BUDGET DE
Le budget pour 1817 a été apporté à la Chambre des députés. Ce devait être son dernier ouvrage, et l'œuvre la plus mémorable de la session. Une question bien plus grave que celle d'un budget allait être agitée.
11 s'agissait du principe le plus incontestable, le plus essentiel peut-être : celui de la propriété. Ce principe renferme avec lui la légitimité; il renferme l'existence et le repos du monde. La Révolution avait-elle eu tort? Avait-elle eu raison? Allait-on faire passer ses excès en principe ou se contenterait-on seulement de jeter un voile impénétrable sur le passé?
Le ministère, par son influence, l'emporta sur les défenseurs de l'inviolabilité du principe de la propriété, sans songer, l'imprudent, que la royauté, l'hérédité, la famille, n'ont pas d'autre base!
Ainsi, il fut déclaré que l'on avait eu raison de violer la propriété; que l'on avait été en droit de vendre les biens du clergé; et, de plus, que le gouvernement était libre de les vendre de nouveau. La discussion sur le budget fut fort longue, quoiqu'elle se réduisît presqu'à ce seul point.
Tout ce que l'éloquence a de plus persuasif et le talent de plus remarquable, l'esprit de plus fort et le principe de plus assuré, enfin tout ce que la bonne foi
a déplus clair, et le cœur de plus fait pour entraîner, honora la minorité de 1816, nobles restes de l'assemblée de 1815. Rien ne put décourager ces nobles champions de la vérité, pas même la certitude d'être vaincus en défendant la plus noble des causes. Leur défaite fut un triomphe; et l'histoire écrira des fragments de leurs discours au nombre des leçons utiles qu'elle donne quelquefois aux nations.
Voilà comment, sous Louis XVIII, on proclama les mêmes principes qui avaient mis déjà la société à deux doigts de sa ruine. La joie des révolutionnaires aurait dû être un enseignement pour le ministère. Il se refuse à voir où on l'entraîne, sans songer qu'il sera lui-même victime de ces doctrines qu'il ressuscite si imprudemment; elles auront les mêmes conséquences : l'arbre que l'on plante ne peut donner que les fruits qu'il est dans sa nature de produire. *
Le budget porté à la Chambre des pairs a passé à une majorité très-faible, comme à la Chambre des députés. Pour assurer un pareil triomphe, le ministère renouvela le spectacle qu'avait donné la Convention, en faisant apporter auprès de l'urne du scrutin un paralytique cl un pair en enfance.
Le ministère a pu dire comme ce grand général des temps modernes : « Encore deux victoires comme celle-ci, et je suis perdu. » À-t-il pensé, en effet, que de pareils triomphes étaient piresqu'un échec? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il a congédié ceux qui l'ont aidé à le remporter.
Les Chambres sont renvoyées.
Le ministre de la guerre, le duc de Fellre, a été attaqué, dans la session, d'une manière aussi injuste
qu'indécente. On lui doit en grande partie la formation de la garde et celle de l'armée. Les révolutionnaires avaient juré sa perle; et, ne pouvant réussir à le faire renvoyer, ils avaient préparé son renvoi en faisant entrer au ministère de la marine le maréchal Gouvien-Saint-Cyr, son ennemi juré (à la place de l'honnête Du Bouchage) ; ils ont fait ensuite un nouveau garde des sceaux du circonstanciel Pasquier, homme d'esprit et de talent, mais un des hommes les plus dangereux pour le parti royaliste. La loyauté de M. d'Ambray les effrayait; et ils se sont donné, par là, une voix de plus dans le conseil.
Les destitutions de tout genre ont recommencé; et l'on remet en place ceux qu'une justice, même tardive, avait enfin éloignés...
Dieu sauve la France!