MINISTÈRE SERRES ET DECAZES. 2(U
n'eût pas laissé périr, si le cri de M. de Malesherbes, Y appel an peuple, eût été écouté par celle Convention qui ne voulait plus entendre qu'une chose : le bruit de la hache accomplissant son vole régicide. Uni d'efforts et d'intentions à vos intentions et à vos efforls, messieurs, je vous félicite de vouloir éterniser le souvenir de M. de Malesherbes, le lendemain du jour où un parti semble vouloir se faire le continuateur, ou au moins l'apologiste des fureurs de cette assemblée, qui ne sera grande dans la mémoire des hommes, que le jour où, les mots changeant de sens, le crime sera la grandeur, et la terreur le modèle des gouvernements; c'est prolester contre cette infamie, c'est répondre à cet appel au peuple du vertueux Malesherbes, c'est crier avec lui : « Je cherche des juges parmi ceux « qui ont fait comparaître Louis XVI devant eux, et je « n'y vois que des bourreaux ! »
« Puisse ce nouvel effort de la garde nationale en faveur de voire œuvre, témoigner de son horreur pour les doctrines et les hommes qu'on veut réhabiliter, et de ses sympathies pour ceux qui les ont combattues.
a J'ai l'honneur, messieurs, de joindre à cette lettre la somme de 1,020 francs, en vous priant d'agi' 1 vr l'hommage de ma considération distinguée : » Vicomte de la Rochefoucauld.
Un journal qui a publié celle lettre a bien voulu ajouter : « Tous les sentiments qui animaient le vicomte de La Rochefoucauld, lorsque, député à la Chambre de 1815, il fit la proposition qui, plus tard, devint une loi, de rendre des hommages funèbres et
annuels à la mémoire du Roi martyr, on les retrouve dans cetle lettre. »
On a dit avec beaucoup d'esprit et de raison que les révolutionnaires étaient comme du charbon qui noircissait quand il ne brûlait plus : les révolutionnaires ont réfugié leurs calomnies dans les journaux étrangers, et, depuis quelque temps, ils les distribuent sous le couvert de ce qu'ils appellent des corresponpondances privées. Us espèrent que la pierre lancée acquierra, comme les corps qui tombent, une force proportionnelle à la distance qu'elle franchit; et, comptant sur la vérité du proverbe « a beau mentir qui vient de loin, » ils mentent à l'étranger, pour que l'étranger nous rende leurs mensonges ; et afin que le mystère qui entoure ces communications et le prestige de l'éloignement les rendant plus saisissants, ils font voyager leurs poisons comme on fait voyager le vin de Bordeaux pour lui donner un attrait qui allèche le buveur. J'ai cru devoir flétrir ces indignes manœuvres dans un article qu'a publié le Journal des Débats :
« Le 5 mai 1814 a rendu à la France une famille toute française, conservée, comme par miracle, dans les mauvais jours de l'anarchie. Les Bourbons sont pour nous ce qu'était pour les Israélites l'arche sainle.
« Tous les malheurs semblaient les accabler lorsqu'elle leur était enlevée.
« Reportant, au contraire, l'espérance au sein des Hébreux, cette arche miraculeuse brisait tous les obstacles qui s'opposaient au repos du peuple repentant.
« La Révolution redoute la Légitimité avant tout,
car elle n'a pas d'autre but que de mettre partout l'anarchie à la place de l'autorité.
« Aussi la calomnie s'exerce-t-elle avec le plus de rage contre l'héritier présomptif du trône : attaquer le roi de demain en ayant l'air de respecter le roi d'aujourd'hui, c'est battre en brèche la royauté, qui doit être une institution de tous les temps.
« La bonté, la sagesse, la modération, la loyauté de ce prince répondent aux inventions par lesquelles on prétend les flétrir. Ce prince est tout Français?... Que veut-on de plus?... Il plaint celui que l'on devrait punir... 11 sollicite le repentir du coupable pour pouvoir lui pardonner; c'est au milieu de ses amis qu'il veut tendre la mainà ses ennemis, car il ne croit pas que le spectacle de l'ingratitude envers ceux qui nous ont bien servi, soit un bon moyen de se rallier des serviteurs nouveaux.
« La révolution, qui sait ce qu'elle pourrait à l'aide d'une division entre les membres de la famille royale, frémit de rage, et s'efforce de dénaturer les sentiments du roi et ceux de son frère.
« Mais le roi s'est chargé lui-même de détruire la calomnie, en déclarant solennellement qu'une révolution qui avait fait tant de mal à ses peuples, ne trouverait jamais chez lui un appui.
« En secondant mes vœux et mes efforts, vous n'ou- « blierez pas, messieurs, a-t-il dit aux députés de la « France, que cette charte, en délivrant la France du « despotisme , a mis un terme aux révolutions. Je « compte sur votre concours pour repousser les prin- « cipes pernicieux qui, sous le masque de la liberté, « attaquent l'ordre social, conduisent, par l'anar-
« chie, au pouvoir absolu, et dont le funeste succès a « coulé au monde tant de sang et tant de larmes. »
« Au lieu de dicter, d'inspirer, si vous l'aimez mieux, des correspondances secrètes, ou de s'en faire seulement une arme pour diviser, afin de gouverner plus à l'aise, les ministres auraient dû se conformer à ces intentions royales, renoncer à la contradiction fréquente qui existe entre ce langage et leurs actes; et surtout ne pas rejeter sur la personne du monarque la responsabilité de ces actes, qui ne doit peser que sur eux. Enfin, nous le demandons; ces ministres parlaientils au nom d'un roi dont la constante occupation est le soulagement de ses peuples, quand ils sont venus solliciter l'inutile prolongation des impôts? •
« Les ministres remplissaient-ils les intentions royales lorsqu'ils remplaçaient tant de serviteurs fidèles et résignés par ceux qui, pendant les Cent-Jours, montrèrent une haine implacable aux Bourbons?
« Un contre-sens politique aussi absurde n'a jamais pu se placer dans la pensée royale.
« Le ministère oublie apparemment qu'une grande faveur, la faveur de M. Decazes eut pour première cause le souvenir d'une noble conduite qu'il n'a que trop oubliée lui-même !
« Non, non, un cœur aussi généreux, un espritaussi équitable que l'esprit et le cœur du roi ne pouvaient recevoir avec indifférence les témoignages constants du dévouement de ses amis, dévouement qui s'est prouvé par tous les genres de sacrifice. Ce dévouement, nous n'en doutons pas, sera tôt ou tard pesé au poids de sa justice et de sa reconnaissance. Qui connaît ses intentions secrètes? Il n'en doit compte qu'à Dieu,
niais les calomniateurs à tant la ligne, croient pouvoir pénétrer sous celte enveloppe de froideur, et changer en répulsion ce qui n'est peut-être qu'une sage réserve. Ainsi, dans les Correspondances privées, l'on a tenté de représenter plus d'une fois le roi séparé d'intérêts avec les royalistes !... Le roi, sans les royalistes!... Qu'eût dit de mieux le loup de la fable, quand il conseillait au berger de se séparer de ses chiens?...
« Mais les faiseurs de correspondances en seront pour leurs frais de déductions mensongères et calomnieuses.
« Le roi ne sera pas sourd à notre voix, qui est celle du cœur et qui lui crie : « Sire, la révolution pré- « pare encore le malheur de la France, le boulever- « sèment de l'Europe entière. Ce but où elle tend est « connu tqu'importentlescouleursdontelle se pare, et « les éloges perfides qu'elle distribue, afin de faire « arriver plus sûrement ses coups aux réputations « qu'elle veut atteindre, aux popularités qu'elle pré- « tend démolir? Ils reconnaissent que vous êtes juste, « habile, sage, spirituel, mais à la condition qu'ils « pourront publier que vos parents sont des imbéciles « et vos amis des factieux ! Prouvez que vous ne vou- « lez pas de leurs louanges à ce prix, et que vous en « avez compris le sens et la portée. Ne séparez pas le « roi et la royauté! Sire, sauvez la royauté, nous ré- « pondons du roi. »
o Le roi a un ami; il faut qu'il ait des amis, et qu'il force lui-même l'heureux dépositaire de sa confiance à se dégager des vains prestiges qui l'entourent, en le rattachant aux seuls principes qui
puissent assurer le bonheur fie ses peuples, et la tranquillité de l'Europe.
« La révolution ne peut s'appuyer que sur des mensonges; elle ne peut triompher que par des divisions, et c'est dans la famille royale qu'elle s'efforce de les introduire. Quand il fait le siège d'une ville, un ennemi intelligent commence par diriger ses feux sur la citadelle.
« Leurs manœuvres sont faciles à saisir. Ils ne louent que pour altaquer plus sûrement; ils se donnent ainsi un vernis d'impartialité, mais, tenez-vous pour assuré, quand ils se montrent à vous l'encensoir à la main, qu'il y a de ce côté quelque vertu qui les gêne; et que, lorsque la fumée de leur encens sera dissipée, vous apercevrez un noble cœur saignant de leurs attaques , car la main qui porte l'encensoir tient aussi un poignard, et le thuriféraire esl un calomniateur; donc, si vous vous étonnez que les correspondants révolutionnaires aient pu oublier que le duc d'Angoulême a rendu de grands services dans les Cenl-Jours, aient pu oublier sa noble conduite dans le Midi, à ce point de le poursuivre de leurs flagorneries, vous reviendrez bientôt de votre surprise, en vous apercevant que la fille de Louis X.VI est à ses côtés...
« Oui, la Révolution n'a pas respecté la fille de Louis XVI. Ses malheurs et l'héroïsme de sa vie n'ont point arrêté les continuateurs des geôliers du Temple.
i Et l'avare Achéron no lâche pas sa proie ! »
a Us ne se sont pas arrêtés devant tant de larmes essuyées, devant tant d'infortunes royalement soula-
gées, de prisons ouvertes, d'enfances élevées, de vieillesses consolées, de soins de tout genre accordés à l'être qui souffre. On dirait qu'ils ont voulu voir si cette âme chrétiennement héroïque était aussi inépuisable en pardons; on dirait que la Révolution a établi une lutte incessante entre la magnanimité de la victime, et la persistance de son inimitié. Elle ignore donc qu'on pardonne plus facilement le mal qu'on a subi, que le mal qu'on a lait?
« La calomnie n'a pas encore exercé sa fureur insensée contre cette jeune princesse qui n'a fait connaître aux Français que des vertus, et une bienfaisance digne de sa nouvelle famille, mais elle ne perdra rien pour attendre. Elle a associé son sort à celui d'un noble prince, en qui la révolution déteste la franchise, l'énergie du soldat, la force que le ciel donne à l'homme qui doit revivre dans ses enfants.
«Jusqu'à présent, la révolution n'a pas osé attaquer les qualités de son cœur; puisse-t-elle ne pas lui prouver qu'elle a d'autres armes à son service !
« Au moment où je termine cet article, un régicide est appelé à figurer parmi les représentants de ce peuple qui s'est hâté, par un deuil général, de montrer son respect religieux pour le souvenir du roi martyr, et son borreur pour l'attentat dont il ordonnait l'expiation.
« Que le ministère soutienne encore qu'il parlait au nom du roi quand il apportait une loi qui conduit au pied du trône le meurtrier de Louis XVI !... el nunc intelligitel...
« Il sera forcé de convenir que, dans cette occasion, du moins, les royalistes seuls, en déclarant l'indignité
du nouvel élu de la révolution, ont compris les véritables intérêts de la gloire du souverain, liés si intimement aux intérêts de son peuple!
«Les royalistes devinent, à leur propre douleur, toute l'amertume dont l'âme du roi doit être abreuvée. Ils trouvent que le ciel n'a que trop donné raison ta leurs prévisions; mais ils ont trop de cœur pour s'en réjouir.
« Celui qui, par son silence, pourrait faire croire à son repentir, osera-t-il dire à la face de la France : « Vous connaissez les conséquences de ma politique, « j'y persiste. »
« Ame sainte de Louis XVI, désarmez par votre intercession la colère de Dieu, prête à s'appesantir de nouveau sur la France ; prières d'un martyr, fermez l'abîme que le crime a de nouveau entr'ouvert sous nos yeux ! . . .
« Et vous, fille auguste du meilleur des rois, voici une nouvelle offense à pardonner encore. Chaque jour, pour vous comme pour nous, a son combat : vous ne vous lasserez pas plus d'être miséricordieuse, que nous ne nous lasserons d'être fidèles, que la révolution ne se lassera d'être ce qu'elle a toujours été ; nous verrons qui l'emportera dans cette lutte. »