‹ Mémoires de M. DupinChapitre 35 sur 113 · BANQUET DE L'HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

BANQUET DE L'HOTEL DE VILLE

» Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : -

n Les princes et princesses nos bien-aimés enfants, ainsi que » notre bien-aimée sœur, continueront à porter le nom et les n armes (T Orléans.

n Notre bien- aimé fils aîné, le duc de Chartres^ portera, comme I) prince royal, le titre de duc d'Orléans.

• Nos bien-aimés fils puînés conserveront les titres qu*ils ont » portés jusqu^à ce jour.

}) Nos bien-aimées filles et notre bien-aimée sœur ne porteront » d*autre titre que celui de princesses d'Orléans, en se distin- » guant entre elles par leurs prénoms.

» Il sera fait en conséquence sur les registres de Tétat civil de n la maison royale , dans les archives de la Chambre des pairs , ■ toutes les rectifications qui résultent des dispositions c^-dessus.

» Notre garde des sceaux, ministre secrétaire d^Etat audépar- » tement de la justice, est chargé de Texécution de la présente » ordonnance , qui sera insérée au Bulletin des lois.

» Paris, ce 13 août 1830. Louis-Philippe.

n Par le Roi : Le garde des sceaux ministre secrétaire d*Etat au département de la justice, Dupont de l*Eure. »

Nota. En 1831, après les scènes de farchevéché et de Saint- Germain-F Auxerrois , le sceau de FÉtat fut encore changé; on en retira les armoiries et on prit simplement pour écusson un livre ouvert avec ces mots à Fintérieur : Charte de 1830. (Ordonnance du 16 février 1831.)

Banquet patriotique à Vhôtel de ville.

Un nouveau fait, futile en apparence, révéla le mauvais vouloir que certains patriotes de juillet entretenaient contre Louis-Philippe.

Le 15 août 1830, il y eut un Banquet patriotique à Thôtel de ville. Le Conseil des ministres y fut invité. Nous aurions beaucoup mieux fait de n'y point aller, car nous y eûmes fort peu d'agrément. Si la monarchie siégeait avec nous vers le haut bout de la table , l'extrémité opposée était occupée par un groupe de repu-

blicains enthougiaetei. La ganté du Roi, portée par le préfet de la Seine (Alex, de Laborde), ne fut pas accueillie par eux. Au contraire, celle du général Lafayette fut couverte par leurs acclamations; et quand le général Lafayette lui-même porta ce toast ; A la glo^ rieuse population de Paris I les hourras firent trembler les voûtes de la salle. Le groupe dont j'ai parlé entonna la Parisienne , mais supprima les deux couplets relatifs au duc d'Orléans. — Nous étions réellement en fâcheuse compagnie, et nous nous bâtâmes de la quitter.

Insurgés espagnols.

Le 20 août, le Conseil eut à s'occuper d'une question intéressant le droit des gens. Les réfugiés espagnols, renforcés et soutenus par le parti de la propagande, avaient formé des rassemblements du côté de la frontière, et se préparaient à franchir en armes les Py-» renées pour aller révolutionner l'Espagne. Le préfet de polioe nous fit son rapport , et nous dit en même temps que le général Lafayette désirait beaucoup qu'une somme de cent mille francs fût mise à sa disposition pour aider à l'équipement de ces bons Espagnols.

Nous nous récriâmes presque tous I — Pourquoi cette agression contre un gouvernement voisin avec lequel nous sommes en paix ?

On nous objectait cependant les sophismes de l'insurrection. Le gouvernement de Juillet prétend-il donc empêcher le droit de réunion I — Oui , disaient ceux de notre opinion , quand ces réunions peuvent avoir pour résultat de compromettre la nation vis-à-vis de l'étranger.

1830. INSURGÉS ESPAGNOLS. — StlftSIbK. 5M)S

Mais empêchera-t-on les citoyens de voyager * ? -^ Non, quand on voyage isolément et avec ses simples bagages de route; — oui, lorsqu'on voyage par troupes et en armesl...

Mais il y aura toujours une révolutioii en Espagne ^ avec ou sans eux ! — C'est possible : maïs sans eux , elle sera moins violente ; avec eux, nous serons accusé^ de l'avoir favorisée, et l'Europe pourra s'en prendre à nous.

A ce mot d'Europe, un membre dit : a Mais si l'Europe nous craint, qu'elle se hâte donc de nous reconnaître : par là, elle donnera à notre gouvernement plus de force pour comprimer les mouvements irrégulîersj jusque-là, l'Europe n'a pas droit d'exiger que nous fassions la police à son profit. »

Quoi qu'il en soit, la décision du Conseil, conforme en cela à l'opinion du Roi , fut que nous ne devions rien faire pour aider ou approuver les projets d'insurrection ; et le Conseil déclara refuser l'allocation des fonds.

En effet, le trésor public ne donna rien. Mais nous apprîmes plus tard que le général Lafayette , ayant «»sisté plus fortement auprès de Laflîtte , et en ayaiit fait une affaire personnelle, à cause ies promesses par lesquelles il s'était engagé, LafBtte obtint que les cent mille francs seraient pris dans une autre caisse, et mis à la disposition du général*. — Ce fut une faiblesse, et preique ttnô duplicité, qui déplut vivement à la majorité du Conseil , et dont nous fîmes des reproches à M. Laffîtte.

* Nous vôld au droit d'aller et de venir.

' Voyez d&ns les AnnexeÈ ce qa^ett dit M. Louis Matie.

Manuel et Foy au Panthéon.

Le 25 août ^ le Conseil fut en émoi par Pannonce qu'un rassemblement considérable se formait. Il avait pour prétexte de porter les bustes de Manuel et du général Foy au Panthéon \

On fit venir : Odilon Barrot, préfet de la Seine; — Girod de l'Ain, préfet de police ; — le général Fabvîer, ami de Manuel.

Le général Lafayette, qui avait été prévenu^ fit une proclamation pour inviter ses compagnons de révolution à s'abstenir de tout rassemblement, autant par amour de l'ordre quejoar amitié pour lui. (V. National du 26 août.)

Le Conseil pourvut à cet incident par une ordonnance qui renvoyait à une loi la fixation des formes et des conditions nécessaires pour être admis au Panthéon !

Dès qu'il y avait un désordre , une menace de trouble, il fallait négocier avec le général Lafayetle pour en obtenir le concours de la garde nationale. Il s'y prétait ordinairement de bonne grâce, mais souvent aussi il en profitait pour faire certaines conditions. Même sous le ministère Périer, quoiqu'il y eût entre eux des liaisons de famille et des relations plus intimes qu'avec Laffitte, le gouvernement en éprouva quelque embarras ; et c'est ce qui fit hâter la loi sur la garde nationale, pour s'affranchir du généralissime.

Position du ministère décrite par le National du 26 août 1830.

aParis,25aoûtl830.

» C'est un ingrat métier que celui de ministre dans les premiers moments d^une révolution. Quand il faut mener de front une mul-

* On avait aussi fait des processions pour Borie, etc.

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