CONSPIRATION PLEIGNIKP. ET CARBONNEAU
Son commerce consistait principalement dans la fabrication des liges de bottes à plis pour l'usage de la cavalerie légère ; une ordonnance du roi étant venue changer l'uniforme, son commerce n'allait plus.
« Alors, a-t-il dit dans son interrogatoire, j'ai voulu mettre fin à cet état de choses et pour l'intérêt de mon pays et la réforme des nombreux abus que j'entrevoyais dans la conduite du gouvernement, je conçus le projet de le renverser. »
Un maître d'écriture, nommé Carbonneau, en proie à la plus affreuse misère, fut son premier complice. Lorsqu'ils eurent formé un noyau de conspiration, ils répandirent une proclamation portant pour titre :
Organisation secrète des patriotes de 181 G.
On y lisait : « Nous sommes arrivés au terme du malheur. Amis du peuple dont nous faisons partie, nous avons lu dans l'âme de nos frères. Nous nous sommes empressés de prendre les mesures les plus sages et les plus certaines pour la chute entière des Bourbons... Que les patriotes de l'intérieur se rassurent : nous veillons au salut de tous. Notre succès est certain ; nous sommes impénétrables : on ne nous trouvera nulle part, et nous sommes partout! nous pourrions même délier les satellites de la plus odieuse tyrannie; nous ne supposerons jamais de traître parmi nous, parmi les compagnons de nos glorieux travaux. S'il s'en trouvait un, malheur à lui!... Son jugement est prononcé. L'exécution serait aussi prompte que la foudre : il serait atteint et puni en quelque lieu que ce fût. Déjà la majeure partie des braves est munie de tout ce qui est nécessaire : quant à l'artillerie, nous saurons nous-mêmes nous en procurer. Les provinces
nous attendent : notre conduite doit régler la leur. Redoublez tous de zèle et d'activité, tant pour grossir le nombre de vos frères, que pour faciliter les moyens de pourvoir d'armes ceux qui n'ont pas la faculté de s'en procurer, et qui désirent se signaler comme nous. »
Des officiers, des magistrats destitués en 1814, des ouvriers, des commis, des étudiants s'enrôlèrent parmi les conjurés : on devait attaquer le château des Tuileries pendant la nuit.
La principale force des conjurés devait consister dans les fédérés, dont la majeure partie avait conservé ses armes. Quand le complot aurait éclaté, les^chefs se montreraient; et à tort ou à raison, on citait les noms de MM. de la Fayette et Voyer-d'Argenson. On était convenu de la nécessité de bloquer le château pour s'opposer à la sortie de la famille royale, et de l'isoler en plaçant du canon sur les ponts. On devait faire précéder l'attaque par l'explosion d'une mine pratiquée sous le château des Tuileries, à l'aide de dix-huit ou vingt barils de poudre que l'on introduirait dans l'aqueduc aboutissant au bas dupontRoyal. Il était unanimement convenu par les associés, que le bût immuable de l'association était de renverser le gouvernement, de faire périr la famille royale, d'établir un gouvernement provisoire, de convoquer un nouveau Champ de Mai. C'était une sorte de franc-maçonnerie patriotique, un complot contre le gouvernement établi.
Pendant les débats, Pleignier n'a cessé de demander à parler au roi. Il avait, dit-il, « d'importantes révélations à faire. » On lui proposa de les confier aux ministres. Il s'y refusa constamment. Pleignier