‹ Mémoires de M. DupinChapitre 21 sur 113 · B0. ADRESSE DES · texte numérisé non relu

B0. ADRESSE DES

nôtre. Quand les Communes demandèrent à Georges III le renvoi de ses ministres, ce roi, usant de sa prérogative, garda les ministres et prononça la dissolution de la chambre. (Mouvement.)

» Eh bien, le Roi de France a le même droit. Qu'il garde, s'il le veut, ses ministres. Nous ne saurions trop le redire : il a pu les choisir comme il Ta voulu; il peut les garder tant qu*il voudra. Rien à cet égard ne peut le gêner dans Texercice de son droit.

» Ces ministres peuvent retourner contre nous Fexercice de la prérogative. Ils n'ont qu à conseiller au Roi de nous dissoudre. Un mot, et nous nous séparons ; un mot, et, sujets toujours fidèles , nous retournons dans nos foyers , y reportant l'honneur que nous avons apporté dans cette enceinte (Adhésion vive et générale) ; et nous rendant ce témoignage, que nous avons fait pendant deux sessions tout le bien qu'il nous a été possible d'opérer. En effet, Messieurs, nous avons doté le pays de deux lois qu'il faudra violer avant de pouvoir essayer de l'asservir : la loi qui flétrit les fraudes électorales , et la loi qui les éclaire du flam beau de la publicité. « (Bravos! bravos!)

Jugement des Journaux. — « La sensation produite par ce discours est inexprimable; l'orateur est descendu de la tribune au milieu de nombreuses acclamations. 3) {Le Constitutionnel j le National y le Journal des Débats. )

Après ce discours et quelques mots de M. de Chantelauze, auquel a répliqué M. le Peletier d'Aunay, on a fermé la discussion générale.

Dans la discussion des articles, les premiers, relatifs à la paix d'Orient et à la Grèce, ont été adoptés à la presque unanimité. Le quatrième , relatif au Portugal et à don Miguel , a attiré M. Hyde de Neuville à la tribune. Cet honorable député , ex-ministre , et qui , pendant son ambassade en Portugal, avait résisté si énergiquement au compétiteur don Miguel , a traité à fond la question portugaise; il a démontré tout à la fois la légitimité de don Pedro et rillégitimité de don

Miguel. Il a interpellé M. de Polignac : — mais, celuici, au lieu du discours à^ exposition qu'on attendait, s'est excusé de ne pouvoir satisfaire la curiosité de l'honorable préopinant; et après avoir balbutié quelques mots d'un ton mal assuré, s'est rassis au banc des ministres. Le paragraphe a été volé et la suite remisa au lendemain 16.

A la séance du 16, j'eus de nouveau maille à partir avec M. de la Boulaye, qui, en reprenant le thème habituel de la droite, criait toujours échec au Roi! Ce même député , affectant de confondre la majorité composée des deux centres , avec l'ancienne opposition , l'accusait d'avoir attaqué le ministère Martignac aussi bien que celui-ci; — « de sorte, disait-il, qu'avec ce système perpétuel d'attaques , il est impossible de gouverner. »

Il fallait donc encore défendre et l'Adresse et la majorité. Je répondis à M. de la Boulaye.

Constitutionnel du\l \ — M, Dupin aîné répoad h M. de la Bonlaye et démontre en peu de mots qu^il n'existe aucune contrudiction entre les termes et l'intention de l'Adresse. Elle ne dît pas^ comme le prétend le préopinant, « qu'un Roi si éclairé ne sait pas choisir ses ministres; » — non : mais elle suppose ce qu'il a toujours été permis de dire^ que le Roi a été trompé , et qu'avec le désir de faire le bien, son choix s'est égaré sur des hommes incapables de l'opérer.

9 Vainement, au nom du ministère actuel, on vous dit : Mais s'il ne vous présente que de bonnes lois, que dira la France si vous les rejetez? — I«a France vous dira comme nous : Timeo Danaos et donaferentes.

7i A l'argument tiré de ce que ceux qui attaquent le ministère actuel avaient également attaqué le précédent ministère et avaient préparé sa chute, M. Dupin répond :

» Je reconnais ici l'objection favorite de ceux qui , ayant eu part au pouvoir, se croient seuls capables de le conserver. Ils s'effor*

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cent d'accréditer que cette opinion constilulionnelle et nationale , jadis réduite au rôle d'opposition , et qui s'annonce aujourd'hui comme majorité, est une opinion intraitable, et que ceux qui la professent, redoutables à leurs amis comme à leurs ennemis, sont incapables de gouverner.

n Eh bien, sans prétendre me rendre l'apologiste de l'ancien ministère, qui compte ici plusieurs de ses membres, lesquels gardent le silence, retenus sans doute par la modestie, je saisirai seulement dans les actes de ce ministère ceux auxquels la Chambre a cru devoir s'associer. Quand ce ministère, exerçant la prérogative royale, vous a proposé deux lois, l'une sur la presse, l'autre sur les élections, ne les avez*vous pas adoptées? N'avez- vous pas porté aux promoteurs de ces lois le secours de cette majorité constitutionnelle qui n'a jamais cessé d'exister dans cette enceinte, et qui s'est manifestée toutes les fois qu'elle a été appelée à voter sur des propositions réellement constitutionnelles et utiles au pays ? (Mouvement d'approbation.)

n Deux années de suite, le discours de la Couronne, répondant en cela aux vœux du pays, a proclamé les vices de l'organisation municipale et départementale; des lois vous ont été présentées; des difQcultés élevées sur des questions accessoires ont servi de prétexte pour en interrompre la discussion; mais au fond le ministère et la chambre étaient d'accord sur la nécessité de ces deux lois.

» Je n^examine pas la conduite de ce ministère dans les actes particuliers de son administration ; c'est là son affaire, et non la nôtre; c'est h lui à repousser les attaques dont il a été l'objet, s'il le juge convenable. Je n'approfondis pas davantage les causes extérieures qui ont contrarié la marche jusque-là suivie; mais, comme député, rC envisageant ce ministère que dans ceux de ses actes auxquels la chambre a coopéré, surtout dans la session de 1838, que je sépare bien volontiers de celle de 1829, je persiste à dire que la majorité constitutionnelle n'a pas refusé de marcher avec lui. (Exclamation à droite.)

n Non, je le répète, la majorité ne lui a pas manqué pour ces deux lois, qui, à elles seules, ont consolidé parmi nous le régime constitutionnel. (Nonvelle interruption.)

n L^orateur reprend avec force ! Ces lois existent ; elles font le désespoir de ceux qui n'en voulaient pas, et qui depuis n'ont

cessé de les attaquer (vive adhésion); de ces mêmes hommes qui ne cessent de répéter : Point de concessions j parce qu'en voulant, disent-ils, de la Charte, ils ne veulent rien de ce qui pourrait la faire marcher. (Vive approbation à gauche et aux centres.) »

L'Adresse a ensuite été votée à la majorité de 221 sur 402 votants. C'est ce qu'on a appelé V Adresse des 221 1

Le 18 mars, cette Adresse fut portée au Roi.

La députation fut reçue à midi. S. M. déclara que ses ministres feraient connaître sa volonté.

Le lendemain 19 (jour néfaste), parut une ordonnance qui prorogeait la Chambre au 5 septembre.

Cela coïncidait avec les vacances judiciaires de Pâques ; et le 20 mars , je partis pour la Nièvre.

Banquet aux 221.

Je comptais jouir au moins de quelque repos. Vavocat en vacances ne songeait qu'à se délasser des luttes du député en session. — Mais voilà que l'opposition, qui jamais ne se repose et qui veut toujours faire du bruit de tout , imagina de donner un banquet aux 221 1 Dans les premiers jours d* avril , on réunit 700 convives I Je n'y assistais pas par une bonne raison : j'étais à 70 lieues de Paris; mais j'aurais été présent, qu'en vérité je croîs bien que je n'y serais point allé. J'ai toujours vu avec une répugnance extrême ce mode d'agitation. Ceux qui organisent ces banquets en savent toujours plus que les convives; on y dit des choses inir prévues; et ceux qui sont le moins disposés à les approuver, n'en sont pas moins tenus de les entendre, et restent exposés ensuite à ce qu'on leur dise : Vous en étiez pourtant : Et tu cum illis eras.

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Quoi qu'il en soit^ mon absence et, si j'avais été là, mon abstention ne devaient pas être l'objet d'une attaque personnelle contre moi, qui avais été l'un des auteurs de l'Adresse et le défenseur de sa rédaction. — Ce fut cependant ce qui arriva.

La France Nouvelle, nouveau Journal de Paris, publia à ce sujet l'article suivant dans son numéro du 20 avrfl 1830 :

tt II n^est bruit au palais qae d^ane anecdote assez piqaanté, concernant un célèbre avocat député, dont Fabsence a été récemment remarquée au banquet patriotique des 221.

» Pendant que ses collègues renouvelaient aux électeurs la promesse de consacrer leurs efforts à la défense de nos libertés menacées, Fhonorable député, retiré dans un château dont il s* est rendu acquéreur * depuis quelques années, recevait à déjeuner les membres du conseil de recrutement qui étaient venus faire une tournée dans les entrons. Jusque-là rien que de simple : il est naturel qu*un propriétaire fasse aux autorités qui passent près de ses domaines, les honneurs du département qu'il représente. Mais ce qui est d'un usage moins généralement répandu, c'est la manière dont il les fit préluder au repas.

» A l'heure convenue pour le déjeuner, tous les convives étaient réunis au salon. Un domestique parait : chacun se lève, pensant qu'il s'agissait de se mettre & table... mais on annonce... l'arrivée de M. le curé* Soit que le député voulût se faire honneur d'une vieille chapelle de féodale mémoire qu'il avait fait réparer à grands frais , soit qu il ne crût pas traiter assez bien ses convives en ne leur offrant qu'une nourriture matérielle, il leur fit entendre préalablement une messe, d'où ils sortirent profondément édifiés de la ferveur de leur célèbre amphitryon.

» Depuis ce t^nps , on ne parie plus dans les environs que de la chapelle et de la dévotioQ de M. D..... »

De retour à Pari^ et dès que j'eus connaissance de cet article àla fois insolent et impie^ je me hâtai de répondre;

1 Je 11*4 point acheté Rtffigny , c'est an propre de ma Umm», IL 0

et laissant de côté le conseil de M. Royer-Coliard d'être moins vif, en présence d'une telle impertinence ^ après avoir rétabli les faits et répondu à ce qui touchait le château , la chapelle et la messe , je crus qu'il fallait résolument secouer le joug d'un journalisme arrogant qui se croyait en droit de régenter les députés ; et de même que lorsqu'il s'était agi de mon option en 1827, j'avais repoussé les injonctions du Courrier Français, je terminai ainsi ma lettre au Journal de Paris :

({ Voilà ce qu'on sait très-bien dans les environs; et si le Journal de Paris pénètre jusque-là, on n'^y sera pas peu surpris du roman que je viens de réfuter.

n Mais ce qui devra surprendre davantage, c'est qu'un anonyme qui n'ose. pas même écrire mon nom en toutes lettres ni signer le sien à découvert se croie permis , au nom de la liberté , d'attaquer un homme qui se rend le témoignage de l'avoir toujours loyalement défendue dans toutes les occasions où il a pu le faire légalement! Ce qui devra surprendre, c'est ce délire de faire sans cesse ds la tyrannie au nom de la liberté! de vouloir imposer ses idées , toutes ses idées, sans tolérer qu'un homme veuille rester soi-même. Il faudrait pour leur plaire se faire instrument.

)) Eh bien, non, répondrai-je à cette attaque, qui B'est que le renouvellement de celles dont je me suis déjà vu l'objet. C'est à prendre ou à laisser : une fois dite pour toutes, précisément parce que je suis libéral dans la loyale acception de ce mot , je veux être libre dans mes opinions et non pas esclave de l'opinion d'autrui ; libre dans mes opinions comme dans la mesure quHl me convient de leur donner et que rien au monde ne me fera dépasser. — Signé Dupin aîné. »

1830. DISSOLUTION DE LA GHAMBJtEL—.REÉLKGT. i3l

Ed ioséraat cette lettre, le Journal de Paris la fit précéder d'un préambule assez fade , et plus tard il y joignit une palinodie; car quel est te journal qui, même après s'être lourdement mépris, a jamais consenti d'en faire simplement l'aveu? — Mais là encore il fut battu par les autres journaux, qui le réduisirent enfin au silence K

Dissolution de la Chambre. — Réélections,

L'ordonnance àe prorogation du 19 mars 1830 n'avait été rendue que pour se donner de la marge : en réalité c'était le prélude d'une dissolution que tout faisait pressentir.

Le gouvernement méditait alors l'expédition d'Alger, pour venger le coup d'éventail insolemment donné par le dey sur le visage de notre consul. L'expédition, dirigée principalement par l'amiral Duperré, était à la veille de mettre à la voile (on en reçut l'avis le 16 mai), — et le 17, l'ordonnance de dissolution parut dans le UonUeur.

En présence d'une telle mesure qu'ils désapprou^ vaient, MM. Chabrol et Courvoisier donnèrent leur démission. — Le 19 mai, une ordonnance royale nomma le sieur Chantelauze garde des sceaux, le sieur de Montbel ministre des finances , notre très^oher amé et féal comte de Peyronnet ministre de l'inténeur, et le sieur Capelle ministre des travaux publics» ^--Dudon, ministre d'État, membre du conseil privé 11

Autres ordonnances du même genre, dites de répa^ raUonl

^ M notamment le Jou,rml des Débats du 33 avril 1830 et k Temps du 23.

Le 31 mai y fefe donnée par le duc d'Orléans au roi de NapleSy au Palais-Royal. Charles X y assiste. Scènes tumultueuses dans le jardin. Du haut des galeries , nous apercevions par les fenêtres l'incendie des chaises destinées au public. — Un écrivain , qui a quelquefois revendiqué le don de prophétie en matière politique j et qui était au bal , prétend avoir dit : a Nous dansons sur un volcan I v

Tels furent les préludes des élections.

Les collèges d'arrondissement (dits petits collèges) sont convoqués pour le 23 juin.

De toutes parts, on se prépare à réélire les 221.

D'un autre côté, le Roi fait une Proclamation où il parle de sa volonté immuable 1 — Des hommes sûrs sont nommés présidents des divers collèges : ils ont des instructions particulières.

Rien n'est négligé de part et d'autre pour aller au combat et s'assurer la victoire.

Les arrondissements de Clamecy et de Cosne se réunirent dans cette dernière ville. Au premier tour de scrutin, j'obtins les trois quarts des voix : M. Hyde de Neuville n'en eut que 6, et le candidat du gouvernement 43.

Je fus proclamé député.

On attendait mon remerciment ; je restai assis et je gardai le silence jusqu'à ce que le président du collège électoral eût prononcé la clôture des opérations. Sa mission désormais était accomplie; la mienne allait commencer; et, comme daos le Gid, nous nous levons alors I L'ex-président , qui se croyait encore tel, veut essayer de m'interrompre ; mais je lui dis : (c Monsieur, vous n'êtes plus président, et je suis député. » — A ce» mots , il se hâta de sortir ; et je pus adresser

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librement à mes électeurs une allocution qui contenait à la fois et le cœnpte rendu de mes actes et le pro^ gramme de mes résolutions. Les électeurs votèrent par acclamation l'impression de ce discours \

Les élections au chef-lieu du département (à Ne* vers) furent plus agitées. — On essaya de pratiquer quelques fraudes que le bureau intercepta. Des écrits violents furent distribués par le président, un entre autres ou on lisait : a A tort ou à raison, le Roi est en- » gagé; il ne peut plus reculer, etc. w — En réponse à ces pamphlets, et pour justifier les 221 du reproche d'avoir été trop loin , je fis imprimer à mon tour un a Extrait de la harangue prononcée devant le Roi séant j) en ses états généraux tenus à Blois le lundi 16® jour » de janvier 1589, par l'orateur du tiers état; et à la- » quelle a coopéré Guy Coquille, avocat, député du )) Nivernais auxdits états, et l'un des commissaires » nommés pour la rédaction du cahier des tiers,.» — avec cet intitulé en tête : a A ceux qui trouvent trop

FORTE l'adresse DE 1830*. »

Cette publication raffermit les plus timides. — Les élections s'achevèrent heureusement.

Les nouvelles des départements annonçaient que les élections étaient en très-grande majorité constitutionnelles. La presque totalité des 221 avaient été réélus. — Ainsi, le ministère Polignac allait se retrouver en présence de la même majorité, devenue plus compacte, dont il avait espéré se délivrer par la dissolution.

S'il eût eu le sentiment de la légalité, ce ministère se serait retiré devant le vœu du pays qu'il avait con-

* V. aux Annexes,

^ Cette pièce a été imprimée dans le volume de la Présidence, page 80.

suite, et dont la réponse était si énergiquement signi*-

ficalive.

Mais il méditait d'autres desseins.

Alger avait été pris le 5 juillet ; on en reçut la nou« veile à Paris le 12. — L'annonce de ce succès remplit les ministres d'une folle confiance : ils crurent qu'on pouvait tout oser.

On prépara les fatales ordonnances II

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