DUPIN
tSO MINISTÈRE LAFFITTE.
Eu effet , le Roi savait avec quelle abnégation j'avais soutenu son gouvernement, malgré le déplaisir que m'avait causé la fausse position où il m'avait placé dans sa composition à l'anglaise. Il voulut m'en témoi* gner sa satisfaction.
Le 7 novembre , je reçus de Sa Majesté la lettre suivante :
« Je ne veux pas me coucher, quelque fatigué que je sois, sans avoir la satisfaction de vous annoncer moimême que je viens de vous nommer chevalier de la Légion d'honneur. Croyez que c'est de tout mon cœur que j'ai fait un acte que je vous devais non-seulement comme Roi , mais comme duc d'Orléans ; et que je jouis d'avoir pu vous donner ce témoignage de vos services publics et cette marque de mon amitié. — L.-P. >i
Ce ditûàtiche âoir, 7 novembre 1830.
Le lendemain 8 , à sept heures du matin , je répondis à Sa Majesté :
w Sire , à mon réveil , mon premier acte est de remercier Votre Majesté de la bonié qu'elle a eue de me nommer chevalier de la Légion d'honneur , et spécialement de sa lettre d'hier, par laquelle elle daigne m'annoncer elle-même cette faveur. Cette lettre devient pour moi le diplôme officiel de ma nomination ; je la place au rang de mes titres les plus précieux, à côté de ces trois couleurs que le lieutenant général du royaume m'a permis de prendre sur son bureau au Palais-Royal , en échange de ma cocarde tricolore , le samedi 31 juillet k six heures du matin { une de ces dates qu'on n'oublie point) t
» Sire, je prie le ciel que le Roi n'ait pas trop besoin de ses amis ; mais je supplie aussi Votre Majesté de
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rester bien convaincue qu'entre tous y l'avocat du duo d'Orléans y aujourd'hui procureur général du Roi^ se présentera toujours des premiers pour étendre LouiS'Philippe et pour soutenir V œuvre nationale du 9 août 1830.
w J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect et le plus sincère dévouement, Sire, de Votre Majesté, le très-obéissant et très-fidèle serviteur, — Dupin. »
Dupont de l'Eure , en m'adressant une ampliation de l'ordonnance qui me nommait chevalier de la Lé« gion d'honneur, disait , dans sa lettre du 7 novembre : tt J'éprouve une véritable satisfaction à vous annoncer cette promotion et à vous offrir l'expression de ma haute considération et de mon sincère attachements y»
Attaques contre le premier ministère, (9 novembre 1630.)
Peu de jours après la constitution du ministèro Laffitte , la politique suivie par le précédent cabbiet fut attaquée par les orateurs de l'opposition. On discutait une loi sur les garanties exigées des journaux, pour prévenir les abus et les excès de la presse. — • M. Benjamin Constant prit la défense des journaux, et principalement des nouveaux journaux ; et il y trouva l'occasion d'attaquer la marche de l'ancien ministère et ce qu'il appelait le mauvais choix des fonctionnaires. Cela , selon lui , justifiait les journaux qui les avaient attaqués* — On reprochait à ces journaux d'avoir sou« tenu les clubs et les sociétés secrètes. — a Mais, disait malicieusement l'orateur , comment n'auraient - ils pas eu le droit de le faire quand ils se rappelaient qu'un des anciens ministres (M. Guizot) avait été l'un des présidents de la société Aide-toi, le ciel t'aidera.
el qu'un des membres du ministère actuel (M. Mérilhou) avait été Tun des membres les plus assidus des sociétés secrètes qui n'ont cessé d'agir sous la Restauration. ^>
M. Guizot répondit à M. Benjamin Constant; il exposa éloquemment devant la Chambre comment il avait entendu la révolution de Juillet. Ce sont mes adversaires 9 dit-il, qui la dénaturent en l'exagérant et en voulant la jeter dans des excès dont il importe au contraire de la garantir. Quel a été le caractère de cette révolution? «c Elle a changé une dynastie en resserrant le changement dans les plus étroites limites possibles; elle a cherché le remplaçant amsi près quelle le pouvait de la dynastie tombée, n (Vive interruption à gauche).
Cela sentait son Guillaume III ^ et M. Guizot tombait par là sous le coup de l'objection qu'on lui faisait perpétuellement de n'avoir voulu voir dans la révolution de 1830 qu'un reflet de la révolution anglaise de 1688 et une quasi restauration.
M* Odilon Barrot se leva pour répondre à M. Guizot Modeste y il s'excuse de ce que lui , nouvellement arrivé dans cette chambre , il entreprend de répondre à un orateur puissant dont les opinions ont une grande sympathie avec la majorité dont il attaque l'esprit.
Il reproche en effet à cette majorité comme à M. Guizot personnellement 9 a de n'avoir voulu voir dans le nouvel état de choses qu'une espèce de continuation de la Restauratian y> (Murmures au centre
gauche) et il développe cette idée.
Venant ensuite à la loi en discussion et aux précautions que cette loi a pour objet de prendre contre les journaux, il déclare qu'on cherche vainement des ga-
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ranties dans les entraves. « La garantie, dit-il, est dans le bon sens du pays , dans son heureuse organisation par suite de laquelle toute la face du sol est couverte de propriétaires , d'industriels , d'hommes intéressés au maintien de Tordre ; a ce point qu'on a vu le pays prendre Vinitiative sur les magistrats euxmêmes pour garantir l'ordre social lorsqu'il était menacé (Agitation).
Voix du centre : C'est là le mal I
Je monte à la tribune à mon tour, pour répondre , non pas précisément au même point de vue que M. Guizot, mais pour montrer comment le centre gauche avait entendu la révolution.
M. Dupinainé : « C'est une lutte honorable sans doute que celle quevous voyez s'établir entre des hommes doués également de mérite et de conscience, et qui ne viennent rivaliser devant vous que de lële pour le bien pubUc , différant seulement sur les moyens , se divisant quelquefois sur les doctrines, mais s'accordant sur ce point que tous veulent la hberté , que tous veulent la gloire et la prospérité du pays.
n Ainsi chacun revendique Thonneur d'être plus près des inté^ rets nationaux , de les mieux comprendre , et d'être en état de les mieux servir. C'est nous, dit l'un , qui étions dans le mouvement national , c'est nous qui l'avons mieux compris ; d'autres voulaient, en outrant le mouvement/ le dénaturer, et nous avons dû nous y opposer. — Nous voulons tous la liberté que peut comporter un gouvernement constitutionnel représentatif bien organisé, mais nous ne voulons pas de la république : il n'y a pas, à l'époque où nous sommes arrivés, assez de vertus, assez de désintéressement pour se bercer d'un état social que les publicistes ont voul^ fonder uniquement sur la vertu. Nous ne voulons pas non plus d'un gouvernement qui serait sans cesse poussé par des émotions populaires^ nous ne voulons pas d'un gouvernement qui, sous prétexte d'être libre, ne serait que licencieux , et qui , mettant de côté toutes les lois, ne pourrait régner que par Tanarchie, qui trouverait tout le monde pour commander, et personne pour obéir» ( Voix au centre :
C'est bien cela, c'est bien cela.) Nous ne voulons pas de vaines théories, elles ont fatigué notre nation; passons-les en revue, mais pour en retenir seulement ce (jui est praticable; consultons Texpérience , allons pas à pas ; né refusons pas les progrès , mais au lieu de marcher en hommes qui n'auraient aucun sentiment de Favenir, marchons en hommes éclairés qui veulent le bien du pays. (Mouvement d'adhésion.)
» On a reproché à l'ancienne administration dont vous avez entendu l'un des principaux organes, de n'avoir pas compris le mouvement de la révolution, de s'être trouvée faible, quoique environnée de forces immenses, parce qu'elle n'avait pas su s'en servir et les appeler à son secours.
n Sans doute l'administration s'est trouvée environnée de forces; ces forces ont été sublimes quand elles ont résisté à la tyrannie, sublimes en maniant les armes, sublimes surtout en se reposant, en invoquant les lois pour lesquelles elles avaient combattu : mais quelques portions de ces forces ont survécu à la victoire; non pas peut-être la portion la plus magnanime , non pas celle qui avait le plus contribué à assurer la victoire et à faire triompher les droits du pays; mais la portion la plus active, la plus turbulente, soumise à son insu à des chefs qui n'avaient pas tous été des chefs lors de la victoire, et qui poussés par des hommes factieux cher* chaient à butiner sur la victoire; des hommes qui se tenaient en face du pouvoir, non pas dans l'intention de le seconder dans l'action des lois, mais de se rendre menaçants, de lui susciter des embarras, d'appeler des résistances.
n Je ne méconnais pas ces difficultés ; elles ont pesé sur le cœur des bons Français ; elles ont dû afÛiger les hommes qui voulaient cette force sans laquelle les lois demeurent impuissantes, et ne peuvent faire aucun bien au pays.
» Mais si le gouvernement n'a pu se saisir de ces forces im# menses dont on parle, à qui l'imputer? Vainement la téie délibère, si le bras n'agit pas ; vainement un ministre de la justice donne* rait des ordres , si les magistrats ne les exécutent pas et restent muets. Vainement un ministre de la guerre commanderait aux troupes de marcher, si les chefs n'exécutent pas les ordres ; vai-* nement un ministre de l'intérieur combinerait un sage système d'administration , si les préfets n'avaient pas agi en conformité. ( M. Odilon Barrot demande la parole.)