‹ Mémoires de M. de CoulangesChapitre 40 sur 46 · OPUSCULES INEDITS DE LA FONTAINE · texte numérisé non relu

OPUSCULES INEDITS DE LA FONTAINE

( >n croit faire un véritable présent aux amis des lettres qui se plaisent à réunir les productions des écrivains célèbres, en leuv offrant quelques pages de La Fontaine, qui ont échappé jusqu'à ce jour à toutes les recberebes. Le poète inimitable s'y retrouve presque à chaque ligne. Comment ne pas le reconnoître à cette fleur de naïveté, à cette grâce à-la-fois naturelle et piquante dont il a si bien gardé le secret?

Ces opuscules sont copiés sur les originaux , écrits en entier de la main de La Fontaine; son orthographe a été conservée; les fautes légères qui lui échappent ont même été respectées; on les a seulement indiquées par des lettres italiques. On a eu la précaution , bien superflue pour les connoisseurs , de faire graver les premières lignes des pièces principales.

Ce recueil commence par une épitre au duc de Bouillon, que Ion peut regarder comme un des meilleurs ouvrages de La

3jS avertissement.

Fontaine. Yoici à quelle occasion il Fa écrite.

Dès le règne de Henri IV, il arrivoit souvent que des roturiers , dans l'espoir de se soustraire au paiement de la taille, prenoient le titre d'écuyer. Le roi en fît d'expresses prohibitions, par un édit du mois de mars 1600. Louis XIII, au mois de janvier i634, défendit également d'usurper la noblesse et de prendre la qualité d'écuyer, à peine de 2,000 liv. d'amende. De semblables déclarations furent rendues par Louis XÏV, les 3o décembre 1 656 et 8 février 1 661. Il paroît qu'en vertu de ces ordonnances on produisit des actes, dans lesquels La Fontaine étoit qualifié d'écuyer; les traitants dirigèrent des poursuites contre lui, et en son absence un arrêt par défaut le condamna à 2,000 liv. d'amende (1). La Fontaine s'adresse au duc ; il le supplie de mettre ses doléances sous les yeux de Goibert , et d'employer

(1) Cet arrêt émanoit d'une commission qui fut chargée, en 1667, ^e rechercher les usurpateurs de noblesse. Autrement le procès eût été de la jurisdiction de la cour des Aides.

\\ il;'! [SSEM I..NT.

son crédit à le faire (léchai ;<r de < i condamnation. Les faits rappelés dans l'épître montrent qu'elle a été écrit • û i 1(1).

L'année suivante , La Font tine lit le voyage de Limoges avec Ni. Jannart, oncle de sa femme. ( le dernier ct< titut du procureur-général ; il resta fi< à l'amitié, el il composa plusieurs des écrits <[ui parurent pour la défense de Fouquet (2). Il n'en fallut pas davant pour déplaire à Golbert, et le généreux ami du surintendant fut enveloppé dans sa disgrâce.

On donnoissoil quatre lettres dans lesquelles La Fontaine a transmis à sa femme

(1) A la fin du même siècle , I* ipréaux eut a soutenir un semblable procès, mais il l<

( Fojez sa lettre à M. Brossette, du 9 mai 1699. I 1 famille de Boileau étoit l'une des plus an< iennes de la robe. Voyez I - M Miraulmont,

sur C Origine du parlement, Paris, 161a, pag

et •>>.().)

(2) Les héritiers de M. .I.uin.irt ont mi- BOUI les yeux de l'éditeur le- travaux <jiii «mu servi à composer ces factum : il sonl p nu la plus m ande partie «le la main d( ! !. n irt.

56o AVERTISSEMENT,

les détails de ce voyage. Sa narration n etoit pas terminée ; en finissant la quatrième lettre , le poëte promettoit de donner dans la suivante la description du château de Richelieu.

L'éditeur a eu le bonheur de retrouver deux lettres qui contiennent la suite de ce récit. Dans la première on lit la description de Richelieu; elle est aujourd'hui d'autant plus curieuse, qu'il reste à peine des vestiges de ce beau château. Les principaux objets d'art qu'il renfermoit ont été vendus au commencement du dernier siècle , et ils sont passés pour la plus grande partie dans la collection du roi et dans celle du duc d'Orléans , régent.

Le poète raconte dans la seconde lettre son arrivée à Limoges, et la réception que l'on s'empressa d'y faire à son oncle.

On a placé à la suite de ces pièces trois lettres écrites par La Fontaine à M. Jannart. Elles contiennent encore sur notre poëte quelques traits précieux à recueillir.

ÉPISTRJE

Page 1