‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de DoudeauvilleChapitre 50 sur 112 · VI · texte numérisé non relu

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c( J'espère que vous ne serez plus si longtemps sans me donner de vos nouvelles.

a Adieu, adieu, mon cher Lorente; porlez-vous bien vous el les vôlres; et croyez aux vœux sincères que j'adresse au ciel pour votre bonheur personnel, autant que pour la prospérité de votre Espagne. »

A propos de la loi suspensive de la liberté individuelle et de la liberté de la presse, le parti qui ne manque jamais l'occasion de se compter, vient de former une grande association pour venir en aide aux prisonniers d'État qu'on va plonger dans les cachots, dit le rapport publié à cette occasion. Ce projet réunissait les liommes les plus marquants de l'opinion libérale, et devenait l'indication d'un gouvernement provisoire, avec un comité directeur publiquement avoué. Ainsi l'on ne se cache plus pour conspirer; toute une organisation se forme en hostilité ouverte contre les principes de la monarchie; tous les députés de gauche se glorifient d'en être les chefs, et les manœuvres pratiquées ont déjà détaché, dans l'armée, beaucoup de soldats et d'officiers de leurs devoirs. L'action du comité se fait particulièrement sentir sur deux classes : les étudiants et l'armée. L'état du pays est alarmant : le libéralisme domine l'opinion populaire; la presse, éteinte dans les journaux, s'est réfugiée dans les brochures.

Le ministère embarrassé de sa situation cherche à ménager les doctrinaires dont le vote lui est nécessaire à la Chambie. M. Madier de Montjau, dans une pétition à la Chambre des députés, dénonce un gouvernement occulte. Il signale auprès du trône un factieux personnage...

L'OPPOSITION CONTRK MO.NSl KUU. >2!l'.>

C'est là une audacieuse accusation contre les royalistes et l'héritier présomptif de la couronne. Les royalistes, à la Chambre, se sont montrés animés d'une chaleureuse indignation contre cette pétition odieuse et insensée qui ne repose sur aucun fait, et n*a d'autre but et d'autre portée que d'agiter encore les esprits. M. Manuel a pris occasion de là pour proposer une adresse au roi. Ce sont de longues et déclamatives remontrances sur la marche du gouvernement.

M. Decazes continuée entretenir une correspondance intime avec le roi.

La police est toujours détestable. Les brui's les plus sinistres circulent; et rien n'annonce qu'on cherche à remonter à la source de toutes ces menaces qui entretiennent l'inquiétude et la méfiance dans les esprits. Voici une lettre écrite par moi à M(L\sii:ru, dans laquelle je lui faisais connaître un nouveau complot.

« l'ari.<j. 1.' '2t> nr.ii 18!20.

c( Je ne puis porter la lettre que je reçois à l'instant. Je crois devoir la communiquer à la police; mais qu'il est cruel d'avoir sans cesse à entretenir d'aussi pénibles pensées l'esprit d'un prince dont je voudrais, au prix de mon sang, assurer la tranquillité! Que du moins ce prince assure la nôtre, en consentant enfin à prendre des précautions pour sa sûreté personnelle. Son àme, sans doute, est au-dessus des dangers qu'on espère conjurer ainsi; mais qu'il pense qu'il ne s'appartient pas, et que le ciel lui fait un devoir de sa propre conservation.

« A.U sujet de la nouvelle trame (ju'on est venu me

dénoncer, j'ai répondu qu'il fallait prendre encore les informations les plus exactes sur les faits et sur la moralité du révélateur, et aller trouver demain M. Monnier.

« Je me suis rappelé la confiance qui lui est accordée; et, sans la partager entièrement, j'ai senti qu'il n'y avait pas un second parti à prendre.

« En voyant que la police ne découvre rien, je reste en méfiance.

(( Ils reviendront me voir après la visite, il y aurait eu quelque inconvénient avant.

« Des paroles de bonté aussi précieuses ont un instant suspendu les cruelles angoisses de l'incertitude, et elles ont inspiré une respectueuse reconnaissance.

« Monsieur sait de qui je veux parler. J'ai la cerlitude qu'un ministère avait été offert à M. Royer-Collard, avant le départ de M. Decazes; il l'a refusé, ne voulant qu'un portefeuille, dit-on, celui de premier ministre ^ Il faut craindre en ce moment ce parti.

« Cette semaine a été, pour moi, bonne et mauvaise. Je dois avouer qu'il s'est élevé un combat entre mon cœur et ma conscience. Je m'en suis puni en prenant l'inébranlable résolution de me bannir moi-même à tout jamais, si j'étais assez faible pour taire, par crainte de déplaire, une circonstance que je croirais utile et vraie. »

Des troubles sérieux éclatèrent au mois de juin, à l'occasion de la discussion de la loi électorale. Une

' iV'rsdmie ircsli-ilus lionorablo que M. l'ioycr-ColIanl ; ii-ais. inaliin'' i!P. (!r'V(iueineiit qui ne pouvait cire suspecl, ses idées manquaient sonvi'nl (1(> justesse ef il rêvait dans le vide.

TROUBLES DE JUIN ET D'AOIT 18t20. .jOI

impulsion commune fuL donnée aux masses. Les chefs étaient bien connus du gouvernement; il y eut môme de l'argent de distribué.

Le ministère organisa les moyens de défense; toutes les forces de la garnison de Paris furent mises sous les ordres du maréchal duc de Tarente, et le roi lui dit : « Monsieur le maréchal, je compte sur vous pour amener la répression des troubles avec le moins de mal possible; épargnez les excès. »

Des régiments de la garde s'approchèrent de Paris; des ordonnances de police défendirent tout attroupement; les écoles furent momentanément fermées; la troupe reçut l'ordre de ne charger qu'après les sommations, el à la dernière extrémité.

Malgré toutes ces mesures, des groupes menaçants se formèrent dans la soirée du ^O juin et dans la journée du 21, le comité insurrectionnel put croire un moment à la victoire. Les troupes poussées à bout ont fini par charger, et les factieux se sont dissipés.

Le dernier jour des troubles de juin, Louvel est monté sur l'échafaud sans avoir fait aucune révélation sur ses complices.

La faction continue de s'écrier : Crime isolé! Voici un nouveau fait qui tendrait à prouvei- le contraire. Je le tiens de mademoiselle Sophie, dont il a déjà été question dans mes Mémoires. Elle connaissait une honorable vieille fille qui habitait au rez-de-chaussée rue de ***. Je lui laisse la parole :

u Je voyais passer souvent, devant ma fenêtre, me disait mon amie, un homme dont la figure était tellement sinistre, que je le suivais du regard. A quelque distance, je le vis entrer dans une maison, et, peu

après, cinq ou six personnes franchirent la même porte. Ce manège m'a frappé, et lorsque j'ai appris l'assassinat de M. le duc de Berry, je me suis demandé si cet homme, dont la vue m'effrayait, ne serait pas Louvel. — Il y a un moyen bien simple de nous en assurer, lui répondis-je; je viendrai vous chercher le jour de l'exécution, et nous nous placerons sur la route, de façon à bien voir le condamné. A mesure que la fatale charrette approchait, la physionomie de ma vieille amie prenait une expression impossible à rendre. — Le voici. — C'est lui-même ! s'écria-t-elle avec horreur! » -

La discussion sur la loi électorale, interrompue par les bruits de l'émeute, a repris son cours. Un amendement formulé par M. Boin proposait deux espèces de collèges, de département et d'arrondissement: les collèges des départements, composés des plus imposés, nommeraient un certain nombre de députés; les collèges d'arrondissement conserveraient l'élection directe : le nombre actuel des membres de la Chambre serait maintenu. Cet amendement a passé à une immense majorité.

Cette session si orageuse, cette session pendant laquelle ont retenti tant de paroles factieuses et enflammées, est close et, déjà elle porte ses fruits. De grands troubles se manifestent dans plusieurs villes, à Nantes, à Brest, à Bennes. Dans les désordres de juin, on avait vainement essayé la séduction de quelques troupes. Les agitateurs ont enfin réussi à organiser une conspiration militaire. Cette conspiration devait éclater le 19 août au soir; mais le gouvernement en tenait

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