CE QU'IL DEVRAIT FAIRE
grandes réformes. Les circonslances graves qu'ils ont traversées, à leur honneur, les désignent d'avance : leur fermeté au moment du danger, leur persévérance dans les épreuves, leur marche inébranlable au milieu de toutes les irrésolutions, leur caractère moral, leurs principes religieux et politiques, les mettent à la hauteur dé cetle mission. Qu'ils l'accomplissent, et ils auront bien mérité du roi et de la France!
A la fin de la session, le ministère, pour aider à l'affranchissement du territoire, a proposé l'inscription sur le grand-livre d'une rente de douze millions quatre cent mille francs pour la liquidation des créances étrangères !
II demande également l'ouverture d'un crédit éventuel de vingt-quatre millions de francs de renies, pour être employées à compléter le payement des sommes dues aux puissances étrangères.
La Chambre des députés a accueilli ces deux propositions de crédit avec un haut sentiment d'unanimité. Toutes les opinions semblent se réunir lorsqu'il Vagit de la libération du territoire. Les royalistes, à la tribune, ont, en cette circonstance, comme dans tant d'autres, manifesté des opinions nationales; ils ont voté avec un noble orgueil et, certainement, avec moins d'arrière-pensée que les révolutionnaires, l'affranchissement de la patrie.
Toutes les calamités qui frajipent la France sont, pour nos princes, une occasion de déployer leur caractère généreux et compatissant.
Un orage ayant éclaté sur Paris et causé de grands dégâts dans le faubourg Saint-Antoine, le roi a envoyé trente mille francs au maire du huitième arron-
17f. MES MÉMOIHKS.
dissemcnl. M. le duc de Berry, malgré l'exig-uilé de son revenu, en a détaché quatre mille francs pour le même objet. Monsïeur et la duchesse d'Angoulème ont fait également des dons considérables; mais c'est surtout à la suite du malheureux incendie de l'Odéon que la munificence royale s'est manifestée. Le théâtre va être rebâti; et la liste civile a dépensé, dit-on, quatre cent mille francs en dons particuliers, pour les veuves et les orphelins des citoyens qui ont péri en voulant arrêter l'incendie.
M. Decazes. demeuié sans rival dans la faveur du roi, a été créé pair de France; et le roi s'est occupé (le marier lui-même son ministre favori avec mademoiselle de Saint-Aulaire, petite-nièce et petite fille de la duchesse de Nassau et de madame de Soyecourt, héritière du prince de Nassau-Saarbruck, et nièce de la duchesse de Bruns\3kick. l.a demande en mariage a été faite à M. de Saint-Aulaire, au nom du roi, par M. le duc de Grammonl et M. le maréchal Oudinot; et Louis XVIII a écrit de sa royale et spirituelle main à la duchesse de Brunswick, ta M. et à madame de Saint- Aulaire, en faveur de celui qu'il appelle sun cnf/int, son élève.
M. Decazes, à la demande du roi de France, a été créé duc de Glucksberg par le roi de Danemark; et le mariage a été célébré avec une grande solennité, dans la chapelle de la pairie, au Luxembourg.
M. de Richelieu poursuit le cours de ses négocialions avec l'étranger pour obtenir la délivrance du territoire. Une généreuse émulation se manifeste de toutes parts pour ouvrir les emprunts autorisés à cet effet par les Chambres. Le nombre et la quotité des
GOAGKES OWIN-I-A-CIIAPl^LLi:. 177
souscriptions parliciilières prouve que le gouvernement eût mieux fait, dès l'origine, de s\idresser au pays lui-même que d'avoir recours à ces banquiers étrangers, qui lui ont imposé des conditions si onéreuses.
CONGIiKS DAIX-LA-CllAl'ELi.t:
Au mois de juin 181 8 il a été arrêté dans la pensée des souverains qu'ils se réuniraient avant la fin de l'année. Les journaux anglais et français ayant eu connaissance de cette détermination ont jeté l'alarme dans les esprits. A les entendre, toutes les conventions du congrès de Vienne allaient être de nouveau mises en question, et une conflagration universelle devait suivre la nouvelle réunion des souverains. M. de Talleyrand, dit-on, blessé de n'être pour rien dans les nouvelles combinaisons diplomatiques, n'est pas étranger à la propagation de ces bruits.
Le véritable objet de la réunion des souverains est l'évacuation du territoire de la France. Voilà le but important qu'on va s'efforcer d'atteindre.
Le duc de Wellington est favorable à la France dans tout ce qui toucbe l'évacuation, Sa position de généralissime de l'armée d'occupation donne un grand poids à son avis chaque fois qu'il a été consulté; il a répondu avec une modération qui fait honneur à son caractère.
La France a acquitté avec une scrupuleuse exactitude tous ses engagements pécuniaires; elle a payé non-seulement les contributions de guerre exorbitantes, mais elle a, de plus, satisfait à toutes les exi-
gences particulières des puissances alliées. H paraît arrêté que les puissances consentent à retirer leurs troupes, s'il leur est prouvé que les conditions de stabilité de son gouvernement sont hors de doute.
M. de Richelieu a pris congé du roi qui lui a dit
dans sa dernière conférence : «M. de Richelieu, faites
« toute espèce de sacrifices pour obtenir que les étran-
« gers s'éloignent; c'est là la première condition de
« notre indépendance; il ne doit y avoir que des dra-
« peaux français en France. Exprimez à mes alliés
« combien mon gouvernement sera difficile tant qu'on
« pourra lui reprocher les calamités de la patrie, et
c( l'occupation du territoire; et, pourtant, vous savez,
« monsieur de Richelieu, que ce n'est pas moi, mais
« « Ronaparle qui a forcément appelé les alliés contre
« nous. Voilà toutes mes instructions. Répétez à l'em-
« pereur Alexandre qu'il peut rendre à ma maison un
« dernier et plus éclatant service que celui qu'il lui
« a rendu en 1814 et en 1815. Obtenez les meil
« leures conditions possibles : mais, à tout prix, point
(c d'étrangers! »
M. de Richelieu est parti pour Aix-la-Chapelle. Les ministres des grandes puissances lui ont manifesté quelques inquiétudes sur le résultat du système électoral adopté par son ministère.
M. de Richelieu s'est, dit-on, efforcé de les rassurer. Il a eu ensuite plusieurs entrevues avec l'empereur Alexandre,
« — Mon cher Richelieu, a dit l'empereur, je ne crains pas en France le développement des principes libéraux : je suis libéral, moi, très-libéral; je voudrais même que votre roi fît un acte quelconque qui ratta-