SON ENTRÉE AU MINISTÈRE
M. de Clermont-Tonnerre, quoique assez peu connu, s'était distingué plusieurs fois dans les Chambres. Ses opinions étaient sages. On le croyait protégé par monseigneur le duc d'Angoulême; il fut mis à la marine. On voulait aux affaires étrangères un grand nom aussi bien qu'une grande existence, un homme qui partageât les opinions de ses collègues, et dont les relations politiques, soit à Paris, soit dans les provinces et à l'étranger, pussent ajouter à sa position ministérielle. Ces considérations réunies firent pencher la balance en faveur de M. M. de Montmorency. Louis XVII] avait de fortes préventions contre lui, mais elles avaient été si bien disculées et si bien aplanies longtemps d'avance par madame du Cayla, que le roi entendit ensuite parler facilement de M. de Montmorency pour ministre. Le ministère se trouva donc composé, ainsi qu'il suit, le 14 décembre 1821 :
Finances MM. de Villèle.
Intérieur île Corbière.
Sceaux de I'eyronnet.
Marine de Clermont-Tonnerrc.
Guerre duc de Bellune.
Affaires étrangères Mathieu de Montmorency.
Après avoir fait le portrait de M. de Villèle, tel que je l'ai connu, je ne ferai qu'ébaucher celui de ses collègues.
M. de Corbière a le front chauve, une petite figure, des yeux spirituels, beaucoup de physionomie. Bon homme au fond, brusque, sans manières, mais capable d'affection et même de sensibilité; ne connaissant que peu ou point les usages du monde, il en rit et ne se laisse arrêter par aucune de ses considérations. Fin,
susceptible, méfiant, instruit, original, il a tout l'entêtement d'un Breton. Il n'aime pas la Charte et se fonde en raisons pour cela ; mais il a fait, par son inconséquence dans certains cas, et sa nonchalance dans certains autres, un tort réel à la monarchie.
Les Chambres le gênent et le fatiguent : il ne faisait rien, et ne voulait pas que les autres fissent à sa place ; jaloux de son autorité, fâché de voir M. de Villèle audessus de lui, il acquit d'abord assez de puissance sur l'esprit du roi par son instruction, comme par le ton plaisant avec lequel il raconte, et surtout par une manière toute nouvelle d'interpréter Homère qui intéressait Louis XVIII. Malgré leur amitié, MM. de Villèle et de Corbière étaient quelquefois longtemps sans se voir particulièrement; mais dès que le danger paraissait pouvoir atteindre l'un ou l'autre, ils se ralliaient aussitôt. M. de Villèle gémissait de l'inaction dans laquelle restait son collègue, comme aussi de ses maladresses de conduite. La position entre ces deux hommes était délicate : j'étais quelquefois le confident des deux, et je jugeais par là combien les relations politiques, franches et intimes, sont difficiles à établir. M. de Villèle vantait souvent la supériorité de M. de Corbière au conseil; mais il est difficile de croire, après l'expérience, qu'il mérite le même éloge, comme ministre à portefeuille. M. de Corbière est honnête homme, reconnaissant d'un service, capable de dévouement ; il a porté dans les affaires de l'État une économie toujours louable, sans doute, mais qui eût pu convenir davantage au gouvernement de son ménage de Bretagne, qu'à la largesse nécessaire, prévoyante et réfléchie de la monarchie française. Il fait aussi peu de cas des