LE CONGRÈS DE VÉRONE
ce moment, il ne croyait pas qu'on dut mener vivement les choses, et précipiter la France dans une guerre que, selon lui, elle devait faire seule. L'affaire finit par aller dans cette voie, et madame du Cayla, dont le bon sens et le patriotisme monarchique étaient toujours en avant de toutes les questions qui pouvaient intéresser la royauté et la gloire nationale, redoubla d'efforts pour démontrer à Louis XVIll combien il était important, au moyen d'une expédition si juste, de saisir cette occasion de donner au roi et à la France une armée que le pays a, tout à la fois, le besoin et l'amour-propre d'avoir toujours sous les armes. Les étrangers croyaient la France entièrement désunie et désarmée; ils auraient pu en abuser.
C'est au milieu de ces fluctuations de l'opinion publique et de résistance calculée que M. de 'Montmorency partit pour le congrès de Vérone. Il y arriva convaincu que les instructions qu'il avait reçues n'étaient pas suffisantes; mais il voulut les suivre par conscience, et il le tenta d'abord de bonne foi. On comprendra facilement les avances que lui firent les étrangers; sa loyauté, son caractère charmaient les souverains; enivré par les soins extraordinaires dont il était entouré, il se laissa aller à croire qu'il y avait impossibilité de suivre les instructions qui lui avaient été données, et il ne suivit plus que ses impulsions personnelles, toujours loyales et nobles. M. deYillèles'en aperçut, avec un mécontentement qu'il espérait ne point laisser apercevoir. M. de Montmorency se montra de son côté mécontent de ses relations; et il fut facile de prévoir les suites funestes de cette disposition réciproque. Un moyen d'inspirer à M. de Villèle plus
de décision et de l'obliger à se mêler davantage des affaires générales était de le nommer président du conseil. On ne savait jamais lequel des ministres viendrait rendre compte au roi des affaires; et tous les jours chaque ministre, en sortant de chez le roi, espérait devenir ministre influent dans ses conseils; il en résultait une confusion vraiment dangereuse qui ne permettait plus d'hésiter. M. de Yillèle en sentait la nécessité; mais il remettait de jour en jour à en parler au roi, comme on l'en conjurait; et ce fut sans lui, mais non malgré lui, que l'on décida Sa Majesté à lui remettre la présidence.
Voulant à tout prix éviter une brouille entre M. de Montmorency et M. de Villèle, j'offris à ce dernier de quitter Paris, malgré tous les motifs qui devaient m'y retenir, pour me rendre à Vérone, auprès de M. de Montmorency. J'insistai; M. de Villèle s'y opposa formellement.
Les lettres suivantes, adressées à M. de Montmorency pendant son séjour à Vérone, prouveront que je comprenais les difficultés de la situation, et que je n'ai rien omis de ce qui pouvait les faire disparaître.
A M. LE VICOMTE DE MOxNTMORENGY