I.NFLUE.XCE DE M. DECAZES. 8S
qu'à la bonté do son cœur. Il m'a toujours témoigné de l'affection, et il m'emmenait habituellement à la chasse avec lui, ce qui était pour moi un plaisir selon mon goût, et une diversion à mes occupations sédentaires.
Le rendez-vous de la dernière chasse était dans la belle forêt de Rambouillet. D'après le rapport fait au prince, à son arrivée, il fut décidé que sur quatre animaux que les limiers avaient éventés, un cerf qu'on jugeait devoir être très-vigoureux, serait préféré à tout autre. Il fut bientôt attaqué; les chiens empaumèrenl la voie, et poursuivirent l'animal avec une extrême vitesse. Plusieurs relais lui furent donnés sur son chemin, ce qui augmenta encore sa célérité. J'avais toujours le soin de prendre seul une direction opposée à tous les autres, afin de ne pas être gêné dans mes manœuvres; et surtout de ne pas me trouver en concurrence avec le prince ; mais la grande habitude que j'ai de la chasse, mince mérite qu'on veut bien me reconnaître, engageait toujours piqueurs et chasseui^ à se diriger du côté où ils m'apercevaient. Après plusieurs heures de chasse, tout le monde fut mis en déroute; et je me li'ouvai absolument seul à la poursuite du cerf, que les chiens portèrent bas dans une espèce de mare qui se trouvait au milieu d'une belle ferme. J'en fis aussitôt fermer les portes ; mais, sentant l'inconvenance d'assister seul à l'hallali du cerf, en l'absence du prince, je me hâtai de m'éloi^ner dans l'espoir de rencontrer Son Altesse Royale et de la ramener à la ferme. J'avoue franchement quej'étais un peu fier de mon succès, et que ma joie se reflétait sur mon visage. V. 7
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Toula coup j'apeiTus le prince à une grande dislance, il galopait à loules jambes avec sa suite. Peulètre il eût été plus sage de l'éviter, en devinant la mauvaise humeur qu'il devait tîprouver, et l'espèce de jalousie qu'il ressentirait contre moi. 11 n'est pas dans mon habitude de fuir le danger, et j'allai droitenavant.
a La Rochefoucauld, d'où viens-tu? s'écria le prince en arrè'ant brusquement son cheval.
— D'assister à la mort du cerf, monseigneur! » Et je racontai simplement ce qui s'était passé. Le rouge monta à la ligure du prince ;
« Ainsi, c'est ta laute si je me suis égaré, me dit-il.
— I^a conclusion me paraît difficile à admettre, répondis-je, monseigneur, car si Votre Altesse Royale, comme cela lui arrive souvent, avait daigné m'accorder plus de confiance, elle serait arrivée ainsi que moi à l'hallali. »
Le prince, hors de lui, ne se contint plus, et m'adressa des paroles fort dures devant la foule des lémoins qui nous entouraient. Je sentis tout mon sang bouillonner; mais je sus assez me contenir pour répondre par ce peu de mots : « Monseigneur oublie sans doute qu'il parle à un gentilhomme français !... » Le prince, au dernier paroxysme de l'exaspération, saute à bas de son cheval, tire son couteau de chasse et court sur moi . — Triste exemple des cours ! personne ne se mit entre nous. — J'avais tout mon sang-froid; et j'avoue que mon premier mouvement, en voyant une lame se diriger vers moi, fut de lui opposer la mienne. Je mis la main sur la poignée; mais, fort heureusement, le ciel m'arrêta, car si je Lavais tirée, c'en était probablemeni fait du prince. J'étais pkis calme et plus