‹ Mémoires de M. DupinChapitre 44 sur 113 · RÉÉLECTIONS PARTIELLES · texte numérisé non relu

RÉÉLECTIONS PARTIELLES

eu à souffrir. -^La foule se réunit dans la cour et aux portes du manège; des sifiQets et des cris : A bas les clubs I se firent entendre. Avertis de ce mouvement, les gardes nationaux du quartier se réunirent sponta^ nément pour maintenir Tordre. Un officier supérieur de cette milice est alors entré dans la salle : il s'est fait un grand silence. Cet officier a représenté en peu de mots à la société <( à quels désordres elle exposait tout le quartier, la circulation arrêtée , les boutiques fermées, le peuple inquiet, et l'a engagée à se séparer, y* Alors le président a levé la séance , en annonçant que la Société n'aurait plus de séances publiques.

Cette Société prendra sa revanche contre moi le 14 février 1831.

Réélections partielles. — Nièvre.

(Octobre 1830.)

S'il n'était pas opportun de dissoudre la Chambre des députés , en présence des factions qui menaçaient l'existence du nouveau gouvernement, il y avait au moins urgence à la compléter. En effet, un grand nombre de sièges (125) étaient vacants, soit par décès, soit par démissions, soit par suite de la disposition nouvelle qui assujettissait à la réélection les députés promus à des fonctions publiques. Cette disposition avait été introduite par la loi du 12 septembre , qui, bien que provisoire et faite seulement en vue de ces réélections partielles , avait en outre abaissé l'âge des éligibles à vingt^cinq ans , dispensé les électeurs de la possession annale et aboli le privilège du double vote.

L'instruction rédigée par le ministre de l'intérieur, pour l'exécution de cette loi, proclamait de la manière la plus large le principe qu'à la Chambre des députés

était réservé, dans la vérification des pouvoirs, de juger souverainement de l'exécution des lois électorales et de la conformité des actes administratifs avec le texte et l'esprit de ces lois.

La Chambre fut prorogée jusqu'au 10 novembre.

Le jour des réélections avait été fixé au 22 octobre. Les électeurs de Cosne et de Clamecy avaient été convoqués à Cosne. J'arrivai à Clamecy le 12 : j'y fus accueilli avec enthousiasme. Il semblait que mes concitoyens voulussent me venger par leurs manifestations des injustices et des calomnies dont j'avais été l'objet'. Il en fut de même dans toutes les localités que j'eus à parcourir, soit pour aller de Clamecy àRaffigny, soit en revenant par Corbigny, Varzy , mon pays natal, jusqu'à Cosne, où j'arrivai la veille des élections. Partout les autorités constituées et les populations venaient à ma rencontre; partout je trouvais les gardes nationales sur pied , se relayant , pour ainsi dire , afin de m'escorter et de m'ehtourer des témoignages de leur sympathie.

Le 22 octobre, les élections eurent lieu. Je fus réélu à runanimité, moins trois voix. Je remerciai les électeurs dans un discours chaleureux, où je rendais compte de ma conduite, en me félicitant de l'approbation qu'elle avait reçue dans la Nièvre, et à laquelle ma réélection venait de mettre le sceau.

tt J*en ressens, disais-je, une vive reconnaissance ; c*est la plus douce satisfaction qui pût entrer dans mon âme. Car cette fois , ô mes chers concitoyens , ma réélection n*est pas seulement de votre part une nouvelle marque de haute confiance, c* est aussi (et dans tous vos discours , vous avez eu la délicate attention de me le dire), c'est la plut éclatante réparation des indignes atta-

* ^Voir dans les Annexes le compte rendu de cette réception.

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ques dont je me suis vu l'objet. Ouï , Messieurs , je le dis dans Fef fusion de mon cœur,y« remercie les calomniateurs, je remercie les ingrats, puisquUls m'ont valu près de vous une si belle ven^ geance, la seule, i vrai dire, que j*aie désirée... (Vifs applaudissements.) — Par là aussi, je le sens, mes engagements, toujours les mêmes, deviennent encore plus étroits. — (J*exposais ainsi comment je comprenais mes devoirs :) Vous me verrez, animé du même patriotisme, tenir la même ligne de conduite, combattre toujours pour la même cause, mais, aujourd'hui du moins, avec plus d'espoir de succès. Vous me verrez unir une modération constante à une fermeté qui , je Fespère , ne se démentira point en présence des difQcultés; et je préférerai toujours la gloire dura^ ble de défendre l'Etat contre les factions, au rôle précaire et odieux d'effrayer mon pays conune chef de parti... » (Acclamations et applaudissements prolongés.)

J'attachais aussi de Timportance à leur expliquer, sur place, les motifs qui m'avaient entraîné à accepter des fonctions autres que celles de député :

Dieu m'est témoin que j'aurais voulu rester toute ma vie avo** cat, avec mes livres, entouré de mes clients, et député au milieu de mes collègues , qui m'ont si souvent soutenu de leur approbation ' . Mais depuis longtemps déjà ' conseiller privé du duc d'Orléans dans les affaires de sa Maison, ami sincère et dévoué de sa personne, admirateur de ses vertus civiques et de famille, pouvaisje refuser à ce prince généreux, devenu roi des Français et qui se dévouait au salut de la patrie, l'abdication de mon état, quand lui-même abdiquait le bonheur de sa vie privée? (Sensation.) Pouvais-je lui refuser ma coopération et mes services personnels, quand il m'a fait l'honneur de les réclamer avec instance, et de m'associer à son gouvernement? — Je m'en excuse, Messieurs, ou plutôt je m'en explique devant vous : car si j'avais agi par ambition , vous pourriez me reprocher de vous avoir arrachés à vos

* Je n'avais pas émis une seule opinion qui n'eût été suivie d'un vote conforme. Rapporteur de la loi des Communes, de l'Adresse des 221 et de la nouvelle Charte , deux fois élu viceprésident de la Chambre, je puis dire qu'elle m'avait comblé.

' Depuis 1817. — Voyez Mémoires, tome 1"> p. 316 et suiv.

foyers et & vos travaux pour venir ici vaquer à ma réélection dang un intérêt qui ne serait que le mien. — Je puis, au reste, me rendre ce témoignage , que dans ces premiers temps si difficiles » si pénibles , mêlés de tant d*amertume , et qui ont exigé tant de veilles et de travail , je nai ritn conseillé au Roi en particulier, que je n^eusse voulu répéter à la iribune et accomplir & la facâ de la nation.. i •

L'Assemblée a volé par acclamation Timpression de ce discours.

La population entière manifesta la joie que lui causait cette élection ^

Ainsi, les journaux de la capitale, qui, a mon départ, avaient proclamé mon impopularité, recevaient un éclatant démenti ; et j'allais revenir à Paris et rentrer dans la Chambre après m'être retrempé de la source même dn pouvoir populaire , dont je demeurais le re** présentant !

Crise ministérielle,

iPendant mon absence et sous le coup des réélections, la crise ministérielle avait continué. Le 17 et le 18 octobre, il y avait eu des séditions à Paris, à Vincennes, au Palais- Royal. Le Roi, qui se montrait chaque soir sur sa terrasse pour entendre chanter la Marseillaise^ n^avait pas seulement entendu , comme à Tordinaire , des cris de : Vim le Roi! Il s'y était mêlé des cris séditieux. — Il y avait une véritable agitation.

Aussitôt après ma réélection, le Roi m'écrivit deux lettres pour presser mon retour^. Arrivé à Paris le 27 octobre à neuf heures du matin , à dix heures j'étais au Palais-Royal. La conversation roula sur le changement de ministère : ce II est impossible, dit le Roi, que cela

* Voir aux Annexes.

* Voir adx Annexés*

1830. MINISTÈRE LAFFITTE. t47

continue ainsi. » Il me demanda si je consentirais à faire partie de la nouvelle composition. J'exprimai le désir formel de sortir du ministère, a où, lui dis-je, . j'ai eu trop à touffrir. Ma réélection à l'unanimité me place bien dans le public et dans la Chambre : je vous serai plus utile comme député. »

Le lendemain 28 , il y eut réunion du Conseil des ministres pour essayer de s'entendre. — Le 31 octobre, nouvelle réunion. On ne s'entendit pas davantage : on s'accordait seulement sur ce point, que le Roi chargeât M. Laffitte de composer le nouveau cabinet.

Enfin, le 2 novembre (jour des Morts), nous fûmes délivrés, et un nouveau ministère fut constitué sous la présidence de M. Laffitte.

Je respirais enfin : je venais de recouvrer ma liberté ! . .

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