me faire avancer j (que Ton fit jouer la grotte,
elle me commanda <le me mettre tout <<>ntre la portière du carrosse où eileétoit, afin que j e ne 1 illé.
I! faudroit un Ion >ui raj norter
tontes !cs particularités de cette journée, si extraordinaire pour un solitaire , et si l«>n( que nous ue fûmes de retour à Paris qu'à dix heures ^\^ soir.
Je vous assure que sans vous (i), il n'y en auroit jamais eu rien d'écrit. Je me serois contenté d'admirer dans ma retraite ces éminentes qualités du roi que je n'aurois pu croire -i grandes que je les ai reconnues, quoi qui Ion m'en eût rapporté et que mou Bis m'en eût dit. .Ii' vous avoue qu'elles m'ont touché
(i) Il paroit cpir ce lu; ;( la prière <lr M. di Losaqcy, >on troisième til> , que M. d'Amlilh écrivit cette relation.
de telle sorte , que , quelque extraordinaire que soit le bienfait dont il a honoré mon fils, j'estime infiniment davantage tant de circonstances si obligeantes et si favorables dont il lui a plu de l'accompagner. Oserai-je ajouter que, depuis mon retour, la satisfaction que sa majesté m'a fait l'honneur de témoigner avoir eue de moi ne cède point à tout le reste ?
>WV V/W WV "W-V -»•*/*. 1
De M. de Pomponne à M. d'Andilly.
A Stockholm, le 3o septembre 1671.
Jamais un cœur n'a été si sensible , ni si fortement touché que le mien , mais bien moins de la charge que de la manière et de la bonté avec laquelle il a plu au roi de me faire cette grâce. Je la reçois avec autant de respect et de reconnoissance de ses mains, qu'avec humiliation de celles de Dieu. Le poids de la charge me fait peur, je vous l'avoue, non pas du côté des hommes, mais d'un autre, auprès duquel celuilà est si peu de chose. Ne l'ayant prévenu par aucun désir, et n'y ayant d'autre part que celle d'y avoir été appelé par l'ordre de Dieu , je veux
.-i If. Dl POMPONNE. f>47
espérer de sa miséricorde qu'il lui plaira de nu- conduire et de me soutenir dans la \<»i\ périlleuse dans laquelle il a voulu me fairt entrer. C'est ce que vous lui demandes pour moi, <•<•-( ce que je vous prie «le lui demander toujours, <iî c'est ce que j'espère qu'il me fi ra la grâce «I»' lui demander toute ma vite. Les paroles que le rdi vous a dites som d'une grande consolation, <-t [.orient uuc grande joie à un homme qui souhaite précisément et uniquement le> mêmes choses: servir Die u le premier,
et ensuite un roi et \\\\ maître à (jui on est
si étroitement redevable. L'on ne m'a point mandé de quelle manière s'étoit engagée la cour que vous lui avez laite à Versailles. Je n'attends à le savoir qu'à mon arrivée; mais je
crois qu'il a répandu sur le père les mêmes
témoignages «le bonté dont il avoit comblé le
lils. Nous axons trop ;'i eu louer Dieu, et je ne
puis assez, lui demander que je puisse y répondre par mes scr\ icés.
Vous ne devez point craindre que je Fasse trop de diligence en m'en retournant au moment des grandes gelées, c'est-à-dire, au mois dejam ier. Dans ce pays les chemins sont épouvantables dans les trois mois où nous entrons, qu'ils sont beaux lorsque la glace les a affermis, vers noël. Quoique je Passe état de partir, ainsi que le roi me l'ordonne, sitôt que
M. Courtin sera arrivé, je ne pourrai me rendre auprès de sa majesté en aussi peu de temps que je le souhaiterois.
J'envoie à ma femme la copie de la lettre que le roi ma fait l'honneur de m'écrire, et de la réponse que je lui ai faite (i). Ce sera pour vous seulement, car, outre qu'il n'est pas bon qu'elle coure , je suis encore si étourdi de mon aventure, que je crains d'avoir foiblement expliqué ce que je sentois si fortement. ?.i. de Montausier me mande la joie qu'il a eue que vous ayez reçu par lui la première nouvelle. Une des raisons qui me fer oit autant souhaiter de partir dès ce moment, seroit d'être dispensé de répondue à l'infinité de lettres que j'ai déjà reçues et que je recevrai; ce seroit une de mes plus rudes fatigues dans la charge de secrétaire d'état.
Le petit troupeau qui est auprès de vous a une grande part à celles que je vais avoir; mais je ne demande point à Dieu qu elles leur soient utiles , si elles ne le sont pour leur salut. Enfin par une destinée assez étrange, j'arrive dans un poste que vous aviez toujours mérité, peur lequel vous vous étiez si fort instruit, et aans aviez toujours donné l'exemple de nous instruire.
(i) Cette réponse de Pomponne n'a pas e'té retrouvée.
Dl II. DF POMPONNE. &4g
Le gentilhomme ordinaire de sa maison,
que le nu m'avoil envoyé, nommé ML <!<■ La
Gilbertie, est parti aujourd'hui a midi; je l'ai
chargé de mes dépêches pour su majesi
De M. Arnauld-d'Axdilly au ROI.
Ce 23 janvier 1G72.
Sire,
Je ne saurois assez rendre de très humbles remerciements à votre majesté d'avoir ajouté à tant d obligations dont je lui étuis redevable, la grâce qu'elle m'a laite de un- donner la joie de voir mon iîls (i). Je n'osois, Bire, me la promettre sitôt , m même la désirer, pareeque je ne dois plus le considérer comme ayanl quel» qnes droits sur Un, depuis que votre majesté a bien voulu lui faire l'honneur <l<- se I acquérii
tout entier, par les bienfaits et pari»- faveurs dont il lui a plu de le combler. Je le désavoue*
(1) M. de Pomponne étoil arrivé le 17 janvier 167a de son ambassade de Suède. ( /"j m la lettre u 14 d<- madame de Scvigiu1.)
rois, sire, pour mon fils, s'il ne faisoit des efforts extraordinaires pour s'en rendre digne. Mais j'espère que, réglant sa conduite par ces admirables paroles que votre majesté m'a fait l'honneur de me dire, qu il faut commencer par servir Dieu , et puis servir son Roi, sa passion à s'acquitter de ces deux devoirs, qui comprennent tous les autres, feront voir à votre majesté qu'il n'est pas avec moins de vérité, de zélé et de reconnoissance que je suis, Sire ,
de votre majesté, le très humble, très obéissant, très fidèle, et très obligé sujet et serviteur.
Arnauld-d'Andilly.
WVWIW«.VtVlVl'VVWVVV/l.Wl.WXl*VWVWlW«.WVWVWVVW
De 31. de Pomponne à M. d'Andilay.
Ce mardi matin ( 26 janvier 1672 ).
Je dérobe un moment à mille affaires qui me pressent et qui m'accablent , pour vous rendre compte d'une qui m'est plus agréable que les autres, quoique le monde ne la croie pas
ni: M. de POMfOU 55 1
au -i importante : c'eat La lettre que vous m a
viez chargé de rendre au ><>i- Je me trouvai
xii! dimanche un moment avec bai, avant
que M. CoJbert ne lut arrh é, car M. LeTellier
s'étant trouvé un peu mal ne vint point au con
seil. Le roi nie dit d'abord: «Eh bien! voua
« ;»\ (•/. vu voire père; vous avez eu bien de la
a ioie, <'t voua lui en avez bien donné. » .le lui
répondis que c'étoij assurément une dea plua
grandes dont je puisse être redevable à la
bouté de sa majesté, «le me permettre de vous
aHer voir, et j'y ajoutai que la vôtre avoit été
telle, quelle vous avoit fait prendre une liberté
«jiir je ne sa vois ai sa majesté approuverait.
C'étoit de la remercier par une lettre de la péri
mission qu'elle m'avoit donnée. 11 me dit en
riant : » ( le sot-là ne sai] pas écrire. - En \ «Vite,
« aire, Un dis-je, je pourrois «lire tout de bon a
i votre majesté qu il croit au moins ne plus si
* bien écrire qu il faisait, depuis que j»- lui ai
«fait ^,,lr ';| lettre que. votre majesté me lit.
« l'honneur de m'adresser , lorsqu'elle me corn-
<« l>la de scs grâces. '» Il se défendit avec son
honnêteté ordinaire de ces Louanges, que je lui
li- N«>ir n'être que votre véritable sentiment.
Je lui lus ensuite la Lettre, et comme je vins
aux dernières paroles que vous répétez de
celles qu'il vous avoit dites, il me dit: «En
« effet, je ne demande que cela de vous; en
a servant bien Dieu, c'est le fondement de tout « le reste. » Je lui témoignai que j'espérois que Dieu me feroit la grâce de m'attacher toujours indispensablementà ces deux devoirs, et qu'ils étoient tellement unis, qu'en lui demandant cette double grâce, je croyois proprement ne lui en demander qu'une seule. Je repliois la lettre pour la remettre dans ma liasse, ainsi que je fais de toutes celles que j'ai l'honneur de lui lire; mais il avança la main, la prit et la mit dans sa poche. Il daigna ensuite s'informer de votre santé, et prendre part à ma joie de l'avoir trouvée bonne, après l'inquiétude que votre maladie m'avoit donnée. Voilà pour ce qui regarde la bonté de sa majesté pour vous ; en voici de nouvelles pour moi : Ayant achevé, dimanche au soir, toutes les affaires qui regardoient ma charge, et croyant prendre congé de sa majesté pour partir hier matin, il me dit de demeurer pour assister au conseil de justice. Vous remarquerez que ce n'est point en qualité de secrétaire d'état, puisque M. de La Vrillière ( i ) n'y est point. Ainsi c'est remplir entièrement la place de M. de Lyonne en toutes choses. Comme je n'aime point le nom que
(i) Louis Phélypeaux, seigneur de La Vrillière et de Clrateauneuf- sur-Loire. Il étoit secrétaire d'état depuis le 28 juin 1629, et il mourut le 5 mai 1681.
DE M Di !'i>M POH EU bbâ
Pon donne à cette sorte de place de ministre *
\r nous rends compte de ceci seulement pour \mis, et (jnt' voua témoigniez n'étendre pas la grâce du roi au-delà «le celles dont il m'a comblé dans la charge de secrétaire d'état Voué aurez su l'accident étrange de M. de Lyonne; il n'a jusqu'ici aucun marnais Bigne, et l'on espère que ce ne sera rien (i). M. le chancelier a renvoyé les sceaux; sa vie, quand elle se prolongeroit quelque temps, ne lui laisserait plus les facultés de remplir sa charge (2).
Je salue ici mon frère de tout mon cœur; je crains bien d'être dorénavant trop irrégulier.
(1) M. «le Berni , fils de M. de Ljonne, ('toit tombe par une fenêtre de Versailles, en croyant passer par une porte. {Voyez la lettre de madame de Sévigné du 37 janvier 1672)
(2) Le chancelier Slguier mourut à Saint-Germaineu-Laye le 28 janvier 1672, à l 'à^e de quatre-^ quatre ans.
flM DES LETTRES DE M. DE POMTO>M.