SECTION DEUXIÈME
Ministère Laffitte (2 novembre 1830).
Ce ministère fut ainsi composé :
Finances , Laffitte , président du Conseil. — Sébas-* tiani, affaires étrangères. — Intérieur, Montalivet. — Guerre, maréchal Soult. — Marine, d'Argout. — Justice, Dupont de l'Eure. — Instruction publique , Mérilhou ^
Le ministère Laffitte était devenu ce qu'on appelait une nécessité : V pour faire cesser les tiraillements du premier ministère; 2*" pour faire face aux difficultés très-graves que commençait à susciter le procès des ministres. — Laffitte, avec Lafayette et Dupont de
*■ Plus tard, à la fin de décembre, après le jugeaient des ministres de Charles X, Dupont de TËure se retira de la justice, où il fut remplacé par Mérilhou; et Barthe eut le portefeuille de rinstruction publique.
l'Eure , étaient alors les hommes les plus populaires , et à ce titre y les plus propres à parer aux dangers de cette situation.
MM. Mole y de Broglie et Guizot se retirèrent fort satisfaits d'être exonérés de toute responsabilité , ils déposèrent leurs portefeuilles avec autant d'empressement qu'ils en avaient mis à les accepter.
Pour moi , ma joie fut encore plus grande que la leur, en me sentant délié d'une solidarité qui m'avait été si injustement et si cruellement imputée. Désormais étranger aux actes du gouvernement et aux questions qui s'agitaient dans le cabinet, je restais maître de mes déterminations et de mes allures comme simple député^ soit en présence des factions menaçantes qu'il faudrait encore combattre , soit avec le pouvoir que ma résolution invariable était de toujours défendre quand il serait injustement attaqué.
On allait se trouver obligé de passer par d'étroits défilés : — à l'intérieur, comme je viens de le dire, le procès des ministres ; — les émeutes qui allaient l'accompagner ; — la conspiration démasquée le 20 décembre.
A l'extérieur, on était en présence des troubles et des conflits excités par les insurrections de Belgique, de Pologne et d'Italie, dont les auteurs avaient des correspondances en France avec ce qu'on nommait le parti du mouvement , et trouvaient des organes à la tribune dans la personne de plusieurs députés.
On parlait aussi de la dissolution de la Chambre des députés ; la presse n'épargnait contre elle ni les injures ni les agressions ; mais , avant de la dissoudre , il y avait à porter quelques lois urgentes, dont la discussion devait entraîner de vifs débats