A LA MEMOIRE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BERRY
« Je puis trouver à combattre des Français, mais je c< ne rencontrerai jamais, parmi eux, un assassin, » disait, après vingt-cinq ans d'exil, monseigneur le duc de Berry, presque choqué des précautions que l'on s'efforçait en vain d'obtenir de lui.
« Prince trop magnanime, votre confiance vous a perdu ! mais ce n'est point vous qu'il faut plaindre ! Vous qui venez de léguer à la postérité de nobles et héroïques exemples! Les six dernières heures de votre existence ont résumé assez d'héroïsme pour suffire à rendre glorieuse une vie tout entière.
1 On s'étonna que M. Decazes eut le premier interrogé seul Louvel. On n'accusa pas la police de complicité, mais d'une négligence bien coupable.
* Journal des Débals.
ti L'histoire racontera cette force d'âme surnaturelle qui vous laissait envisager avec une résignation sublime les approches de la mort, et qui vous faisait supporter, sans vous plaindre, les plus horribles souffrances. Elle dira cette sollicitude si touchante poulies objets les plus chers à votre affection, avec cette abnégation absolue de vous-même ; elle parlera de cette inquiétude de mourir avant d'avoir pu demander le pardon de l'homme qui vous avait frappé, et de vos instances pour l'obtenir du roi. Elle vous montrera, rappelant vos forces pour jeter un dernier regard de tendresse sur cette jeune enfant qui venait recevoir votre bénédiction ; elle rappelera ce sourire que vous lui adressiez encore, quand votre voix éteinte ne pouvait plus l'appeler. L'histoire recueillera chacune de vos paroles; mais jamais il ne lui sera donné de peindre un spectacle aussi déchirant.
« C'est la religion qui racontera aussi la mort de monseigneur le duc de Berry comme un des grands et utiles exemples qu'elle donne au monde ! C'est elle qui lui inspira cette résignation sublime qui, comme un trait de lumière, a rempli de foi ceux qui l'entouraient.
«J'ai vu périr bien des hommes, mais la reli- « gion seule peut les transformer en anges, » disait un des chirurgiens qui entouraient le prince 1 . Monseigneur le duc de Berry est sorti de ce monde en donnant à ceux qui le pleuraient, l'espoir si nécessaire et si consolant du bonheur promis à l'âme chrétienne.
M. Dupuytren.
« Les malheureux révèlent chaque jour les dons immenses que versait son inépuisable bienfaisance, et que sa modestie prenait soin de cacher.
« S'il nous était permis de lever le funèbre voile jeté sur cette royale famille, nous verrions un monarque révéré, faisant violence à sa douleur, fermer les yeux d'un neveu dont il avait cherché à adoucir les derniers moments.
« Un père désolé, frappé par la douleur, comme le cœur même de son fils l'avait été par le fer meurtrier.
« Une princesse dont le courage héroïque a lutté constamment contre tous les genres de souffrance, et qui semble être née pour prouver que la plus haute vertu est souvent destinée aux plus rudes épreuves.
« Un frère absorbé par une si profonde affliction, qu'il semblait lui-même prêt à suivre au tombeau l'objet de sa douleur.
« Mais qui pourrait retracer le désespoir de cette épouse éplorée, forte de sa tendresse, tant que ses soins purent alléger le martyre de l'auguste victime ; confondant son existence avec l'objet de ses larmes, et rappelée lentement à la vie par le regret de lui survivre !
1 « Nuit déplorable ! lieu funeste! Que tout divertissement soit à jamais banni de celte enceinte fatale, et qu'une chapelle commémorative devienne, sous la protection de saint Charles, un lieu d'expiation et de douleur [
« Oui, ce sont des doctrines impies qui ont enfanté ce nouveau Séide. Le meurtre pouvait être prévu! il a été commis. Prions la Providence de nous garder long-
temps tout ce qui reste de celte tige précieuse. Cette royale famille ne périra point, un miracle nous l'a rendue, un miracle nous la conservera, et la France peut déjà en concevoir l'espérance! »