VI
fixité; et pour cela, montrez-vous unis. Il n'y a que les gens unis qui soient forts : les divisions intestines ont toujours fait la joie de nos ennemis : ils savent bien qu'avec nous, ils n'ont que ce moyen de succès.
«Un changement de cabinet tel que celui qu'on nous prépare, nous rejetterait dans toutes les incertitudes de l'intrigue. Celui qui peut tout aujourd'hui, n'y sera peut-être plus demain, et cela parce qu'il ne sait pas vouloir !
« Jugeant la position actuelle, je le répète, je suis effrayé, parce que vous paraissez décidé à n'y porter aucun remède; je ne veux, aux yeux de personne, partager plus longtemps la responsabilité d'un mal que je regarde comme inévitable, si vous ne changez pas de roule.
« Qu'a-t-on fondé? Qu'a-t-on établi? Qu'a-t-on réparé? Que tient-on?
« Quelque chose que l'on ait pu dire et faire, vous n'avez jamais voulu consentir seulement à vous emparer des journaux, arme si importante pour diriger l'esprit public, et l'empêcher de s' égarer... Et vous ne craignez pas de me parler de mes torts, lorsque je ne vous fais pas un seul reproche personnel, lorsque tous mes amis sont les vôtres, et que tous vos ennemis sont les miens.
« 11 vous reste encore un grand appui dans l'opinion ; mais si vous ne vous hâtez d'en faire usage, en enchaînant tous les esprits, et en frappant toutes les imaginations, bientôt il ne sera plus temps. Dieu veuille que je me trompe! Je ne parle point des services que vous avez rendus; sans doute ils sont grands, mais il s'agit de ne pas en perdre le fruit!
« Vous en avez appelé à ma justice, et je vous ai répondu avec ma conscience.
« Adieu, vous me retrouverez dans la mêlée en ami
généreux. »
Celte lettre écrite et envoyée, je restai près de quinze jours sans voir M. de Villèlc ; mes observations, je le présume, firent quelque effet sur son esprit, car il marcha depuis dans le sens que je lui indiquais; el le premier il rompit la glace qui s'était formée entre nous, par ce petit mot que je transcris ici :