‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 51 sur 93 · PORTRAIT DE M. DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE M. DE VILLÈLE

de moyens persuasifs; il prend, dans la discussion privée, un ascendant dont on subit le joug malgré soi. Peu disposé à faire cas des hommes, il néglige de les abattre sans chercher à les gagner; il se livre tout entier à l'affaire du moment, et remet volontiers celle qui ne l'oblige pas à prendre une décision immédiate : — « Tout vient à point à qui sait attendre. » — Cette devise, qui est en effet la sienne, qu'il cite souvent et qui figure dans ses armes, montre assez qu'il ne craint point de laisser pénétrer son caractère et ses moyens. Hardi, presque téméraire lorsqu'il doit prendre une décision sur une affaire, il aime, en général, à attendre l'événement, dont il tire ensuite avec habileté le parti le plus utile et le plus favorable, parce qu'il est vraiment inépuisable en ressources. S'il pense avec vivacité et prudence tout à la fois, il se décide difficilement à agir.

11 n'aime pas à convenir qu'il a pu se tromper ; mais il ne conserve aucune rancune; les hommes ne lui semblent pas en valoir la peine.

Homme très-difficile à connaître, et qu'on a peutêtre trop vanté, sans l'apprécier assez; il a beaucoup de finesse dans l'esprit, et profite souvent, sans en convenir, des conseils qu'on lui donne.

Sensible à la critique, il veut paraître impassible; et il est plus disposé à écouter ses inférieurs que ses

égaux.

Déférant vis-à-vis de l'autorité, il ne savait pas toujours lui résister en face; et peut-être a-t-il pris trop de détours pour arriver à son but, qui était la prospérité du pays.

Ombrageux par caractère, il est capable de préven-

tions même contre ceux qui lui onl donné les marques du plus inébranlable altachement.

II croit peu à la franchise; et, tout en apportant dans les choses importantes une prévoyance qui étonne, il néglige souvent des détails essentiels.

Indifférent aux plaisirs du monde et de la représentation, il trouve dans son intérieur le délassement qu'il préfère, et qui suffit à son cœur et aux distractions de son esprit.

Tel est l'iiomme que j'ai dû faire connaître, et que j'ai aimé sincèrement; je l'aimais parce qu'il était le drapeau des royalistes et l'homme de la monarchie; on m'a cru son séide, alors que je pouvais avoir à m'en plaindre : mon dévouement pour mon pays et pour mon roi l'ont emporté sur tout autre motif.

Malgré l'avantage reconnu d'avoir un président du Conseil, il était difficile, dans le premier moment, d'en nommer un. M. de Villèle ne marchait encore qu'en tremblant. Il eut parut désirable qu'il fût à l'intérieur; mais, M. Iloy ayant quitté les finances, ce poste devenait trop important pour le. donner au premier venu. La place de M. de Corbière était aux sceaux; mais l'embarras de savoir qui l'on mettrait à l'intérieur décida la question en sa faveur. M. de Peyronnet s'était fait connaître avantageusement à la Chambre des pairs, lors de la conspiration de 1819. Il avait montré du caractère et développé un talent élevé; ces considérations déterminèrent à le choisir. Il fallait planter le drapeau blanc au milieu de l'armée française, et à ce titre, l'homme qui parut le plus digne fut le maréchal Victor, duc de Bellune. Le choix qu'il fit d'excel* . lents officiers justifia celui qu'on avait fait de lui.

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