SEPTEMBRE ET OCTOBRE A RAFFIGNY
Je dis que le public et la majorité de la Chambre tenaient pour qu'il y eût un Président du Conseil ; que le Roi y avait résisté , et que rien ne prouvait qu'il fst décidé à céder sur ce point.
11 y avait aussi deux ministres dont la miyorité ne voulait plus y et dont je demandai le renvoi; notamment Sébastiani. L'autre étant présent j je ne pus le nommer en foce ; mais je le dis tout bas au baron Louis et à M. de Rigny : — et notez bien qu'en tout cela, je ne fus contredit par personne.
Je ne sais si ceux qui se chargèrent de rendre compte an Roi de cette séance le firent d'une manière exacte et bien complète : je crois plutôt qu'on affaiblit beaucoup ce qu'on savait devoir lui déplaire , et qu'on adoucit singulièrement la portée de nos pourparlers (j'ai toujours été dupe de ces sortes de référés). Ce qu'on fit surtout entendre est ceci : Dtyidn accepterez.
Mais qu'arriva-t-il? Quand je vis le Roi le lendemain, au premier mot que je lui dis du renvoi des deux ministres , sans même aborder les autres questions,
il demanda à réfléchir. — « Eh bien, lui dis^e. Sire, cela se trouve à merveille : car j'avais aussi demandé à ces Messieurs d'aller passer quinze jours à Raffignj pour mettre ordre à mes affaires. Pendant ce temps-là, tout le monde réfléchira. »
Je partis en effet
Septembre et octobre à Raffigmj.
Echappé encore une fois de Paris , je me proposais bien de ne plus y retourner qu'à bon escient et de ne plus me laisser circonvenir avec autant de facilité.
Je jouissais de mes vacances. Je fus visité par un
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grand nombre d^amis y auxquels se mêlaient bien aussi quelques solliciteurs, mais que j ^écartais en alléguant , ce qui était vrai , mon peu de crédit.
Le comte de Montlosier fut du nombre de mes hôtes. J'avais été visiter sa thébaïde de Randan : il vint visiter ma sauvagerie morvandelle.
Il m'avait dédié un de ses rochers : je lui consacrai Fun des miens par une inscription qui rappelait sa visite, et à qui je donnai pour date celle de Véquinoxe d'automne.
Le comte de Montlosier était enchanté de son séjour à Ralfigny. Quoique ma femme fût restée à Nogent, les réceptions allaient leur train : il y avait, comme on dit, table ouverte. Ce va-et-vient plaisait au noble comte; et comme il mettait toujours dans ses discours, même au travers des idées modernes, un peu d'emphase féodale, il appelait cela tenir les Etats du Nivernais!
J'avais eu tout le temps de réfléchir sur les combinaisons ministérielles, et sur ce qu'il convenait d'y apporter de prudence et de fermeté , lorsque le 24 septembre je vis arriver MM. Ganneron et Persil, venant, disaient-ils, au nom de mes amis pour m'engager à retourner bien vile à Paris ; que sans cela, les doctrinaires allaient s'emparer du pouvoir I qu'ils s'étaient rapprochés de Sébastiani, à qui le Roi venait de rendre la signature de son ministère; qu'ils ne faisaient au Roi aucune condition , si ce n'est d'accepter leurs services et ceux de leurs amis I
Je répondis aux deux Envoyés que peu m'importait le succès d'une telle combinaison : que mon unique soin était de me garer d'une affiliation où je ne trouverais pas la garantie de mes principes et de mes opinions ; que j'avais dit en partant mes conditions;