‹ Mémoires de M. de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville$h6$iDe la Seconde Restauration à la mort de Louis XVIII, 1815- septembre 1824Chapitre 55 sur 93 · NOUVELLES DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

NOUVELLES DIFFICULTÉS

qu'elle avait laissés derrière elle : entre autres affaires retardées, nombre d'évêques n'étaient pas même reconnus, ni les évêques nommés ; et M. de Corbière que cette affaire regardait particulièrement, restait dans son inaction naturelle. Je fis tant auprès de M. de Villèle qu'il se décida à prendre en main l'affaire en question; et, en un mois, elle fut terminée avec Rome, tant l'habileté qu'il apportait dans les affaires était remarquable.

L'union du roi et de Monsieur était la première pierre de l'édifice, et le but de nos constants efforts. L'appui de Monsieur donnait une grande force en assurant l'avenir. Combien de moyens il fallut mettre en usage avec persévérance ! Que n'imaginions-nous pas pour rapprocher le roi de Monsieur, et réciproquement!

Peu à peu et grâce aux efforts de madame du Cayla, le roi commença à croire queMoNSiEUR lui étaitattaché : son cœur sembla s'ouvrir à un esprit tout nouveau : l'affection de Monsieur et son approbation étaient peutêtre ce qui le flattait davantage. S'il était nécessaire de rapprocher le roi des hommes de Monsieur, il ne l'était pas moins de rapprocher Monsieur des idées du roi : il le fallait pour le roi et l'héritier du trône; il le fallait pour la France. On avait longtemps prêté à Monsieur __ une façon de penser tout opposée , et les factions avaient indignement abusé de cette croyance. Il était donc indispensable d'unir tellement les deux frères, que les deux règnes n'en fissent réellement qu'un; et que l'on pût passer de l'un à l'autre, sans que l'État en éprouvât la moindre secousse; c'est là ce qu'il y avait déplus difficile, et c'est ce.qui est arrivé.

Personne ne pouvait être mis dans le secret Je démarches si importantes ; aussi blâmait-on quelquefois le résultat de combinaisons dont peu de gens pouvaient apprécier la nécessité ; il fallait, pour réussir, se mettre au-dessus de tous les jugements ; mais, pour ne pas être blâmé par l'avenir qui ne juge que le résultat, il fallait réussir. Le roi semblait se charger de notre justification.

Après avoir amené aux affaires M. de Montmorency, nous n'avions qu'un désir, celui de l'y conserver; qu'une pensée, cellede maintenir une parfaite harmonie entre M. de Villèle et lui.

La politique générale avait déjà pris une autre face, et la monarchie commençait à respirer, malgré quelques affaires en arrière; quand il en était ainsi, je le

faisais remarquer à M. de Villèle « — Si vous veniez

à "nous manquer, mon ami, lui disais-je, que ferionsnous? Hâtez-vous donc, et, en même temps, imprimez à vos actes une stabilité que rien ne puisse leur ôter. » Un gouvernement ne peut montrer trop de sagesse et de modération; mais pour qu'il soit fort, il faut qu'il sache se faire respecter, et, pour éviter les secousses, il faut qu'il avance tous les jours. Tandis qu'on m'accusait dans le monde de modérer la marche de M. de Villèle, je faisais tout, au contraire, pour le presser. Un temps assez long s'écoula ainsi, sans qu'il survînt rien de remarquable; mais aussi sans que se ralentissent les efforts toujours dirigés vers la conservation de l'harmonie présente et la sécurité de l'avenir.

Ce fut à peu près vers cette époque que madame du Cayla devint, malgré elle, propriétaire de Sainl-Ouen. Plusieurs personnes, qui savaient tout ce qu'elle avait

Page 1