‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 25 sur 112 · CK 01"1L DEVRAIT FAIRE · texte numérisé non relu

CK 01"1L DEVRAIT FAIRE

des sens, et fait de la pureté la première des vertus; ces enfants élevés chrétiennement ne trouveront plus une société toute païenne, qui n'a des applaudissements que pour les plaisirs condamnés et défendus par l'Eglise. Reniiez ces passe-temps innocents : éloignez d'eux tout ce qui peut éveiller les sens, égarer l'esprit et le jugement, et l'Eglise se départira de ses arrêts sévères.

La réforme projetée atteindra les comédiens. En cessant de faire peser sur eux une exclusion formidable, elle leur donnera, comme aux autres citoyens, la possibilité et le désir d'une existence dans les conditions de l'ordre et de la moralité; et il y aura, pour les grands artistes, outre les applaudissements dus à leur talent, l'hommage non moins précieux de l'estime publique.

L'intervention de la religion dans les choses de la vie sera gratuite, et les prières de l'Eglise sur le berceau du nouveau-né, sur le cercueil du pauvre ou du riche, et la bénédiction de l'union conjugale ne seront plus tarifées comme une marchandise dont on se passe quand on ne peut la payer. Le clergé recevant de l'État une position absolument indépendante, sous le rapport de la fortune, l'autorité ecclésiastique interdira, sous quelque prétexte que ce soit, aucun versement d'argent entre les mains de ses ministres, à moins que ce ne soit pour distribution d'aumônes. Un ministère de paix, de grâce et de renoncement ne sera plus poursuivi de ces reproches de vénalité et d'avidité qui, si souvent, ont centriste les tidèles, alors que des malheureux s'en éloignaient comme on s'éloig ne d' un spectacle où l'on ne peut payer sa place.

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Ne sommes-nous pas tous les enfants de TÉgiise, el n'est-il pas contraire à ses vues, que l'on fasse une (|uestion d'argent de notre admission à ses précieuses el maternelles faveurs?

Tous les cultes ont le droit de réclamer une juste protection de l'autorité ; mais, sous le roi très-chrétien, dans un pays où la majorité des habitants est catholique, cette religion doit jouir des justes prérogatives accordées à la religion de l'Etat.

Les secours immenses (jui sont tous les jours offerts à la misère, sans diminuer le nombre des malheureux, seront distribués d'une manière plus éclairée. Plus de mendicité dans les rues, sur les routes. De vastes établissements recevront ces misères qu'on isolera , et qu'on soulagera par le travail. Ce n'est pas la paresse qu'il s'agit de proléger, mais ceux qui sont hors d'élal de gagner leur vie par un labeur journalier.

Hommes et femmes renfermés dans ces maisons de bienveillance, sagement administrées, seront assujettis à une occupation en rapport avec leurs forces; car là encore il s'agira de moraliser, et l'oisiveté est la première cause de démoralisation. Ainsi les campagnes cesseront d'être inondées de cette foule de vagabonds qui traînent après eux les désordres de tous genres.

Les soins qu'un gouvernement paternel prend pour venir en aide aux individus, deviendront plus actifs pour ceux dont les maladies aggravent la misère.

L'IIôtel-Dieu, ce grand foyer d'exhalaisons, de miasmes putrides, ne restera point au centre de la capitale, comme une menace permanente à sa salubrité. Un édifice vaste et bien distribué sera construit en dehors de Paris; enfin, d'itnmenses greniers remplis dan< des

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nionienls d'abondance, témoii:neiont de la sollicitude du gouvernement pour l'existence du peuple, et préviendront toute disette factice, en prouvant qu'elle serait désormais impossible. Ce sont là des monuments (jui valent mieux que des arcs de triomphe élevés au génie de la guerre et de la destruction. Des idées sages et bienfaisantes doivent seules mettre un règne en lumière ; et il n'y a plus de gloii-e possible, si ce n'est celle qui couronne la vertu.

Le vice sera contraint de se cacher, si l'on ne peut parvenir à le bannir du sein de la cité, et on ne le laissera plus étaler au coin de nos rues ses images provocantes : la voie publique sera respectée, et nous pourrons la traverser le soir avec nos nières, nos filles et nos soeurs, sans crainte de les voir rougir.

Le régime des prisons subira de grands changements; ces prisons ne seront plus l'école où la perversité vient achever ses cours, et prendre ses degrés. Si les condamnés n'en sortent pas plus mauvais qu'ils n'y sont entrés, on aura fait beaucoup; mais ce n'est pas assez : il faut que la société les retrouve -dans une voie d'amélioration morale, ce sera à -elle de fiiire fructifier leurs bonnes dispositions: elle complétera l'œuvre de la justice et du repentir par une surveillance et par une protection incessantes.

Les tribunaux rendront des arrêts, et jamais des services.

Fort de son droit et de ses bonnes intentions prouvées par des actes, le gouvernement respectera leur indépendance, et sera le première s'incliner devant leurs décisions. Le sceptre, en France, est une main de justice.

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