‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 48 sur 112 · VI · texte numérisé non relu

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•2H'i MES MÉMOIRES.

même nuit de doulem% les murs ont été couverts de placards incendiaires, et ils le sont encore. Une grande partie de ces misérables sont venus habiter les environs de Paris. Nous en avons la certitude : ce ne sont point ces lois d'hier qui nous sauveront.

c( Une seule démarche peut nous sauver : Monsieur seul peut la tenter. Point d'explication, de discussion, mais un parti pris d'une manière irrévocable. c< Je « viens demander au roi le renvoi de celui qui, par « son mangue de surveillance, par son système et les « fautes de son administration, a été la cause de la « mort de mon fils; je la lui demande pour sa propre « sûreté, pour celle de la monarchie. Si l'on me re- « fuse, je quitte à l'instant Paris, sans que rien « puisse m'en empêcher. »

« Monsieur se place par là dans une position utile au roi, qu'il faut sauver de lui-même; et à la France dont le sort est uniquement entre les mains de Monsieur.

« Si Monsieur subit un refus, il se retire tranquillement, soit à Tours, soit ailleurs, pour attendre les événements. Cette nouvelle situation, entièrement passive comme de raison, sauve encore la France, Le roi ne persistera point; il sacrifiera son favori, auquel il tient déjà moins, et les Français comme l'étranger apprécieront enfin tous les sentiments d'un prince qui n'est vraiment connu que par ceux qui l'entourent.

« J'ai tout dit : j'ai rempli un devoir, obéi à une conviction intime. Mon zèle ne peut m'avdir emporté trop loin. C'est là le fruit des plus mûres réflexions, du plus scrupuleux examen de mes sentiments, de la sagesse des autres, de toutes mes recherches, du cri de ma conscience.

CHUTE DE M. DKCAZKS. 285

« Si j'ai besoin d'indulgence, elle ne me sera pas refusée. Je le répète en finissant : Monsikur seul peut nous sauver. »

Peu de jours après que j'eus écrit cette lettre, M. Decazes fut destilué.

On crut alors qu'une démarche de Monsieur avait déterminé la disgrâce de ce ministre. Quelque temps avant cette époque, un mémoire dans ce sens avait été remis au roi par Son Altesse Royale ; mais il avait produit un effet contraire à ce qu'on attendait. I.a mort de monseigneur le duc de Berry fut pour ceux qui ignoraient le véritable état des choses, le seul motif du renvoi de M. Decazes. Cette mort fut, en effet, un moyen de plus dont la Providence se servit pour dégager la France de toutes les illusions dont elle avait été entourée; mais, sans les efforts antérieurs, sans les avis passés et présents qui précédèrent et accompagnèrent ce déplorable événement, le roi n'eût pas consenti à se séparer du ministre auquel il avait accordé toute sa confiance, croyant d'ailleurs que tout changement de ministre était fâcheux pour le bien public. Mais ici le prince, plus roi qu'ami, fit taire ses senlimenls particuliers devant l'intérêt de la France; et la disgrâce fut décidée.

C'est ici le moment de parler d'une conversation intime que j'eus avec le roi et dont le résultat devait avoir une grande importance. Madame du Cuyla m'avait préparé le terrain, a Tous les jours, me ditelle, on vous dénonce à Louis XVIII. Il est incertain, il faut le rassurer; il veut vous examiner et connaître voire dernière pensée. Demandez une audience ; songez

seulement que tout est perdu si vous ne vous tirez .pas

avec avantage de celle entrevue. »

Je demandai l'audience, et elle me fut aussitôt

accordée, j'invoquai le ciel et je m'y présentai avec

confiance, mais aussi avec une émotion que j'eus

quelque peine à dissimuler.

Le roi, après m 'avoir reçu avec bonté, se mit à

me parler de cent choses, il aimait à conter, et il

contait parfaitement; quand tout à coup, me fixant avec ce regard scrutateur qui ne laissait rien échapper : « Que pensez-vous de M. Decazes? » me dit Louis XVIII.

Il attendait avec anxiété ma réponse.

« Le roi m'ordonne-t-il de lui dire la vérité? — Certes. — Dois-je parler en courtisan ou en sujet fidèle? — Parlez. — Eh bien, Sire, je pense que M. Decazes est un homme aussi aimable que spirituel, qu'il a tout pour plaire, et qu'il est très-attaché au roi. » Louis XVIil me fixait, chaque minute, davantage. Je continuai : « Les royalistes ont eu sans doute des torts avec M. Decazes; ils l'ont aigri, mécontenté, éloigné peut-être ; mais M. Decazes est fort ambitieux; et, un jour, il s'est trouvé dans une impasse, placé entre son ambition et son devoir. Ce jour-là, Sire, l'ambition l'ayant emporté, M. Decazes a fait entrer dans la chambre des pairs soixante nouveaux membres, tous plus ou moins hostiles à la royauté légitime. » — Les paupières royales s'abaissèrent avec tristesse. « Hélas, vous pouvez avoir raison, » me dit le roi ; puis il me parla encore de toutes choses indifférentes, et dirigeant encore vers moi son beau et iniposanl regard : c< Vous connaissez beaucoup ma-

CHUTE DE M. llECAZES. 2So

(lame Du Cayla ; quelle est votre opinion? — iVla réponse sera facile, Sire; j'ai pour elle une affection aussi sincère que peut l'être mon dévouement; et ses malheurs m'ont vivement attaché. Oue fut-elle devenue sans la protection du roi? Inutile de parler de son esprit, de sa distinction, de son instruction et, avant tout, de son extrême discrétion. Son dévouement est aussi prompt qu'il est juste. Elle déteste la politique et change toujours de conversation quand on cherche à l'y ramener. Enfin, si j'étais roi, je ne croirais pas pouvoir rencontrer une amie plus sûre et plus dévouée. — Tout ce que vous me dites, reprit Louis XVllI, est de la plus grande exactitude. » — Sa physionomie .sembla s'épanouir. — « Ajoutez, me dit le roi, qu'elle a l'âme la plus généreuse. Elle a une ennemie acharnée, madame de Balbi \ qui ne vous aime pas beaucoup non plus. Elle m'a écrit une lettre, véritable diatribe. Je demandai un jour à madame du Cayla ce que je devais faire? — Lui pardonner, Sire, et lui rendre sa pension, fut sa réponse : que dites-vous de cela? — Que rien de grand, de généreux, Sire, ne m'étonnera de la part de madame Du Cayla. »

Je me retirai peu après, remerciant le ciel du résultat d'une conversation fort difficile; mais qui devait assurer le succès de nos efforts.

Au moment de quitter les affaires, et d'obéir aux ordres de Louis XVIII, M. Decazes, au milieu de mille protestations de dévouement, déclara du roi que le seul homme qui lui paraissait digne de la confiance de

• Madame de Balbi avait exercé sur Louis XVIII, quand il était comte de Provence, une grande influenee qu'elle clierchait à recouvrer.

Sa Majesté était M. de Blacas. Je ne me permettrai aucune réflexion à, ce sujet; toujours est-il qu'il le supplia (le hâter son retour; le roi n'en lit rien, et M. de Richelieu resta maître des affaires. Pressé par la volonté du roi, il consentit à voir M. de Villèle entrer au conseil sans portefeuille; il fit plus de difficultés quant à M. de Corbières; mais M. de Villèle ne voulut pas se séparer de celui-ci, et il fallut que M. de Richelieu cédât.

M. de Serres resta aux sceaux, M. Portai à la marine, M. Roy aux finances, M. de Latour-Maubourg à la guerre, M. Siméon fut nommé ministre de l'intérieur, et fut le seul nouveau ministi-e à portefeuille. Les doctrinaires casernes au ministère de l'intérieur, MM. Guizot, Mirbel et Villemain suivirent M. Decazes dans sa retraite.

Etait-ce bien là un ministère propre à inspirer confiance au parti royaliste, qu'on prétendait satisfaire par ce changement? *

M. de Richelieu ayant placé sa confiance précédente dans des hommes qui en abusaient, ne l'accordait que faiblement à ceux qui, en l'aidant de leurs conseils, eussent pu lui faire jouer un rôle aussi glorieux que durable. La chute de M. Decazes avait étonné la faction sans la décourager; et ceux qui fascinaient les yeux de M. de Richelieu cherchaient à faire de lui leur complice involontaire, bien qu'il fut impossible de ne point rendre justice à la pureté de ses intentions.

J'expliquai ces nouvelles inquiétudes à Monsieuii :

CHUTE DE M. DECAZES. <i87

A MONSIEUR

« IGfL'vricr 1820.

« J'avais des choses fort importantes à dire; mais un travail force depuis quelque temps, tant de regrets pour ce qui n'est plus, tant de tourments pour ce qui nous reste, m'a retenu hier avec la fièvre; et j'aurais craint aujourd'hui de me présenter si près d'un jour qui doit renouveler de si cruelles douleurs.

« Je pense devoir foire demain le sacrifice d'une cérémonie à laquelle je m'unirai du fond de l'âme; et, tandis que chacun se dirigera versï>aint-Denis, je croirai rendre un dernier hommage à un prince que j'ai tant aimé en restant dans le lieu où se trouvent placés son père et son épouse. J'ai pris aussi des mesures pour avoir du monde à ma disposition, quoique bien convaincu que ce ne soit jamais précisément ce que l'on prévoit qui arrive.

« L'opinion a gagné depuis quelque temps, à Paris et même dans la province, d'une manière remarquable; et si quelque chose pouvait adoucir des regrets, ce serait l'horreur que ce crime inspire, et le sentiment vif et profond que l'on conserve à celui dont les derniers moments ont fait éclater tant de vertus. 11 n'eu est pns moins vrai que, dans mon opinion et dans celle de personnes bien sérieuses, notre position reste extrêmement grave, et le devient même tous les jours davantage, pardescirconstancesquel'on va connaître. La faction infernale qui révèles crimes, est loin d'être satisfaite, et la soif du sang n'est pas apaisée... « Bien-

« tôt il ne sera plus temps d'y remédier, m'écrivait a encore hier un homme grave. Parlez, monsieur le « vicomte, parlez, les moments pressent : songez que <t c'est pour vous un devoir. »

a 11 est vrai que notre position se complique d'autant plus, que ceux (jui ne croient travailler qu'au retour de M. Decazes favorisent, sans s'en douter, la conspiration qui éclatera infailliblement. La faction ne le sent que trop. On veut le relour de M. Decazes; et il serait bien important d'élever un mur infranchissable entre lui et le ministère. Ceux-mêmes qui se montrent dévoués en apparence du moins, croient à son retour; et ils craindraient de se compromettre vis-à-vis du roi et du favori. On se sert de M. de Richelieu comme d'un moyen pour faire passer les lois. On lui fait conseiller de remettre les changements qu'il médite, c'està-dire de conserver, sans qu'il s'en doute, les amis de M. Decazes. Les lois passées, il demandera ces cliangemenls; on les lui refusera. Le duc se piquera, offrira sa démission. On l'acceptera; l'ami reviendra, et tout sera perdu. J'ose insister sur cette pensée, quelque pénible qu'elle soit : je me permets de- tout dire, parce que je désire que l'on lise au fond de mon cœur, et qu'un dévouement de tous les instants de la vie est toujours une excuse. Dieu veuille que je me trompe cette fois ! »

EXTRAIT DU JOURNAL LE DHAPEAU BLASC

ce Après avoir rendu leurs devoirs religieux à la dépouille mortelle du prince, dix-huit cents hommes de

la cinquième légion de la garde nationale se sont formés en bataillon carré sur la place du Louvre, pour entendre ces paroles, que M. le vicomte de la Rochefoucauld leur a adressées avec l'accent de la douleur la plus vraie :

a J'ai reconnu l'esprit de la cinquième légion à « l'empressement religieux qu'elle vient de témoi- « gner.

H Messieurs, nous venons de rendre un devoir sacré « au meilleur et au plus généreux des princes. Ce « n'est pas tout de le pleurer, il faut encore préser- « veV sa royale famille du fer des assassins, et de la « rage des factieux.

« Messieurs, serrons-nous plus que jamais autour « du trône, et que notre roi trouve chez chacun de « nous un cœur dévoué tout prêt à lui servir d'é- « gide! »

a M. Hutteau d'Origny, maire du V* arrondissement, vient de recevoir sept mille francs pour les pauvres; ils lui ont été remis par M. le vicomte de la Rochefoucauld, au nom de la cinquième légion de la garde nationale, dont il est colonel. »

Nous avons déjà parlé des efforts de la faction pour persuader aux bonnes gens que le fait de Louvel est un crime isolé. La faction est bien servie en cela par les hommes de la police, comme le prouve ce que je vais raconter.

Voici une conversation qui a été entendue par deux jeunes gens de Versailles, vers les quatre heures du soir, le 19 mars 1820^ dans l'église Notre-Dame.

« Comment se porte Pierre ^? — Bien, excepté que Ja camisole le gêne beaucoup. — Quand fera-t-on l'affaire de l'autre? — Le 25. — Combien sommesnous? — Ils sont quinze, et nous deux, c'est dix-sept. — Et l'instrument est-il prêt? — Tout prêt : il est à trois lames. »

Les deux hommes qui s'entretenaient ainsi paraissaient être des gens du peuple. L'un avait un carrick gris, les^cheveux poudrés, de vilains yeux et une trèsmauvaise figure.

L'autre était en redingote grise.

Ils parlèrent aussi d'une chaise de poste toute prêle pour faciliter l'évasion de quelqu'un.

Ces renseignements, envoyés le 1 9 mars 1 820, furent communiqués par moi à M. le baron Monnier, à huit heures du matin, le 20 mars. En lui remettant cette révélation, qui paraissait avoir une grande importance, on lui représenta combien il était essentiel d'assurer le succès des démarches qui pourraient être faites, par le plus grand secret; et d'envoyer sur les lieux une personne digne de toute confiance.

Ce que l'on avait prévu arriva : la publicité donnée à cette affaire rendit impossible le succès des mesures qui furent prises. En effet,' on commença par envoyer chercher les deux jeunes gens, et on les conduisit à pied à la préfecture; ils y furent interrogés devant quatre personnes, dont deux au moins avaient intérêt à ce qu'on crût Louvel isolé.

Vainement tenta-t-on d'intimider ceux qu'on interrogeait; ils persistèrent dans leur première déposi-

' Louvel, assassin du duc de Bcrrv, se nommait Pieno.

tion; mais la ville entière fut bientôt rendue confidente du but qu'on s'était proposé, par le bruit que causèrent ces allées et venues; et je laisse à deviner s'il fut possible de retrouver les deux hommes qui avaient tenu les propos que j'ai rappelés.

C'est ainsi qu'en laissant aux complices de Louvel les moyens de se soustraire, car presque toujours les poursuites ont été annoncées d'a\;ance, on parviendra vraisemblablement à faire adopter cette idée qu'on prône avec tant d'acharnement : « le crime du d3 février est le fait d'un seul homme, et non pas d'un parti. »

Dans ce temps, nous eûmes la douleur de perdre madame la marquise de Tranz, née Chamillard de la Suze, ma tante. Sa vie fut sans reproches et sa fin sans agonie. Elle s'est endormie dans le souvenir du bien qu'elle a fait sur la terre, pour se réveiller au sein de cette béatitude céleste; le lot de ceux qui ont fait ici-bas leur étude constante de la vérité, et qui n'ont voulu se distinguer que par leur humilité.

Le respect que je porte à la mémoire de celle qui , pendant sa vie, repoussait les louanges que sa modestie regardait presque commt) un outrage, m'empêche de m'étendre trop sur ses vertus.

Le seul éloge vraiment digne de madame de Tranz, serait le récit des bienfaits qu'elle répandit autour d'elle pendant sa vie, et qui doivent lui survivre par le fait des dispositions qu'elle a prises en mourant.

Enfants abandonnés, qui vous servira de mère? Qui, maintenant, entendra vos cris? Rassurez-vous, grâce

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à sa prévoyance, vous lui devrez encore le premier des biens, celui d'une éducation chrétienne ^

Retirée du monde depuis longtemps, madame de Tranz avait traversé rapidement toutes les illusions de la vie, réduisant, dès ses plus jeunes années, chaque chose à sa juste valeur, et s'arrachant sans regrets au siècle qui ne lui offrait que de vains prestiges.

Une originalité parfois un peu bizarre donnait à son esprit une tournure piquante; et cette originalité était comme une enveloppe dont s'enveloppait le sens le plus droit.

L'extrême sévérité qu'elle avait pour elle-même, se changeait pour les autres en une douce indulgence.

Tons ceux qui l'ont connue, sentent qu'ils ont perdu en elle un guide sûr et une amie solide; et longtemps encore on parlera de cette bonté prévoyante qui veillait aux besoins des bons habitants de Montrouge.

Elle a été sincèrement pleurée par les siens, regrettée par ses amis; on pourra dire d'elle ce que l'Ecriture dit du juste : a Sa mémoire ne meurt pas, » et les établissements de charité que ses bienfaits perpétuent, légueront à la postérité le nom de leur fondatrice -.

Reprenons l'examen des affaires, et voyons quelles

' Le jucniiei- établissement des frères de la doctrine chrétienne qui ait été fondé, depuis la Révolution, est dû aux soins de madame la marquise de Tranz. Cet élablissement, créé au Gros-Caillou, avec trois frères et (jualre-vingls enfanis, reçoit aujourdluii huit cent cinquante enfants instruits par quatorze frères. On y a ouvert une classe pour les soldats et une classe pour les adultes.

^ Peu de jours avant sa mort, madame de Iran/, retirée à Montrouge, m'avait envoyé chercher. « Je vais mourir, » nie dit-elle, et après m'avoir fait promettre d'exécuter i-triclement ses dernières volontés, olle me laissa la surveillance de celte école gratuite (ju'elle avait fondée -.ui (îros-(]aillou, avec tons les niovens d'v subvenir. Klle me nonniia son

modilications ont signalé leur marche depuis le fatal événement de février.

On s'occupait de réviser la loi d'élection, lorsqu'éclata ce coup de tonnerre. Le projet définitivement arrêté était une combinaison du parti doctrinaire avec les idées royalistes. M. Decazes s'était rapproché de M. de Richelieu : il avait fait réunir un conseil d'hommes spéciaux, afin de juger d'abord le projet de loi électorale; et ensuite pour apprécier les dangers de la position, tant le ministère lui-même était effrayé de ce qui se passait.

Le projet électoral avait été, on le pense bien, ajourné; et, lors de la séance qui suivit le 15 février, le premier besoin fut d'ex'primer ce sentiment au roi dans des adresses qui furent successivement votées; après la douleur, un autre sentiment se fit jour, l'indignation; et M. Clausel de Coussergues vint proposer à la Chambre de porter un acte d'accusation contre M. Decazes, ministre de l'intérieur, comme complice de l'assassinat de monseigneur le duc de Berry.

Ce cri d'un cœur loyal et dévoué, mais d'un esprit imprudent, fut blâmé par la majeure partie des royalistes; et M. de Villèle, avec sa raison toujours si droite, lui dit : « Votre proposition était mal rédigée. Accuser M. Decazes de complicité avec Louvel est absurde. Il fallait l'accuser d'attentat de haute trahison. »

Les mesures législatives proposées par M. Decazes après la date sanglante du 15 février étaient au nomexécuteur Icslamenlaue, en me chargeant île veiller à lï'tlucalioii de ses jeunes héritiers, et aussi de six enfants dune Anglaise qu'elle voulait Taire élever dans la religion catholique. Mon jeune âge ne lui (jarul pas une excuse. Elle insista, .l'obéis, et le .succè.s a couroiini'' mes elfcrts.

bre de trois : d'abord, deux lois d'exception; l'une qui suspendait la liberté des journaux, l'autre qui frappait la liberté individuelle, enfin le nouveau système électoral très-compliqué, mélange, comme nous l'avons dit, des idées doctrinaires et des idées royalistes, et surtout expression des besoins ministériels.

Les deux premiers projets de loi maintenus par le ministère furent adoptés par les Chambres, a une faible majorité, après de violentes discussions. Les royalistes, dont le concours était nécessaire pour assurer au ministère la majorité, avaient promis leur vote aux projets de lois exceptionnels, à condition qu'ils seraient de courte durée, et limités dans des bornes très-étroites; en retour de cette promesse, le ministère s'était engagé, dans la loi électorale, à renoncer à l'élection directe maintenue par M. Decazes, et à revenir aux deux degrés d'élection demandés en 1817parM. deVillèle.

Les puissances s'effrayent de la catastrophe du 15 février, et des mouvements insurrectionnels en Espagne, où les cortès viennent d'obliger Ferdinand à jurer la constitution de 1812.

Ce triomphe des idées révolutionnaires, le lendemain d'une catastrophe qui avait atteint l'héritier de la couronne de France, agita vivement la diplomatie européenne; ayant reçu à cette époque une lettre du lieutenant- colonel espagnol Lorenle , que j'a\'ais connu, voici comment j'appréciai, dans ma réponse, l'événement qui venait d'ouvrir pour l'Espagne, la carrière des révolutions.

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