CE QUE FAIT LE GOUVERNEMENT
l'âme est incomplet chez lui, et ses facultés sont plutôt des qualités que des vertus. Elles sont le produit de son esprit, qui est juste sans être profond, plutôt que de son cœur, qui est bon sans être sensible.
Une ténacité invincible est le cachet de son caractère; il a su rester simple au milieu des grandeurs, et malgré l'enthousiasme le plus extraordinaire qu'un homme ait jamais inspiré.
Son courage et son sang-froid sont au-dessus de tous les éloges. C'est l'homme des circonstances et de l'occasion. Habile à réparer ses fautes, il a su vaincre à force de volonté.
Àmi du soldat qui fut l'âme de sa gloire, il sacrifierait sa vie sans ménagement, si son sang était nécessaire à la prospérité de son pays.
Peu capable d'émotions d'aucune espèce, il méprise le danger, et sait conserver autant de calme à la tribune que sous la mitraille.
Il écoute sans interrompre jamais; et l'on se retire tout étonné de n'avoir produit aucune impression sur
son esprit.
Ne croyant point à la reconnaissance, il n'en conserve pas plus qu'il n'en demande.
Ce qu'on lui accorde, il croit le mériter, mais il en jouit sans faste, et s'il aime l'argent, c'est pour le dépenser.
Naturellement d'un caractère doux, il s'échauffe rarement; cependant il ne supporte pas qu'on s'oppose à ses vues quand il les croit justes.
Son étoile lui inspire une grande confiance; il s'y abandonne sans réserve.
Peu de cheveux, des yeux renfoncés, un nez pro-
100 mi: S M ÉMOI fi ES.
nonce, un visage ridé, un teint pâle, une ligure longue, un front chauve mais élroit, tels sont les traits distinctifs de son visage. Sa physionomie annonce à l'observateur, qu'il a de la persévérance dans ses actions comme dans ses pensées, mais elle dénote des facultés peu étendues.
Sentant ce qu'il lui manque, Wellinglon a toujours eu le bon esprit d'associer à sa politique les hommes les plus distingués de son pays.
Il n'est pas orateur consommé; mais il parle avec simplicité et facilité.
En somme, Wellington ne saurait passer pour un profond diplomate; mais c'est un homme heureux; et ce cachet n'est peut-être pas le côté le moins remarquable de son caractère.
Ses idées ne sont pas toujours fort élevées; il est, avant tout, homme de sens et de raison.
Un libelle, écrit par le colonel Fabvier, avoué par le maréchal Marmont, est répandu avec profusion dans toute la France; et dénonce comme instigateurs des derniers troubles de Lyon ces mêmes autorités qui y avaient déployé une fermeté justifiée par l'imminence du danger.
Des magistrats, d'une réputation reconnue sans reproche, sont accusés dans cette brochure, d'avoir excité à la révolte les habitants des villes et ceux des campagnes, pour se faire ensuite un mérite d'une répression entière.
On ose supposer qu'ils ont amené eux-mêmes les victimes sous la hache du bourreau, pour demander ensuite le prix du sang injustement versé.
Quelque absurde que soit une attaque aussi odieuse,
a: QU'IL DEVÏi.YIT FAIRE. ICI
les atilorités compromises ne pouvaient garder le silence.
L'ancien préfet de Lyon, le comte de Chabrol; le général Caruel, commandant les forces militaires; le maire, le comte de Fargues, et le grand prévôt, le colonel Deshutles, ont répondu avec convenance, dignité, clarté et précision.
Le parti n'en a pas moins atteint son but.
«Calomniez, il en reste toujours quelque chose!... »
Jetons maintenant un coup d'œil sur le présent , pour nous occuper ensuite de notre avenir.
Le roi, trompé d'abord par un favori, ensuite en- Ir.iîné, n'entrevoit plus les événements, les hommes et les choses qu'à travers le prisme qu'une main ambilieuse lient constamment devant ses yeux.
Le roi fait tellement cause commune avec son ministère que, plus d'une fois, il a défendu à des pairs de se rendre à la Chambre, afin que leur absence assurât une majorité quelconque à des lois faites dans le but d'affaiblir la royauté, et de battre en brèche la monarchie.
Aveuglé sur ses intérêts comme sur ceux de son peuple, Louis XVIII, s'il doit un jour rendre hommage à la vérité, regrettera peut-être alors qu'il soit trop lard pour faire un usage utile du pouvoir dont il se laisse dessaisir chaque jour.
Les concessions qu'un roi fait à des favoris, au préjudice de son autorité, deviennent toujours fatales à l'intérêt des peuples, comme à ceux de la couronne!
M. le duc d'Angoulême, ne voulant pas se mêler d'affaires, croit de sou devoir de suivre la direction
qui lui est tracée par la pensée royale, sans se permettre de la juger. Il a réussi à se faire aimer des troupes; mais, malheureusement, pour se concilier des opinions, il a blessé des sentiments. On voudrait éloigner de lui les compagnons fidèles de ses malheurs...
M. le duc de Berry ne jouit pas de toute la considération dont il devrait être entouré. Spirituel, aimable, bon, généreux, mais trop brusque, ses opinions se ressentent un peu de l'inégalité de son caractère.
M. le duc d'Orléans, peu estimé généralement, s'est perdu vis-à-vis de ceux qui voulaient en faire un chef de parti, par ses procès qui prouvent son avidité 1 , et par son peu de résolution.
Madame, toujours inébranlable, marche avec fermeté dans la route qu'elle s'est tracée : elle est partout vénérée.
Son énergie est au-dessus de tous les événements, comme sa vie est au-dessus de tous les reproches.
Monsieur, enfin, souvent calomnié, Monsieur, objet constant de jalousie, est aussi celui de nos espérances; c'est la royauté de demain, et tous les bras lui sont ouverts.
Ceux même qui le craignent sont forcés de convenir qu'un seul mot de sa bouche les aurait bientôt rassurés; et que sa parole est préférable à tous les traités.
Le présent est gros de l'avenir; étudier l'un, c'est arriver à la connaissance de l'autre; les événements ont leur logique, mais il est donné "à l'homme de
1 Procès avec Jlillien au sujet du Théâtre-Français.
lutter pour la changer; il ne serait pas libre sans
cela.
Admettons les circonstances, les hommes que nous ne pouvons changer, les exigences du temps, les craintes des individus, leurs rivalités, leurs jalousies, leurs regrets, leurs espérances coupables; et sans rien diminuer du danger qui nous menace, ni rien retrancher de nos ressources pour en triompher, voyons ce qu'il faudrait que fît un roi qui voudrait fortement arrêter le mal en remontant jusqu'à sa source; examinons ce qu'il serait nécessaire qu'il fût.
Franchement chrétien, il faut qu'il montre, sans être arrêté parle respect humain, une religion éclairée, dégagée de ces petitesses, de ces minuties qui sont du domaine de la dévotion exagérée. Après une révolution qui a tout corrompu, il n'y a de garantie que la moralité des hommes dont on s'entoure; il choisira donc des gens honnêtes qui v peuvent, eux aussi, être des gens habiles, car c'est déjà une louable habileté que de pouvoir offrir le passé pour répondre du présent. Fidèle à ses engagements, il s'appuiera sur la justice, et ne craindra plus de donner au mal le nom qu'il doit porter, sans pour cela renoncer au bonheur de lui pardonner, s'il est accompagné du repentir. 11 n'y a que celui qui ne se croit pas coupable, et qui s'enorgueillit de l'avoir été ou de l'être encore, qui s'offense du pardon et le repousse; d'ailleurs, c'est uniquement aux faits des Cent Jours que le pardon, maintenant, peut s'appliquer.
Conséquent avec ses principes , le Roi donnera l'exemple de la pratique dé tous les devoirs, et de l'observation de toutes les convenances. L'oubli des conve-
nances fut le premier symptôme de la première révolution.
Sans préjugés comme sans prévention, il saura prendre ce que le passé a d'applicable au présent; et, dans le présent, ce qu'il convient d'ajouter au passé. Comme la droiture sera la première qualité qu'il appellera auprès de lui, il saura se soustraire à la domination de l'intrigue.
Il se servira de l'ambition des hommes pour les conduire; mais il sanctifiera ce moyen, en le faisant servir au bien général , et en lui donnant un noble but ; la grandeur et la prospérité de la France.
Vn roi doit savoir distinguer, parmi les hommes qui l'entourent, ceux qui ne cherchent que leur propre intérêt, et leur satisfaction personnelle de ceux qui le servent parce qu'ils l'aiment véritablement, et parce qu'ils aiment encore plus leur pays! C'est auprès de ceux-là qu'il faut chercher la vérité; il faut qu'il récompense leur courage à la dire; en ayant, lui, le courage de la mettre à profit.
Il ne se laissera jamais arrêter par des préjugés du siècle; ne voulant que ce qui est juste, il saura accepter sans faiblesse, les conséquences des décisions qu'il aura prises.
H encouragera le talent, il récompensera le mérite, et protégera l'industrie. Instruit par la fragilité des choses humaines dont il aura fait l'expérience, il opposera des institutions fortes à ce dissolvant que le scepticisme et l'égoïsme ont infiltré dans les sociétés humaines; et pour cela il combattra avec force cet esprit d'irréligion qui a perverti toutes les classes de la société. Le seul moyen de ramener les peuples à la
CK QU'IL DEVRAIT FAIRE. Iti;»
connaissance de leurs devoirs, est rie les rattacher à la foi de leurs pères.
Sur l'arbre de la croix naissent lous les fruits de la science du bien, la victoire sur les mauvaises passions, la réforme des mœurs, l'ordre, la concorde, la fraternité; ce n'est qu'au pied de la croix, que le mol de pardon a sa véritable et salutaire signification; partout ailleurs il blesse comme une injure; je te pardonne parce qu'il me plaîl de ne pas le punir, voilà ce que dit l'homme du siècle; je te pardonne parce que, moi aussi, j'ai besoin de pardon, je te pardonne pour qu il me soit pardonné; voilà ce que dit le chrétien.
Il existe, dans l'ombre, des sociétés que le dernier siècle a vu former, qui ont écrit les pages les plus sanglantes de notre histoire. Il faut n'être jamais désarmé contre les complots de ces ténébreux repaires du meurtre et de la trahison.
Faire pénétrer le grand jour de la justice et de la vérité dans ces conciliabules de la conspiration-, ce serait les livrer à l'exécration publique, et briser dans leurs mains ces armes qu'ils aiguisent contre la société.
Il faut que les feuilles publiques deviennent les interprètes des vrais sentiments de la France; les inspirations d'une saine morale et d'une sage politique remplaceront ces écrits prêchant l'irréligion et l'indécence, et que l'on distribueà vil prix, parmi le peuple, dans l'intention de le corrompre. A côté d'une philosophie subversive qui veille pour séduire et égarer les masses, la religion paraîtra toujours pour les éclairer. C'est dans les mesures qui doivent opérer cette trans-
formation de la presse périodique que réside véritablement le secret de la politique actuelle; tous ses efforts doivent tendre à ce but : détruire la corruption du siècle.
L'éducation publique est le premier des moyens à employer pour améliorer les mœurs. Si vous voulez qu'une génération nouvelle console la France, lui rende ses antiques verlus et l'élève à la hauteur qu'elle doit occuper dans l'estime des autres, nations, faites que cette génération soit chrétienne, qu'elle s'élève à l'ombre et sous l'influence de la croix, qUe tous les maîtres soient religieux, depuis le grand maître de l'Université, jusqu'à l'instituteur du moindre village; qu'il n'y ait point de contrastes, de contradictions entre ces premiers enseignements, et les séductions officielles que le jeune homme trouve en entrant dans le monde; ainsi les spectacles cesseront de présenter la vertu comme une chose inutile, et quelquefois même ridicule; ils cesseront de rendre le vice aimableet même intéressant, et l'arme de la raillerie ne s'y exercera plus contre les principes les plus sacrés.
Tous ces petits théâtres, qui vivent de la corruption du peuple et entretiennent son esprit de dissipation, seront fermés, ou du moins complétemeut réformés.
Un tribunal jugera les pièces avant de les livrer à la représentation, et retirera celles qui ne pourront y être admises sans inconvénient pour la morale publique.
Alors disparaîtra cette inconséquence flagrante qui tolère des écoles de sensualité et de démoralisation à la porte des établissements où l'on élève les hommes dans la doctrine qui épure l'àme, qui impose silence à la voix
des sens, et fait de la pureté la première des vertus; ces enfants élevés chrétiennement ne trouveront plus une société toute païenne, qui n'a des applaudissements que pour les plaisirs condamnés et défendus par l'Eglise. Rendez ces passe-temps innocents : éloignez d'eux tout ce qui peut éveiller les sens, égarer l'esprit et le jugement, et l'Église se départira de ses arrêts sévères.
La réforme projetée atteindra les comédiens. En cessant de faire peser sur eux une exclusion formidable, elle leur donnera, comme aux autres citoyens, la possibilité et le désir d'une existence dans les conditions de l'ordre et de la moralité; et il y aura, pour les grands artistes, outre les applaudissements dus à leur talent, l'hommage non moins précieux de l'estime publique.
L'intervention de la religion dans les choses de la vie sera gratuite, et les prières de l'Église sur le berceau du nouveau-né, sur le cercueil du pauvre ou du riche, et la bénédiction de l'union conjugale ne seront plus tarifées comme une marchandise dont on se passe quand on ne peut la payer. Le clergé recevant de l'Étal une position absolument indépendante, sous le rapport de la fortune, l'autorité ecclésiastique interdira, sous quelque prétexte que ce soit, aucun versement d'argent entre les mains de ses ministres, à moins que ce ne soit pour distribution d'aumônes. Un ministère de paix, de grâce et de renoncement ne sera plus poursuivi de ces reproches de vénalité et d'avidité qui, si souvent, ont contrislé les fidèles, alors que des malheureux s'en éloignaient comme on s'éloigned'un spectacle où l'on ne peut payer sa place.
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Ne sommes-nous pas tous les enfants de l'Église, et n'est-il pas contraire à ses vues, que l'on fasse une question d'argent de notre admission à ses précieuses et maternelles faveurs?
Tous les cultes ont le droit de réclamer une juste protection de l'autorité; mais, sous le roi très-chrélien, dans un pays où la majorité des habitants est catholique, cette religion doit jouir des justes prérogatives accordées à la religion de 'l'État.
Les secours immenses qui sont tous les jours offerts à la misère, sans diminuer le nombre des malheureux, seront distribués d'une manière plus éclairée. Plus de mendicité dans Jes rues, sur les routes. De vastes établissements recevront ces misères qu'on isolera, et qu'on soulagera par le travail. Ce n'est pas la paresse qu'il s'agit de protéger, mais ceux qui sont hors d'état de gagner leur vie par un labeur journalier.
Hommes et femmes renfermés dans ces maisons de bienveillance, sagement administrées, seront assujettis à une occupation en rapport avec leurs forces; car là encore il s'agira de moraliser, el l'oisiveté est la première cause de démoralisation. Ainsi les campagnes cesseront d'être inondées de cette foule de vagabonds qui traînent après eux les désordres de tous genres.
Les soins qu'un gouvernement paternel prend pour venir en aide aux individus, deviendront plus actifs pour ceux dont les maladies aggravent la misère.
L'Hôlel-Dieu, ce grand foyer d'exhalaisons, de miasmes putrides, ne restera point au centre de la capitale, «omme une menace permanente à sa salubrité. Un -édifice vaste et bien distribué sera construit en dehors de Paris; enfin, d'immenses greniers remplis dans des
CE Oli'IL DEVRAIT PAIRE. (gg
momenls d'abondance, témoigneront de la sollicitude du gouvernement pour l'existence du peuple, et préviendront toute disette factice, en prouvant qu'elle serait désormais impossible. Ce sont là des monuments qui valent mieux que des arcs de triomphe élevés au génie de la guerre et de la destruction. Des idées sages et bienfaisantes doivent seules mettre un règne en lumière; et il n'y a plus de gloire possible, si ce n'est celle qui couronne la vertu.
Le vice sera contraint de se cacher, si l'on ne peut parvenu- à le bannir du sein de la cité, et on ne le laissera plus étaler au coin de nos rues ses images provocantes : la voie publique sera respectée, et nous pourrons la traverser le soir avec nos mères, nos filles et nos sœurs, sans crainte de les voir rougir.
Le régime des prisons subira de grands changemente; ces prisons ne seront plus l'école où la perversité vient achever ses cours, et prendre ses degrés. Si les condamnés n'en sortent pas plus mauvais qu'ils n'y sont entres, on aura fait beaucoup; mais ce n'est pas assez ■ il faut que la société les retrouve dans une voie d'amélioration morale, ce sera à elle de faire fructifier eurs bonnes disposions : elle complétera l'œuvre de la justice et du repentir par une surveillance et par une protection incessantes.
Les tribunaux rendront des arrêts, et jamais des services.
Fort de son droit et de ses bonnes intentions prouvées par des actes, le gouvernement respectera leur indépendance, et sera le premier à s'incliner devant leurs décisions. Le sceptre, en France, est une main de justice.
Après avoir reconnu la nécessité de ces réformes, on les exécutera avec une persistance et une volonté inébranlables.
Il est indispensable qu'une marche assurée remplace l'irrésolution qui ôte au gouvernement sa force et sa considération, en le jetant dans un dédale de contradictions et d'inconséquences.
Une administration sagement organisée ne laissera plus Paris, les provinces et même les dépositaires du pouvoir à la merci d'une bureaucratie despotique et tracassièrc.
Le roi sera bien servi, quand ceux qu'il emploie verront le triomphe de leurs intérêts dans l'accomplissement de leurs actions et de leurs devoirs.
Que la Charte soit la loi de tous les temps-; et qu'elle ne serve plus à réclamer, tantôt l'arbitraire, tantôt les idées libérales, suivant l'intérêt du moment.
Remplir strictement nos engagements envers les étrangers, c'est les mettre en demeure d'accomplir leurs promesses. La loyauté doit présider à tous les traités; la paix est le premier des biens, dans la situation de la France; mais il ne faut pas qu'on oublie le poids de son épée dans la balance où se pèse la destinée des nations. En la voyant pacifique, il faut qu'on pense à ce qu'elle pourrait être encore, si elle cessait de l'être; il faut qu'une armée lui donne l'attitude qu'elle doit conserver aux yeux de l'Europe : le repos dans la force. L'homme, avant d'être soldat, appartient à sa famille; aussi c'est elle qui doit l'élever. Devenu soldat, il appartient au gouvernement, et c'est lui qui doit se charger des institutions propres à lui ouvrir toutes les carrières.
Les finances ne peuvent se rétablir que par la confiance, par le crédit, et surtout par une sage économie. Espérons aussi que le véritable patriotisme, enfin rassuré, en s'imposant volontairement de grands sacrifices, saura venir en aide au trésor pour réparer ses pertes. L'avenir nous fera trouver des ressources immenses dans ce besoin de mouvement et de conquête qui nous pousse vers l'étranger, et qui se concentrera à l'intérieur, sur l'agriculture et sur l'industrie. Voilà la voie qu'il faut ouvrir devant la ftiria francese. De ce côté, sont les nouveaux triomphes, les conquêtes nouvelles qui lui soumettront encore l'étranger, et qui en feront notre pacifique tributaire. Qu'il trouve en France ce qu'il chercherait vainement ailleurs, les jouissances du luxe, des beaux-arts, la magnilicence de nos monuments, la splendeur de nos fêles, les merveilles de l'industrie, la politesse et le bon goût; et il viendra nous apporter son or, et nous nous enrichirons en nous faisant aimer et admirer, ce qui vaut mieux que de se faire haïr et redouter, sans s'enrichir; car à qui ont profilé ces spoliations des guerres de la République et de l'Empire?
Ouvrons sans obstacle nos ports aux vaisseaux des nations amies; qu'elles emportent nos marchandises et les produits de notre industrie. Quant aux matières premières, elles seront difficilement et chèrement exportées; autrement les étrangers parviendraient à fabriquer eux-mêmes, ce qu'ils viennent chercher maintenant chez nous.
La bonne foi doit présider à l'examen des lois; la sagesse des déterminations doit ménager tous les intérêts, en fixant la portion des droits de chacun. Vousvou-
lez que lous les individus, quel que soil le parti auquel ils appartiennent, fassent sur l'autel du salut commun les sacrifices de leurs prétentions plus ou moins fondées : pour compensation, qu'ils puissent vivre à l'abri des lois également protectrices de tous! Là seulement l'égalité peut exister : partout ailleurs elle n'est qu'une illusion.
Les lois doivent servir aux temps et non aux circonstances; une loi précaire est une loi dangereuse.
Dieu sera partout,, même dans le Code; la politique n'est rien sans la morale.
La propriété, source principale de la richesse d'un pays, doit être dégrevée peu à peu des impôts qui pèsent sur elle, et dont la perception coûte si cher à l'Etat. Un système territorial devrait remplacer le système uniquement financier, qui n'est aussi vanté, que parce que ceux qui l'exploitent y Irouvent un énorme avantage. Disposant des fonds, ils donnent momentanément aux opérations du gouvernement un crédit qu'ils retirent ensuite à leur profit, et grâce au simulacre d'économie qu'on nous présente chaque année, nos charges s'aggravent, et la deltede l'État s'augmente lous les jours.
La propriété doit recevoir une nouvelle vie : il faut, en France, une aristocratie dignement représentée; et, pour première condition, il est nécessaire que les forlunes n'arrivent plus ainsi divisées, morcelées à des enfants qu'elles arrachent à peine à la misère, et à des familles dont elles anéantissent véritablement l'existence.
Il y a aussi une grande économie à faire sur la perception des impôts.
Il esl impossible que le gouvernement marche sans s'appuyer sur une partie de la nation: et il est absurde, sous un roi légitime, d'appeler parti royaliste la réunion des hommes qui confondent dans leur amour Dieu, le pays et le roi.
Le gouvernement doit, en les dirigeant, se reposer sur eux avec confiance, et forcer les différentes fractions en dehors de ce grand ensemble des inlérèls el de l'opinion du pays, h adopter ses principes ou, du moins, à se conduire comme s'ils les partageaient. Le pouvoir, en donnant les places el en distribuant les grâces, a entre ses mains le moyen de fixer les opinions incertaines. Quand on verra que la première condition pour obtenir ou garder une position quelconque est, dans ce pays, d'être royaliste, quand on saura bien que la consécration de tous les intérêts en jeu dans ce pays n'est possible que par la conservation du principe monarchique, la France entière se fêta gendarme pour surveiller et réprimer les efforts de ceux qui chercheraient à exciter de nouveaux troubles.
La Révolution a créé des intérêts matériels qui doivent être respectés; mais la tendance de ce que j'appellerai ses intérêts moraux doit être tenue en bride par les intérêts de la société, qui sont essentiellement conservateurs. Ne pas assurer aux acquéreurs des biens nationaux la possession tranquille de leurs biens, serait aussi impolitique qu'il serait inique et cruel de condamner ceux qui ont perdu ces biens par dévouement au principe que le gouvernement vient de nouveau d'inaugurer en France.
Il faut déclarer franchement qu'une indemnité leur
est duc; et attendre, pour la leur donner, que le temps et la prospérité générale aient amené une sensible amélioration clans noire état financier.
Les acquéreurs de biens nationaux forment, en France, une masse d'individus séparés de la nation et constamment ligués contre tout ce qui est légitime. Il faut les forcer à fondre leur intérêt particulier dans l'intérêt général. Garantir par une parole royale, et par conséquent sacrée, l'intégralité de leurs propriétés, est sans doute une condition de tranquillité publique; mais il en est une autre non moins importante, c'est celle qui consiste à les réconcilier avec eux-mêmes. L'infortune de ceux qui ont été dépouillés doit être un reproche insupportable pour ceux qui ont acquis : c'est en rendant justice aux premiers que l'on pourra seulement parvenir à calmer les seconds. Ils seront ainsi rassurés par la loi et par leur conscience : deux garanties valent mieux qu'une.
Le devoir d'un gouvernement paternel est de veiller avec sollicitude sur le sort de ses enfants; il rougirait de s'enrichir de leurs dépouilles : la loterie et les maisons de jeudevront être irrévocablement supprimées.
Voilà tout ce qui est possible et ce qu'il est indispensable d'exécuter. Pour y réussir, il suffit de le vouloir : « 11 faut vouloir fortement tout ce qu'on entreprend, et entreprendre franchement tout ce que l'on a voulu, sans jamais remettre l'exécution d'un parti jugé nécessaire. »
Espérons que l'expression de ces vœux sera un jour complètement réalisée ! Nous verrons à côté du monarque, et choisis par lui, MM. de Yillèle et Corbière, des ministres honnêtes, gens capables d'exécuter ces
grandes réformes. Les circonstances graves qu'ils ont traversées, à leur honneur, les désignent d'avance : leur fermeté au moment du danger, leur persévérance dans les épreuves, leur marche inébranlable au milieu de toutes les irrésolutions, leur caractère moral, leurs principes religieux et politiques, les mettent à la hauteur de cette mission. Qu'ils l'accomplissent, et ils auront bien mérité du roi et de la France !
 la fin de la session, le ministère, pour aider à l'affranchissement du territoire, a proposé l'inscription sur le grand-livre d'une rente de douze millions quatre cent mille francs pour la liquidation des créances étrangères!
11 demande également l'ouverture d'un crédit éventuel de vingt-quatre millions de francs de renies, pour être employées à compléter le payement des sommes dues aux puissances étrangères.
La Chambre des députés a accueilli ces deux propositions de crédit avec un haut sentiment d'unanimité. Toutes les opinions semblent se réunir lorsqu'il s'agit de la libération du territoire. Les royalistes, à la tribune, ont, en celle circonstance, comme dans tant d'autres, manifesté des opinions nationales; ils ont voté avec un noble orgueil et, certainement, avec moins d'arrière-pensée que les révolutionnaires, l'affranchissement de la patrie.
Toutes les calamités qui frappent la France sont, pour nos' princes, une occasion de déployer leur caractère généreux et compatissant.
Un orage ayant éclaté sur Paris et causé de grands dégâts dans le faubourg Saint-Antoine, le roi a envoyé trente mille francs au maire du huitième arron-
dissement. M. le duc de Berry, malgré Te.viguite de son revenu, en a détache quatre mille francs pour le même objet. Momsjedb et la duchesse d'Angoulême ont fait également des dons considérâmes; mais c'est surtout à la suite du malheureux incendie de l'Odéon que la munificence royale s'est manifestée. Le théâtre va èlre rebâti; et la liste civile a dépensé, dit-on, quatre cent mille francs en dons particuliers, pour les veuves et les orphelins des citoyens qui ont péri en voulant arrêter l'incendie.
M. Decazes, demeuré sans rival dans la faveur du roi, a été créé pair de France; et le roi s'est occupé de marier lui-même son ministre favori avec mademoiselle de Saint-Aulaire, petite-nièce et petite fille de la duchesse de Nassau et de madame de Soyecourt héritière du prince de Nassau -Saarb ru ck, et nièce de la duchesse de Brunswick. La demande en mariage a été faite à M. de Saint-Aulaire, au nom du roi, par M. le duc de Grammont et M. le maréchal Oudinot; et Louis XV1I1 a écrit de sa royale et spirituelle main ala duchesse de Brunswick, àM. età madamede Saint- Aulaire, en faveur de celui qu'il appelle son enfant, son élève.
M. Decazes, à la demande du roi de France, a été créé duc de Glucksberg par le roi de Danemark; et le mariage a été célébré avec une grande solennité, dans la chapelle de la pairie, au Luxembourg.
M. de Richelieu poursuit le cours de ses négociations avec l'étranger pour obtenir la délivrance du territoire. Une généreuse émulation se manifeste de toutes parts pour ouvrir les emprunts autorisés à cet effet par les Chambres. Le nombre et la quotité des