LES TROIS ORDONN.— 'LES TROIS JOURNÉES
qui, pendant ces moments solennels, se montra si grand citoyen , je me rendis chez lui rue Neuve-du-Luxembourg avec mon frère Charles , non plus comme avocat * (cette fois la thèse était renversée), mais comme député.
A mesure que chacun de nous se présentait pour entrer, la foule se rangeait avec respect, en criant : Vivent nos Députés t -^
Dans cette réunion , composée seulement de trentesept députés, la délibération s'établit pour ainsi dire à joufj car les fenêtres étant ouvertes, les regards curieux des habitants de la chancellerie plongeaient presque dans le salon où se tenait l'assemblée.
Les uns proposent qu'à l'exemple du gouvernement, on se mette de suite tout à fait en dehors de la légalité. D'autres veulent, pour la moralité même de l'action, que l'on conserve tant qu'on le pourra les rapports qui ont existé jusqu'alors avec le gouvernement. Tocs s'ac*cordent à protester contre les ordonnances et à reconnaître le droit qu'ils ont d'agir, sinon comme chambrCy attendu leur petit nombre, du moins individuellement, comme Députés valablement élus.
Dans cet esprit, on arrête à Vunanimilé que trois membres , MM. Villemain , Guizot et Dupin , chacun de son côté , rédigeront un projet de Protestation ou d'Adresse (on se réserve d'y donner un nom) , pour exprimer les sentiments de la réunion , et l'on s'ajourne au lendemain.
En ce moment on se battait rue Saint-Honoré et dans la rue même du Luxembourg; nous fûmes obligés de sortir par la porte de l'hôtel qui donnait sur le boulevard des Capucines , nous ajournant au lendemain après midi.
Protestation des députés le 28 juillet.
Eneffet, le mercredi 28, à midiprécis, je me rendis rue Louis-le-Grand chez Bertin de Vaux, où se trou* vaient en ce moment mon frèr^ et le baron le Peletier d'Aunay. J'apportais le canevas de mon projet de rédaction conçu dans la forme d'une Adresse au Roi. Je leur en donnai lecture : MM. Bertin et le Peletier d'Aunay indiquèrent quelques corrections dont je profitai. — Après avoir rapporté les faits, l'Adresse se terminait ainsi :
a Cependant, Sire, lorsque chaque député élu, fidèle à son mandat et obéissant à 1^ voix même de Votre Majesté , se rendait au poste qui lui était indiqué par le devoir et l'honneur, on a vu tout à coup, au milieu du calme le plus profond, paraître dans le Moniteur divers actes revêtus de la signature de vos ministres qui, portant une main sacrilège sur les élections, en ont prononcé l'annulation, ont déclaré dissoute la Chambre avant même qu'il y eût une Chambre constituée! Marchant avec audace dans une voie qu'Us proclament eux-mêmes être en dehors de toute voie légale, ils ont abro^ les lois existantes , rétabli des lois abrogées, établi de leur chef de nouvelles règles électorales !
tt Sire, Votre Majesté conservait certainement le droit de dissoudre la Chambre après sa réunion ; mais la convocation pour le 3 août est l'acte seul légal auquel vos ministres n'ont pu déroger, car ils n'ont pu de leur chef annuler l'œuvre des collèges électoraux et enlever awjo Députés élus de la France un caractère quils ne peuvent perdre que par une dissolution régulièrement prononcée après la Constitution de la Chambre.
u Votre Majesté ne peut ignorer les suites déplora-* ,