CONSPIRATION DE GRENOBLE
Didier avait, sous le nom d'Auguste, présidé les réunions des conjurés;
Enfin que, dans ces conciliabules, dans des proclamations écrites, dans des lettres interceptées ou saisies, de hauts personnages avaient été compromis.
Les noms propres avaient été discrètement couverts d'un voile; et Paul Didier, président de l'association de l'indépendance nationale, fut libre de continuer le cours de ses intrigues insurrectionnelles.
Ses mesures pour la conspiration de Grenoble étaient bien prises; et c'est par le plus grand des hasards que cette conspiration a échoué. D'abord, on avait compté sur l'absence du général Donnadieu, qui devait, avec ses troupes, aller par ordre du gouvernement occuper la ligne qu'avait à parcourir l^on Altesse Royale madame la duchesse de Berrv .
La conduite du ministère, en cette circonstance, est inexplicable. A plusieurs reprises, et pendant les premiers mois de 1816, le général réclama une augmentation des briorades de gendarmerie et l'envoi à Grenoble d'une des légions du Midi. Chacune de ses ^lemandes était accueillie par un relïis; le mi nistre de la guerre ajoutait qu'il avait exposé sa demande au conseil; et que le ministre de la police, M. Decazes, avait, chaque fois, répondu que Grenoble et le département étaient parfaitement tranquilles; ei que les troubles et les conspirations n'existaient que dans la tête du général Honnadieu.
Le général Donnadieu savait, a-t-il dit, depuis longtemps, la présence de Didier dans le département de l'Isère; il en avait, plusieurs fois, communiqué la nouvelle.au préfet et au commissaire de j)olice; mais
l'un el l'autre avaient toujours répondu, comme répondait M. Dicnzes, que le général Donnadieu rêvait, et que Didier était, depuis longtemps, loin du pays.
M. Armand Bast-ird de l'Etang, chef de la police de Grenoble, est une créature de M. Decazes; homme de plaisirs, le jeune commissaire général de police s'occupe plus de bals, de spi^ctacles et de concerts que de veiller à la tranquillité publique et aux menées des agilateurs. M. Bastard de rElanff avait eu sa nominalion au moment où Didier quiltait Paris; et cette singulière coïncidence put donner à penser.
(Juant à M. Casimir de Montlivaut, chambellan de l'impératrice douairière Joséphine et préfet de l'Isère, tout ce qu'on peut dire de mieux en sa fîiveur, c'est que sa conduite a été guidée par l'optimisme le plus inconcevable, ou par la plus coupable indifférence; ou qu il a suivi avec une fidélité trop aveugle les instructions secrètes envoyées par le ministre de la police générale.
Le maire de Grenoble, M. de la Vallette, était retenu à Paris par ses fonctions de député. En attendant, le ministère semblait prêler les mains à la conspiration. Didier ne redoutait qu'un seul homme dans Grenoble; c'était le général Donnadieu; et, dès le commencement d'avril, M. Decazes proposait.au ministre de la guerre le changement de résidence du général; mais le duc de Feltre, ne voyant aucun motif d'enlever le o^énéral Donnadieu, au commandement de la septième division, refusait d'accéder à la demande singulièrement intempestive du ministre de la police.
Le général restait à sa place ; mais quelques jours