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laques contre les doctrinaires^ qui se renouvelèrent après la mort de Casimir Périer, les défend d'abord d'une manière générale : tt Que de mal, dit-il (dsmt son numéro du 8 oct. J832), on fait avec les mots ! A combien de gens obscurs , de bourgeois fort peu aristocrates assurément, la dénomination d'ari^^ooTi^e^ n'a-t-elle pas été fatale dans les fureurs de notre première révolution ? Etle nom de fédéralistes, que de victimes n'a-t-il pas faîtes?... Le ravage dès mois est affreux... »
Dans son numéro du II octobre, le même jonmal se demandé : tt Quelle est donc Torigine et la cause de tant de fureur?' car, après tout, ceux qu'on appelle doctrinaires ne sont pas plus coupables, au fond, que le surplus de la majorité de là Gfaambrr dont ils font partie. La cause, n'en cherchez pas d'autre que la supériorité même dé leur mérite. Cëst là le crime impardonnable! Voilà ce qui soulève mille petites médiocrités envieuses. Il y a là beaucoup plus de rivalités de tribune, de jalousies littéraires, que de passions politiques. On se venge de leurs talents par Tinjure; on leur en veut mortellement des succès c[a\h ont et des succès qu'on n'a pas. L'attention du public pour eux et son indifférence pour d'autres, c'est ce qui blesse jusqu'au fond du cœur. Croyezvous qu^on pardonne davantage à M. Dupin sa vive et entraînante éloquence? Non, non. Souvenez-vous des intrigues de Tannée^ dernière, lorsqu'on parlait de M. Dupin pour la présidence de la Chambre. »
M. de Sainte-Beuve, dans le Moniteur du 24 janvier 18S3; a aussi essayé de caractériser les doctrinaires en parlant de M. Necker, qu'il regarde un peu comme leur auteur et leur point de' départ. Après de justes éloges adoucis par quelques critiques , il reproche à cet adorateur des droits de Yhumanité considérée en elle-même, « de ne point accorder toujours aux individus avec qui il était en rapport le juste degré d'estime qui pouvait leur appartenir. Ce défaut de M. Necker, ajjoute-t-ilv eçt dernnu après Itti lei défaut le fdus. apparent d'hommes de beaucoup de mérite, mais qui employaient trop souvent leur amour-propre à blesser celui d'autruL nMi de Sainte-Beuve appelle cela « une inadver?» tifflce de r amour-propre de ces rares intelligences^ » et il achève.* de les peindre en disant: u Ils jugeaient l'humanité d'après eux^ mônœs, et ilt la mettaient très-haut; ils jugeaient des. autres ia^ ^Kvidus d'après eux aussi^.et sitût qu'ils ne les trouvaient poiut.à. le«r m«»ure et jetés dans le même moule, ils les jugeaient trèsr inférieurs et tout à fait petits. »
En littératw^ : Nul n'aura de IWprit hors ntus et nés i
it^NBXBS. 511
Sm jimktique: Même esprit étroit de préfi^enoe et d'affiliation.
Cest surtout cette dispoutba à aer prôner^ àsepo«ififer etUve eux, à dénigrer et repousser tout oe qui n* était paa de leur oote^ ne, qii\>ii)lenra leplus reproehée : ce^ qui, du reate^ n'ôte^ rien au^tKb»- grand mérite individudi* de ces rares intelligences, couime dit trèa-faien<Mi de'Saniie^BèBYe;
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Ai'ticre dû Journal des I>ébats c^ 8 septembre 19^,
fc Nos le^^enrs recevront aujourd'hui, avec le journal, Fécrit.de Ml Dnpin^ que noua avons promis hier de leur faire connaitre.
V Attaqué depuis un mois avec une violente sans, exemple /par quelques écrivains périodiques^ M. Dupin aîné se présente à front découvert devant. ses adversaires,, et leur offre le défi. Sa réponse étaît trop facile; peutrétre, par cette raison, était elle superflue.
» Quel besoin avait de se justifier Thomme qui^ depuis le conu» mmicementde sa carrière, n*a jamais manqué à la défense d'un s^l opprimé, au patronage d'aucune liberté; chez qui la première de tm^s nos libertés, celle de la presse, et surtout de la presse périodique, a. trouvé constamment un athlète puissant et coura-» genXf toujours prêt, au premier signal, à s'élancer dans l'arèno poory soutenir la cause des intérêts communs et particuliers, atta** elle» à la cause de la. libre publicité de la pensée?
» Il y a,, nous ne craignons pas de le dire, injustice révoltante ef horrible ingratitude de la part des écrivains périodiques, àdéefairer l'homme qui, pendant sei«e ans, de toute la force d'un ta«* Ifflit, que certes ils ne contesteront pas, a contribué à les défendre, eux ou leuTO coopérateurs, ou leurs devanciers, contre les. atteintes d^un pouvoir oppresseur et tyrannique. Y aurait-il sur certains points UB dissentiment d'opinion entre eux et M. Dupin, la reconnftieeaBee et l'équité de vivaient leur pi^scrire, sinon un silence qui irait contre leur dHHt, du^ moins ces naénagements que l'on. se doit entre hommes d'honneur, et que desicontradii&teurs généreux se feraient gloire d'employer envers ua antagoniste aussi célèbre et anasi bien méritant que M. D^pin.
» Quant à nous, nous n'avons point oublié le zèle avec lequel, lorsque nous fûmes attaqués à l'occasion d'une prophétie si promptement réalisée, M. Dupin s'arradta aux plus douces affections de la famille, pour accourir à notre secours. Nous n'avons pas oublié davantage le noble désintéressement qui suivit cet acte de dévoue-
^ Cett la riporue aux calomnies.
ment à une cause qu^il voulut bien regarécr comme celle de la patrie. Mais la reconnaissance n^est pas le setl motif qui nous identifie aujourd'hui avec M. Dupin.
» Depuis que Fâge a ouvert à M. Dupin Faceës de la tribune politique^ Tîntérélqui s'attache à tous ses discours nous a accoutumés à les étudier; et partout et dans chaque circonstance importante, nous avons appris à estimer en lui Fhomme d'État, comme à admirer F habile orateur. Nous F avons vu se tenir ferme sur la ligne de la sagesse et de l'énergie^ ennemi intrépide du despotisme patent comme de V absolutisme caché sous le voile de la super sti-tion et de V hypocrisie, doué de cet instinct de conservation qui veille à la solidité de V édifice y enfin ami de la seule liberté que nous concevions, celle qui est fondée sur l'ordre et sur la soumission aux lois,
» De là , nous Favouons franchement, plus encore que du souvenir des services qu'il nous a rendus, notre pleine et entière sympathie avec M. Dupin. Nous sommes beureux et fiers que ses principes soient les nôtres. — Mais ce qui rend à nos yeux la con« duite de M. Dupin le plus honorable , c'est une force de caractère qui lui inspire le dédain de cette faveur populaire , trop souvent achetée par le sacrifice des vrais intérêts du peuple. Le peuple! M. Dupin le sert sans le flatter, lui ni ceux qui se prétendent ses organes; fort de sa conscience, de ses lumières, de la rectitude de ses intentions^ il marche à son but, sans s'inquiéter des obstacles que des préventions injustes ou des vues personnelles lui opposent; c'est l'homme de bien, habile à manier la parole, vir pro^ bus y dicendi peritus ; c'est le contempteur des applaudissements de la foule , contemptor popularis aurœ. Il voit le bien , il veut le faire, il le fera; nous renvoyons ses amis et ses ennemis à F excellent discours qu'il a improvisé hier à la tribune nationale.
» Déjà les acclamations de la chambre élective, confirmées depuis longtemps par celles de la France et par la presque unanimité des suffrages électoraux de son département, ont répondu aux cris de ses détracteurs. Attendons quelques jours : le tour de la justice arrivera, et les écrivains réunis contre tant de talent et de probité regretteront de s'être précipités dans une coalition cruellement hostile, qui n*a pas même de prétexte. »
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L'amiral de Mackau {décembre 1830).
Les menaces et les attaques dont j'avais été Fobjet , provoquées d'ailleurs et surexcitées par les caricatures, les pamphlets et les affi-
ches anarchiqucs, n^étaient ignorées de personne. Mes collègues dans la Chambre eu étaient parfaitement informés, et plusieurs y trouvaient un motif pour me marquer encore plus d'estime et d'amitié.
Cette situation les effrayait; et dans un moment fort critique, en décembre 1830, quand la retraite de Lafayette quittant, devant la loi, le commandement de la garde nationale, exaspérait au plus haut point le parti de Thôtel de ville, et où Ton craignait de nouvelles émeutes et de nouveaux excès, Tamiral de Mackau m'écrivit la lettre suivante :
u Je vous adresse, mon cher collègue, un journal qui pourrait peut-être vous échapper, et qui contient la révélation de ce que vous nous avez annoncé il y a quelques jours. Si j'osais exprimer un avis en matière aussi grave, je dirais qu'il ne faut pas pousser les choses à l'extrême entre le ministère et noifs, et pourtant obtenir/>05f7/t;émen^ qu'il soit fait justice de ces jeunes gens coupables et dangereux : méditez d'ici à lundi le parti que vous voudrez nous proposer; lundi doit être un jour décisif pour le gouvernement, la Chambre et par conséquent pour la France.
X) Gardez la carte que j'ai été porter à votre porte ces jours derniers quand des dangers vous entouraient, et puisqu'ils se représentent, permettez-moi de vous dire qu'elle a pour but de vous indiquer que vous trouverez tous les jours, à toute heure, un appartement disposé pour vous chez moi, et madame de Mackau et moi très-heureux de recevoir un des hommes qui honorent le pins cette époque, si des périls pouvaient exister pour lui. — Mille assurances d'une haute considération.
n 25 décembre 1830. — Baron de Mackau. »
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. Sur le discours du 30 septembre 1830. — Lithographie.
Dans ce discours j'avais dit au sujet de la reconstitution de l'ar* mée : a Plus de garde privilégiée; plus de Suisses! Aujourd'hui , tout soldat français peut dire : Je suis de la garde du Roi. »
Ces paroles avaient été vivement accueillies; et le jeune duc d'Orléans, qui assistait à la séance, en avait été si frappé que, quelques jours après, il me présenta un dessin de sa main, parfaitement exécuté, qui représentait trois soldats de différentes armes, s' entretenant entre eux sur les paroles que j'avais prononcées, et dont l'un en expliquait aux autres toute la portée. — Ce dessin fut ensuite lithographie, avec l'extrait du discours au bas. II. 33
514 ÂNfiTEITEaL
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Tyi^ de sdlkiùitkm eu IS^a
Moli^ère faisait dire à un solliciteur : u MonsÎ6ur,|e suis bâtard de votre apothicaire. » Oa ne saurait se cecommander de plus loin. — Voici une lettre d^un pharmacien qui, en juillet 1830, m'avait écrit pour me demander de lui procurer un emploi quelconque , et cela nHmporùe où, pourvu qu'il rapportât de 2 à 3,000 francs. Ainsi ^ il me laissait le choix de Temploi, et le soin de chercher pour lui. -— J'avais négligé de lui répondre, et quinze jours après je reçus de lui une seconde lettre ainsi conçue : « Monsieur le député, vous ne trouverez point mauvais que votre serviteur rappelle à votre agréable mémoire la lettre quMl a eue l'honneur de vous adresser le 21 juillet dernier. — J'en attends toute la satisfaction de vos inépuisables démarches. Recevez , Monsieur le député, etc. G***, pharmacien à ***. »
Quand on écrit ainsi, n'est-il pas évident qu'on est propre à remplir toute espèce d'emploi?
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Sociétéi popitUaires^ — Formation det clubs.
« Mais de toutes les sociétés populaires la plus active, sans contredit^ et la plus importante était celle des AmU du peuple.., » {Louis Manc , t M, p. 317.)
F. 3^. — « La loge ées Amis de la vérité, embarrassée de ses formes mystiques, alla bientôt se fondre dans la société des Amis du peuple, société hardie, bruyante, que composaient tous ces héroïques jeunes gens qui avaient guidé, en juillet, les coups du peuple, et à laquelle il fut donné défaire revivre un instant les traditions du club des jacobins. »
( L. Blanc raconte comment cette société fut dissoute par un monvemAut speniABàde la garde nationale dadis le quairtkr Montmartre.)— Puis il ajoute, page 329 : « 11 y aviiit longtemps cpa la société das Anm du peuple n'esistait plus comme assemblée put^ bliqtie, lûrsi|ue Casimir Périer monta an pouvoir; mak elle était loin d'avoir perdu son influence. Nous avons dit, dans ua précédent chapitre, qu'elle avait armé à aes frais un bataiUoii, et ïmëià envoyé au seoours de la Belgique »
P. 329. — » Fidèlement secondée par l'intelligence de M. Féics Avril, son secrétaire, et membre du comité, la société des Amis dtê peuple entretenait avec les départements des relations assidues y;
ralKait les combfttttnts épars, soutenait les eonfietîoiM dianee* laDte«, et tenait sans cesse le ^owsememenî en éehte par aite série de irives puhlieatîoits. »
Cest ce^e société qoi importunait le quartier MontDMtrtre et que k ^rde natîoiiale fit fermer il'offîee dans la soirée du 25 septm- We 1830. — Les détaiU de cette expulsion sont raconlés dans le» josrmiux du 2^, mais particu-ltèrement dans le Jowmal des Dé^ tt^s et le Courrier français, — C'eat aussi cette même société d^!^ le» ^fs y désignés par un témoin sous le titre aristocralîqtte de Messieurs de la populace, appuyaient le rassemblenEtent dirigé Im 14 féfrîer contre Tbôtel que j'habitais rue Coq*Hérmi.
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Extrait du Joucnal des Débats du 15 octobre 1830.
tt On écrit de Ctamecy, 12 octobre :
» La ville de Gamecy, ayant appris que M. Du pin afné devak venir passer quelques jours au sein de sa famille, s'est hâtée de lui préparer une réception qui, pour être improvisée, n'en est devenue qu'une manifestation plus évidente de foptnion pubKque em faveur de Fhonorabfe député. A la fîmite du département, à deux Henes de la ville, les gardes nationales des communes (k Pousseaux et de Surgy F attendaient avec le drapeau tricolore ^ et les nouveaux officiers municipaux en tête. Ces détachements l'ont escorté jusqu'au chef-lien d^arrondissement. En avant de la tîîte de Clamecy, la garde nationale, nombreuse et bien tenue, Fattendait. H a été conduit par le corps d'ofTiciers en face du drapeau donné par le Roi ; là, il a reçu les félicitations présentées par M. le com^ mandant en chef, auquel il a répondu par un discours renpfi des sentiments les plus patriotiques et les plus affectueux, qui ont été couverts par les cris mille fois répétés de : Vive le roi Louis-Fài' Hppe ! vite te député de la Nièvre f
n Le cortège s'est mis en marche avec les détachements des gardes nationales voisines, placées au centre. On s'est arrêté sur b pont dTonne, en face du monument de Jean Rouvet, qui a été salué par le drapeau, et Ton s'est rendu à la maison commune, où le nouveau maire, assisté du nouveau conseil municipal, a complimenté M. Dupin. On remarquait dans ce groupe, composé de Petite des citoyens , M. Bègne de Faye, ancien député de la Nièvre et candidat pour les prochaînes élections. M. Dupin, s' étant placé entre son troisième frère et son jeune neveu, auquel il donnait la main, on l'a conduit au domicile de son vieux père, qui l'a ac-
caeilli avec afïecUoD , et loi a adressé les conseils de la sagesse et de TexpérieDce. Dans la soirée, le corps des officiers, les avocats, les avoués sont venus féliciter M. Dupin aîné. Tous , dans leurs discours, ont exprimé leur approbation de sa conduite parlementaire, et ont tnanifetté leur indignation contre les calomnies dont U a été l'objet , et dont tous les électeurs se disposent à le venger aox prochaines élections. La ville entière a pris part à cette réception; tous les flotteurs ont quitté les bords de la rivière, et se sont joints au cortège : le plus beau temps a favorisé celle fête de famille. L'union la plus parfaite règne dans tout le pays. »
Le même journal rend ainsi compte de Félection dans son numéro du 25 : tt Ce qu'il était facile de prévoir s*est réalisé. M. Dupin vient d'être nommé député du second arrondissement de la Nièvre. Ce que nous n'aurions pas osé présager, c'est la manière dont la nomination s'est faite. Il y avait 206 votants; le nouveau député eu a réuni 203, l'unanimité, moins trois suffrages, desquels il faut encore défa^uer le bulletiu de M. Dupin ^
i> Au mois de juin dernier, le nombre des électeurs était de 211, et M. Dupin n'obtint alors que 160 suffrages. Il faut le dire, parce que c'est une vérité qui a été proclamée à haute voix dans le collège : ce qui a valu cette fois à M. Dupin des suffrages qui lui avaient été refusés à la dernière élection, ce sont, moins les nouvelles preuves de talent qu'il a données dans les circonstances récentes, que la conviction générale de la haine qui l'anime contre l'anarchie, et la certitude qu'il portera dans les conseils du Roi et à la tribune un esprit de résistance aux mesures de désordres et à la révolte, le véritable danger du moment, ou plutôt de tous les moments.
» L'esprit public est excellent; la garde nationale, par la beauté de sa tenue et par ses bonnes dispositions, rivalise dans une petite ville avec celle de Paris. Elle reconduit en ce moment M. Dupin à son logement, et fait retentir les rues de : Vive le Roi! vivent les lois ! vive le défenseur courageux des lois et de la tranquillité publique !
n M. Dupin a été admirablement servi par ses détracteurs. Le désir de le venger d'eux est entré pour beaucoup dans les vu£S de ceux qui l'ont nommé, »
1 Dtni chaque élection mon bnlletin portait toujoart le nom de M. Royer- Collard ; et, chaqne foif , les électeurs souriaient en disant : Voilà le bulletin de M. Dopin.
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Lettres du Palais-Royal pendant mon séjour à Cosne,
Palaîs-Royal , ce 20 octobre 1830. — Monsieur, le Roi a reçu de vos nouvelles avec plaisir et me charge de vous Fécrire. Sa Majesté pense que vous aurez déjà pris dans les journaux une idée juste du faux mouvement populaire qui vient de finir. Les attroupements sont venus échouer contre le Palais-Royal; la tranquillité est déjà parfaitement rétablie; le zèle de la garde nationale a été admirable, et cet instinct du danger commun, qui ne manque jamais son effet dans Paris à la vue de toute démonstration anarchique, a rallié spontanément le vrai peuple. Si de nouvelles agitations sont encore essayées plus tard et sous de nouveaux prétextes, Tissue de cette première tentative doit du moins ôter aux meneurs la confiance qu'ils avaient mise dans les moyens populaires, et par contre, doit nous en donner beaucoup dans nos moyens d'ordre public. — Vous pensez bien , Monsieur, que pendant ces troubles , le Conseil a eu des réunions plus fréquentes encore que de coutume. Le Roi né pouvait donner à personne mission de vous mettre au courant de ce qui s'est passé; il veut cependant que vous soyez prévenu que le moment où les Chambres doivent reprendre leurs séances est plus rapproché qu'on ne l'avait fixé d'abord. Dans le Conseil d'hier au soir il a été expressément convenu que la Chambre se réunira (non plus le 10 novembre) mais le mercredi 3 novembre, et Sa Majesté désire beaucoup que vous soyez de retour au plus tard pour cette époque. Je dois ajouter, Monsieur, que cette dernière partie de ma lettre contient ce qu'avait de plus précis l'instruction que Sa Majesté a daigné me donner en me chargeant de vous écrire de sa part. — Permettez-moi, Monsieur, de me féliciter de cette occasion de vous renouveler l'assurance des sentiments d'estime et de haute considération que je vous ai voués. — Le baron Fain.
Lettre du Roi — Ce samedi à cinq heures du soir. 23 octobre 1830. — Je voulais toujours vous remercier de vos deux lettres, et n'en trouvant pas le temps, je vous ai fait écrire par M. Fain« Aujourd'hui je saisis un moment pour vous dire que je suis de nouveau dans cette anxiété cruelle où vous m'avez vu , car mms sommes en crise ministérielle, et déjà nous sommes convenus que les arrangements seraient terminés avant la fin du mois. Quel qu'en soit le résultat pour ce qui vous concerne, vous êtes bien sûr que cela ne changera rien ni à ma confiance ni à mon amitié
pour vous. Il n^y a rien de fait encore, c^est comme Tautre fois, et je ne peux vous en dire davftntsge, si ce n'est que j*ai bien goûté le conseil que vous m'avez donné, et que je suis tant que je peur.
LeUre eu Roi — Notre crise continuant, je désire que vous m^arriviez le plus tôt possible, car j*ai grand besoin de causer avec vous, de vous entendre et d'avoir votre opinion. Venez donc toute affaire cessante et au plus vite. Ce lundi 25 octobre 1830, & quatre heures du ioir. — On veut se séparer avant la réunion de la Chambre!..^
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Réfugiés italiens. — Expédition par eux préparée à Lyon pour faire une invasion en Savoie. — Commandant de garde nationale qui leur offre , à Marseille, de mettre deux bataillons à leur disposition : — et tout cela sans Taveu du gouvernement, qui fait courir après eux , et les force à se disperser.
Louis Rlanc , tome II, page 315. — « Dans les derniers jours de février (1831), un grand nombre de réfugiés Italiens s'étaient réunis à Lyon. Une expédition en Savoie fut concertée entre eux, et activement préparée. Les uns devaient marcher sur Grenoble, où les attendaient avec impatience des patriotes français. Les autres devaient se rassembler à Tenay et pénétrer dans la Maurienne. L'accueil qu'ils avaient reçu à Lyon avait singulièrement exalté leurs espérances. De toutes parts leur venaient des marques de sympathie et des excitations puissantes. Des compagnies de volontaires se formaient pour les escorter. Le préfet de Lyon luimême, M. Paulze d'Yvoi, leur prêtait une noble assistance, croyant répondre en cela aux vues du gouvernement. Une dépêche ministérielle ne tarda pas à le détromper. On lui enjoignait de dissoudre les rassemblements d'Italiens , d'empêcher leur départ, de faire, en un mot, avorter leur projet. M. Paulze d'Yvoi fut saisi de surprise et de douleur. Opposer une résistance brutale A l'accomplissement de desseins qu'il avait approuvés sans détour, persécuter des proscrits q«'il avait eneoaragés, il ne put s'y résoudre , et il partit précipitamment pour une tournée administrative, laissant à ^ti conseiller de préfecture le triste honneur «Tune nrissioii dont sa générosité ne voulait pas. Cependant les «ympathîes de la population lyonnaise pour tes exilés devenaient de plus en plus rives dans leurs manifestations. On les pressait^ partir^ de partir en masse; et un jcoora^i^x c^»yen , M. Baone, ^^froH de mettre à lewr disposition devx bt^mlions de U fordt
mriiotmle. Ils ne cmvent pas devoir profiter de ces offres. Leurs riw&, qui correspondaient à Paris aivec plusieurs persoiHies considérables^ et notamment avec la princesse Belgrajoso^ parurent craindre de se bâter et de donner trop d^éclat à leur tentative. Peut-être avaient > ils peur, en acceptant une coopération trop bruyante, de mécontenter le gouvernement, dont, après tant de priMDesses indirectes , il leur était malaisé de suspecter la bonne loi. Les réfugiés hésitèrent donc, et ne sortirent endn de Lyon que par petites bandes. Un lieu de réunion avait été fixé d'avanw. Mais au moment où quelques-uns d^entre eux allaient toucbM* la frontière, entre Maximieux et le pont de Gbazet, ils entendirent retentir derrière eux des pas de chevaux. Bientôt parurent des dragons et des gendarmes, envoyés à leur poursuite, et commandés par M. Carrelet, loyal ofBcier, qui n'épargna rien pour ado»ôr la rigueur de sa mission. Résister était impossible : les malheureux réfugiés rentrèrent à Lyon le désespoir dans Tâme. d
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Emeuttt lors du procès des Ministres, aux abords du Luxembourg, — (21 décembre 18^.)
Un passage de Louis Blanc, tome II, page 205, suffit pour caractériser ces émeutes, et révéler les projets de leurs auteurs.
«... La foule, s* avançant en colonnes serrées, cherche à se faire jour an travers des bataillons qui environnent le palais. — La garde nationale tient ferme, et les baïonnettes sont croisées. Le peuple irrité crie de toutes parts : Mort aux ministres! s'enivre de ses propres clameurs, et ne voit plus dans ces soldats citoyens qu'on lui oppose qu'une garde prétorienne. Eux-mêmes, pour la plupart, ils sont en proie aux sentiments les plus divers. La pro^ tection accordée aux accusés les exaspère; la crainte du pillage les possède. Un rassemblement d'hommes armés de gourdins s'est formé sur la place du Panthéon. M. François Arago accourt à la tête d'une compagnie. Il veut haranguer la foule, mais elle ne lui répond que par ces cris : Au Luxembourg! au Luxembourg! Mort aux ministres! M. Arago cherche à calmer les plus ardents. « Nous sommes de la même opinion, • leur dit-iL — o Ceux-là^ cme n une voix, ne sont pas de la même opinion dont V habit n'est pas nde la mime étoffe, » La querelle s'échauffe; M. Arago reçoit on coup violent dans ta poitrine , et ne parvient qu'à force d'énergie et de patience à contenir les groupes de plus en plus menaçants. Sur un autre point, le général Lafayette se présenk plein de confiance dans l'autorité de son nom. 11 engage ks groupes à se
dissiper; c^est en vain. << Je ne reconnais pas ici, dit-il, les corn- » battants de Juillet. — Je le crois bien, lui répond un homme » du peuple, vous n'éliez pas parmi eux* »
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En parlant des remercîments proposés par M. LafIBtte à la garde nationale, Louis Blanc, tome II, page 213 et 214, en rend compte de la manière suivante : — « Le lendemain 23 décembre, M. Dujiin aîné proposait à la Chambre des députés de voter des remercîments à la garde nationale de Paris; et M. Laffitle, président du Conseil, demandait qu'on votât aussi des remercîments à la jeunesse des écoles. Mais on avait publié, au nom des élu* diantSy des proclamations qui exprimaient le vceu de voir la Tiberté garantie quand Tordre aurait été rétabli. Les députés du centre laissèrent percer le mécontentement que Leur inspiraient ces conditions mises par la jeunesse à son concours. La proposition de M. Lallitle fut accueillie cependant. Mais les étudiants irrités réclamèrent hautement la responsabilité des proclamations blâmées par le centre; et rappelant ce qu'ils avaient fait au mois de juillet pour cette liberté qu'on leur marchandait, disaient-ils, et qu'ils avaient payée argent comptant , ils repoussèrent avec dédain les remercîments de la Chambre. La Cour s'émut faiblement de cette ^opposition tardive, et donna ordre à ses journaux de traiter en écoliers mutins ceux dont la veille elle avait artificieusement glorifié la sagesse. — Pour ce qui est de M, de Lafayette, que dire de son rôle dans ces récentes commotions? Candide comme un enfant, quoique vieilli au milieu des luttes politiques, nul n'avait autant que lui contribué à un dénoûment qui devait être le tombeau de ses plus chères espérances. »
Voilà un beau brevet !
Page 275.
Révolution de Belgique. — (Louis- Blanc, t. 11, p. 145.)
u Le 18 novembre, le congrès (belge), à l'unanimité, proclama Vindépendance de la Belgique, sauf les relations du Luxembourg avec la Confédération germanique. Cette décision, pourtant, était loin de répondre à tous les intérêts , à toutes les sympathies. De tous les points des provinces wallones on avait envoyé des pétitions réclamant la réunion : mais que pouvaient les partisans de la réunion à la France, lorsqu'ils avaient contre eux le gouvernement français lui-même ? »
Ainsi voilà des libéraux, qui, au lieu de l'indépendance natio-
AXXEXES. 521
nale pour un peuple, préfèrent son absorption par un autre peuple! (Page 146.) « Vassale de la diplomatie, la Belgique ne pouvait évidemment se constituer en république. » — Voilà le grief! Mais en réunissant la Belgique à la monarchie française, est-ce qu'elle eût été en république ?
u Enfin la république n'obtint que treize voix dans ce pays, qui avait fuit une si douloureuse et si longue expérience des vices de la monarchie. » — Pourquoi donc, vous historien, voulez -vous absolument mettre en république un pays qui en a si peu d'envie? Chimère d'imagination et contradiction de la part de l'écrivain. — Au lieu, de cela, la révolution belge, en séparant deux peuples faits pour être amis, mais non pour être confondus, a créé une nation de plus en Europe, et donné le spectacle encourageant d'un gouvernement resté libre au milieu de dlfGcultés sans cesse renaissantes, conjurées par le bon esprit du peuple et la sagesse du roi son élu.
Page 281.
Pologne. — Insurrection de Varsovie.
(Louis Blanc, t. Il, p. 153 et 155.)
a Depuis longtemps une vive fermentation régnait en Pologne.
» La franc-maçonnerie politique, fondée par le généreux Dombrowîski, avait fait en quelques années des progrès rapides. A l'ombre des affiliations philosophiques et littéraires, elle avait gagné la bouillante jeunesse des universités; par la camaraderie militaire, elle avait envahi l'armée, et, par le compagnonnage le peuple. C'était surtout à Varsovie, et dans la corporation des savetiers de la vieille ville, que vivait l'esprit révolutionnaire. Or après la révolution de Juillet, cette agitation avait pris un caractère étrange, et s'était partout répandue.
» Les destins delà Pologne restèrent donc abandonnés au
courage de quelques écoliers ayant à leur tête quelques sous-lietttenants. »
Voilà donc les soutiens de la triste Pologne !
Cela ne suffisait pas évidemment. — Mais un peu plus loin dans son histoire, M. Louis Blanc, tome II, page 351, indique quel eût été selon lui le moyen de succès : — « Ce qu'il fallait pour le triomphe de la Pologne, en de telles circonstances, c'était un goU^ vernement furieux! — ... Nous devions soutenir le parti des exû/tésl n ^ Page 254: « Mais le dictateur (Chlopicki) était une âme sans poésie j et an esprit sans portée. »