TIRAILLEMENTS DANS LE CONSEIL
vaient pas satisfaire y et à une solidarité fort incommode vis-à-vis de la presse et du pays pour des actes auxquels ils demeuraient étrangers, et sur lesquels même on ne les consultait pas toujours. Laffitte, et plus tard M. Thiers , ne sont pas les seuls qui aient pu dire : Je naipoA tout ml
On avait à faire la loi des communes , celles sur la garde nationale et le recrutement de l'armée , une loi sur le jury dans les délits de la presse : et chacun voulait ces lois plus ou moins libérales. Lafifitte poussait à une loi sur les boissons dans un sens qui devait compromettre nos finances. Le Roi pressait pour la liste civile , afin de sortir du provisoire et de la dépendance où il était vis-à-vis du budget.
D'un autre côté , les clubs et les sociétés politiques agitaient l'opinion, que le procès des ministres allait encore enflammer davantage.
Et au milieu de tout cela, il se trouvait des orateurs qui , comme on l'a vu , contestaient le pouvoir de la Chambre et qui poussaient à sa dissolution, dès qu'on aurait fait une loi sur les élections I
Sur tous ces points, il y avait des tiraillements. dans le Conseil.
Pendant que les ministres hésitaient, les orateurs de l'opposition assiégeaient la tribune et amenaient des discussions irritantes dans lesquelles des hommes plus politiques que moi, c'est-à-dire plus prudents, évitaient soigneusement de se commettre et me laissaient volontiers monter seul à l'assaut : c'était, si l'on s'en souvient *, la mission que le Globe m'avait assignée...
* Voyez ci-dessus, p. 180.
Position critique, — Réponse aux calomnies.
Cette situation, jointe aux inimitiés qu^avait déjà soulevées la grande questipn de l'inamovibilité de la magistratupe , attirait sur moi tous les traits des jour*» naux de l'opposition. — Ces attaques répétées chaque matin devenaient si importunes, elles étaient si menaçantes, que je pensai, ainsi que Casimir Périer ' et le Roi lui-même , que je devais répondre pour éclairer l'opinion pon-seulement dans mon intérêt personnel, mais pour l'honneur de la Magistrature que j'exerçais et de la position que j'occupais dans le Conseil.
Je donnai pour épigraphe à cet écrit : Quia contra-
rius est operibus nostris parce qu'en effet, tout le
décl)atnement des factieux contre moi venait de ce que j'avais contrarié leur^ desseins en m'oppasant à leurs œuvres, en flétrissant leurs doctrines, en éclairant l'opinion publique sur leurs menées et sur leurs tendances ; quelquefois même , ce qui leur était la plus insupportable , en les couvrant d^ ridicule.
Après avoir raconté tous les faits, depuis la date des ordonnances de juillet jusqu'à l'époque où nous étions alors (4 septembre 1830) , et rappelé la part que j'a^ vais prise aux événements , je concluais aipsi i
c( En présence de ces faits ainsi rétablis, j^ai pu, au sein même de la Chambre où je voyais tou$ iês témoins que fax cités Atns h COUTS de ce récit , m'iotm nveq T^cc^nt dit cfitt? ooiiFiptîp)i qqi d(miiq« tpute« m^^ irispir^^fion^ : « Sciyoqs justes çnver^ imX le » f¥|opde : uqn , pon, îafo^rçç n'a p^s tout fai(. Si trois ii^mor- » telles journées ont suffi à yn peuple héroïc|ue pour remporter » la victoire , n'oublions pas qu'on le doit non-seulement au
* a Répondez à ces b -là, me disait G, Périer tout en eolère,
et faites-le avec toute votre énergie. »
1830. ATTAQUES CONTRE M. DUPIN- îi»
» courage ^es bravçs qui ont versé leur sang pour la patrie, » mais aussi & Topinion publique dès longtemps formée. Elle Ta » ét^ par ces écrivains courageux qui n'ont pas cessé de défendre » les droits da pays; par ces orateurs qui, soit h. la tribune, soit u ap barreau, ont pendant quinze années lutté çpntre las iiijus* 9 tices PU les déceptipus 4u pouvoir, et préparé pette unanimité p d'efforts qui a fait prouler la tyrannie *. v
Et Rajoutais :
u Pendant ces quinze ans de lutte commune en faveur de )i( liberté, quel a été mon contingent? Qu'ai-je fait autre cl^o^e q^uf défendra autrui^ moi si indignen^ent attaqué? Avp^-voqs publié les noms de pnes clients? — Nos généraux accusés ou prqscrjts, Ney, Brune, Gilly, AlliXy Boyer, Rovigo! — et les Irpis Anglais, généreux sauveurs de Lavalette! — et les victimes des troubles de Lyon en 1817! — et ces bommes politiques injustement accusés: Isambert, pour la liberté individuelle; Bavoux, pour les droits du professorat; de Pradt, en matière d^éleetion; Mérllbou, dans laffairp dp la spuspriptjpn natipnalp; Montlpsjer, soutenu par moi dans toute sa querelle avpc un parti qui, cpwmp Prptée, $§i( revêtir niille formes diverses et parler les langages les plus opposés , habile surtout à diviser ses adversaires et à se glisser dans leurs rangs...! — et vous, gens de lettres, défenseurs de la presse, à qui je ne demandais pour récompense que votre amitié , Jay, 4Quy, Béranger, Dupaty, Jal, Arnaud, Etienne, etc. — Vous tous écrivains du Mirpir, des fié^U , et du CçinsHtutionnel que Ï9>\ défendu quatre fois !
n Dans mes livres j'ai soutenu les méqies doctrines que dan^ mes plaidoyers; à la tribune j*ai défendu la même cause qu'au barreau...
» Eh bien, qu*on ne m'en sache aucun gré, j'y consens : retrancher , dirai-jp aux inconnus qui me calomnient spui le voila dp l'anonyme, retranche? cps éloges jadis trop prodigués pt qui peut-être vous opt importunés!... J'ai toujours gémi dp ces ploge^ par Ipsquels on a jadis trop payé mes services; ils opt excité l'envie !... Reprenez- les ; mais ne m'insultez pas. — Voulez-vous ne me tenir aucun compte de mes efforts pendant trois sessions ; de
* Sunt domeslicœ fortitudinet , non infmoret miHtaribm, — Parvi tunt fori^
r abandon d^une grande position dans la plus belle et la plus indépendante des professions , pour me faire Tesclave du bien public et Tadversaire de ses ennemis? Soit, mais ne croyez pas que dans cet échange j*ai consulté mon intérêt personnel. Ne m'enviez point des fonctions que je n*ai point recherchées ; dont quelques-unes m* ont été déférées, je puis le dire, malgré moi; et dont je serai toujours prêt à me séparer pour rentrer dans une vie privée que, pour mon repos y j'aurais dû ne quitter jamais. En attendant, souffrez que j'use du droit de repousser avec indignation des attaques injustes et imméritées; de rappeler à mon pays ce que j'ai fait pour lui, ce que je suis prêt à faire encore; jadis en avant des retardataires y aujourd'hui peut-être en arrière des trop pressés; mais toujours le même : ami du peuple, dont je n'ai cessé, dont je ne cesserai jamais de défendre les justes droits; ami de la liberté légale , défenseur de l'ordre public , et fort de la conscience d'un honnête homme et d'un bon citoyen. »
Cette réponse, comme il arrive toujours, ne récon* cilia pas mes adversaires avec moi ; mais elle fut approuvée par mes collègues, par le Roi, par la majorité de la Chambre des députés, et je dois ajouter par tous les gens de bien , dont je reçus à cette occasion les plus grandes marques de sympathie.
Le Journal des Débats, dans son n*" du 8 septembre, en publiant ma défense, jugeait ainsi les attaques :
« Il y a, nous ne craignons pas de le dire, injustice révoltante et horrible ingratitude de la part des écrivains périodiques , à déchirer l'homme qui , pendant seize ans, de toute la force d'un talent que certes ils ne lui contesteront pas, a contribué à défendre eux ou leurs coopérateurs, ou leurs devanciers, contre les atteintes d'un pouvoir oppresseur et tyrannique, Y aurait-il, sur certains points, un dissentiment d'opinion entre eux et M. Dupin, la reconnaissance et l'équité devraient leur prescrire , sinon un silence qui irait contre leur droit , du moins un ménagement que