‹ Mémoires de M. DupinChapitre 104 sur 113 · GRISE MINISTÉRIELLE · texte numérisé non relu

GRISE MINISTÉRIELLE

je crois, mon importance ) , j'avais consenti à y entrer en faisant violence à tous mes goûts ; mais à des conditions quMl m'était impossible d'expliquer en face des gens , et qui motivèrent de ma part l'insistance péremptoire que je mis à réclamer un délai de quinzaine pour fair« encore un voyage dans ma Nièvre. Je dis à l'oreille de M. de Rigny (et il en convint avec moi) qu'il fallait que le général Sébastiani se retirât; que sa présence aux affaires rendrait la majorité impossible. Montalivet étant là , je ne pus pas lui dire , et vous aussi, mon cher Comte,

C'est au Roi que je devais le dire, et je le dis effectivement à Sa Majesté le lendemain matin. MM. de Rigny et Barthe, que j'avais vus auparavant, étaient de cet avis. Barthe m'assura même que c'était aussi le vôtre et celui du baron Louis. Je dis donc au Roi en développant ma pensée, que j'étais sans animosité contre les personnes , mais que ne pouvant pas faire ses affaires ni celles du pays sans la majorité, je ne croyais pas, d'après le langage de la Presse et les dispositions de mes amis, pouvoir compter sur cette majorité, si le Roi ne consentait à se séparer de MM. Sébas* tiani et Montalivet, et à ies remplacer par des hommes plus agréables à Ja Chambre. Le Roi voulut y réfléchir, et je le conçois. Mais j'ajoutai que je voulais faire un voyage de quinze jours, pendant lequel tout le monde réfléchirait.

Le Roi y consentit et je partis.

Depuis mon départ, bien loin de reconnaître que mon conseil était bon, il a d'abord été question de garder les deux ministres dont je demandais l'exclusion , et de remplacer au contraire plusieurs des spécialités si honorables avec lesquelles je croyais que les affaires pouvaient très-bien marcher. On a essayé de tout , à mon exclusion (ce dont je suis bien loin de me plaindre); mais enfin en opposition à mes conseils et à mes idées, ce qui ne peut pas m' être indifférent.

La Presse, les colloques, les pourparlers, les correspondances, quelques intrigues peut-être, ont mis mon nom, ma personne et mes opinions en conflit avec plusieurs hommes politiques dont la nuance peut n'être pas la mienne, mais qui n'eussent pas été contre moi, si l'on ne m'eût pas mis en jeu vis-à-vis d*eux comme opposé à leur avènement , et que je trouverais aujourd'hui trèsmal disposés en ma faveur.

Je m'abstiens donc : aimant beaucoup mieux réserver ce que

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je puis avoir d*influence pure du reproche banal d* ambition (car on en accuse tous ceux qui ont le dévouement d'entrer au pouvoir), je ne dis pas pour défendre et justifier tout ce qui a été fait , ni surtout la manière dont on a fait certaines choses , mais pour défendre le pouvoir en lui-même, la prérogative en tout ce qui lui appartient, et pour combattre, comme je Tai fait jusqu'ici , et comme je le ferai constamment, toutes les tentatives qu'on voudrait faire pour introduire le désordre et l'anarchie dans notre gouvernement.

J'ai déjà vu le Roi , deux ou trois fois fort mécontent de mon refus d'entrer au ministère, reconnaître plus tard que j'avais eu raison. J'espère qu'il méjugera cette fois avec la même indulgence. Dans tous les cas, comme je suis doué de patience et fort de mes bonnes intentions , j'attendrai l'ouverture des Chambres pour lui prouver qu'il n'a pas de serviteur plus fidèle, et j'ose le dire, d'ami plus sincère et plus dévoué que moi : mais dévoué dans l'ordre de mes convictions ; je ne vaux quelque chose que par là.

Je crois la convocation des Chambres urgente : j'ose en donner le conseil.

Il me reste, monsieur le Maréchal, à vous assurer qu'il m'est trèspénible de ne pouvoir accéder à l'honorable invitation que vous me faites de me rendre à Paris. Je vous prie surtout de ne pas compter an nombre de vos adversaires un homme qui fait profession pour vous de la plus haute considération et d'un respectueux attachement. — Signé Dupin.

M. le chef de bataillon Naudet , votre aide de camp, a été retardé par le détour qu'on lui a fait faire en lui indiquant la route par Mevers. Arrivé aujourd'hui à 5 heures, il est reparti à 7; il n'est resté que deux heures.

Ministère du 11 octobre.

Peu de jours après, le ministère du 11 octobre fut constitué de la manière suivante, sous la Présidence du maréchal Soult, duc de Dalmatie :

Guerre y Soûl t.

Affaires étrangères^ duc de Broglie.

Intérieur, Thiers.

4S4 MJUISTÉJIE DU di OGT0Bll£*

Fittâmces^ Hmaana.

Marine , *de Rigny.

iwstice, Barthe.

Instruction puVRquej Guizot.

Commerce et travaux publics, d'Argout.

CertalneoieDl ce ministère était très-hoDorablement omnposé : les illustrations et les aptitudes -s'y trcHuraîenft réunies; et, en applaudissant pour mon compte à )a fin de cette longue crise, je me félicîtaîs seulement d'avoir échappé , comme à un péril, au genre de fonctions que j'avais toujours le plus redouté, et pour lequel au fond je ne me suis jamais senti de dispo^ sitions ^

Ma famille m'en félicita comme d'xine délivrance 1

Mon père le premier I a Dieu soit louéî tu viens, mon ami, de me décharger le cœur et la tête de mortelles inquiétudes, en refusant enfin péremptoirement le ministère »

Ma femme ensuite, ma femme surtout, qni avait tant appréhendé que je ne me laissasse engager imprudemment. Ses lettres , pendant toute cette crise , sont marquées au coin du bon sens , d'un sens vraiment politique, avec une grande vigilance àm'informer de tout ce qui pouvait influer sur mes déterminations et les éclairer. Certes je ne veux point la mêler à des débats ou elle n'entrait accidentellement que par aficction conjugale. Mais je puis sans indiscrétion attester le bon esprit, la prudence, l'absence de toute ambition qui dirigaient ses observations : et il m'est bien permis de louer une femme modeste, qui, au lieu de souhaiter,

* On trouvera dans les Annexes deux lettres de M. Humann et deux autres de F amiral de Rigny, qui servent de complément à cette longue série de pourparlers et de négociations.

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