‹ Mémoires de M. DupinChapitre 49 sur 113 · ATTAQUES CONTRE LE 1" MINISTÈRE · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE LE 1" MINISTÈRE

tort? àceux qui voulaient mettre des théories à la place des lois, ou à cettx qui voulaient des lais, même avec leurs défauts , parce qtie, hors des lois, il n'y a que désordre, et qu'une règle imparfaite vaut toujours mieux que l'anarchie?

Fallait-il donc commencer par s^entourer de débris, sous prétexte de reconstruire à neuf? Ainsi on a vu révoquer en doute le pouvoir de la Chambre, apparemment pour attaquer ensuite les actes les plus solennels auxquels elle avait attaché son nom. On a vu ensuite attaquer les électeurs à 300 fr., parler de Taristocratie des plus imposés, en faveur de ceux qui le sont moins, sans réfléchir que ce qu^on dit en faveur de ceux qui payent moins, il faudra le dire de proche en proche, en descendant jusqu^au dernier anneau de la chaîne, en sorte que l'homme d'un sou finirait aussi par être un aristocrate vis-à-vis de qui ne paye rien ! (Rumeurs diverses.)

On allait ainsi au radicalisme absolu. N^ était-il pas sage d'y apporter un frein? Quoique je n'aime pas Faristocratie ni les privilèges, quoique je sois, par les convictions de toute ma vie, un homme du droit commun, je déclare que le jour où Ton voudrait appeler les masses à prendre part aux affaires, nous serions envahis par une activité qui nous dévorerait. Il faut s'abréger pour gouverner. Notre gouvernement n'est pas un gouvernement auquel trente-deux millions d'hommes soient appelés à prendre directement part. C'est un gouvernement représentatif , où il suffît que l'intérêt général ait pour organes des hommes qui représentent le droit commun , sans partialité , sans privilège. Quand ceux qui représentent leurs concitoyens ont des intérêts homogènes , il n'y a rien à craindre pour V égalité. Mais il y a dans un moindre nombre une garantie d'ordre qui ne peut se trouver dans la multitude. Pour moi, je le déclare, de pareilles prétentions seraient intolérables. Certes, le ministère actuel veut, comme l'administration précédente, l'affermissement du trône constitutionnel, et il en a cTonné la preuve en acceptant le pouvoir au milieu de pareilles circonstances. Mais s'il devait rencontrer les âiêmes difficultés, les mêmes résistances, il serait obligé de se démettre, à peine de servir d'organe à l'anarchie. (Mouvement.)

Ne nous laissons pas abuser par la fausse apparence d'une vaine popularité: le peuple a ses flatteurs ^ comme les rois. Ceuxlà le flattent, qui, contre leur conviction, lui supposent une ca- II. IT

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pacité que lui-niétne ne réclame pas. Il est plus franc de dira qppiquefpjs ^^x fpa^ses : vous n'y entendes rien. Laisses oom- W^P^er lin tel; il 4 gprv», il a étudié. Rapportcs-wous-en 4 te} autre; il sait ce que voiis ne saves pas. De môme que si vous entrez dans leurs ateliers, et qiie vous prétendiez manier leurs OMtils, ils vous diront fort bien : Laissez cela, monsieur, vous n'y entendez rien, vous allez vous blesser. (Marques d'approba* tion.)

he peuple ne demande qu'une chose : c'est qu'on ne lui fasse poipt d'injustice; qu'il n'y ait ni préférence, ni privilège; qu'on ^onvprne par le drpit commun et pour l'intérêt général. Oui, le pfsuple ^ du bon sens; écputops sa voix, ses vœux légitimes; fixais il saura entendra la voix de ses députés; de cette enceinte fiussi, la vérité doit sprtir pour pe répandre au-dehors. Avec le Roi que nous avons, avec une majorité dans cette Chambre, acguisp (t'avance à tout ce qui sera proposé de raisonnable, le gouvemenjei^t saura surmonter toutes les résistances, asseoir un ordre de choses régulier auquel la nation entière s'emprpssera d'adhérer, (l^^rques très-vives d'adhésion... Agitation prolongée.)

Philippe Dupin à la tribune.

(Séaucp du 24 novembre 1830.)

, Le 24 novembre, je présidais la Sjêancp. — Ifloi^ jeune frère Philippe Dupin monta pour Ift première fois |( la tribupe. (Vif mouvement de curiosité , dit le Con-êtitutionnel). — Et en effet, il parla avec un talent remarquable^ et son discours souvent approuvé ftit, à la fin , couvert par les bravos de l'Assemblée. J'en fus vivement touché : tput }e monde \e femftrqijft; et l^ ÇomfitutiQfimf prit ^piq d^ le constater eq ces fermes : « U. Philippe Dupin descend de la tribune au milieu des marques universelles d'approbation , et reçoit les félicitations de plusieurs de ses collègues. Pendant ce discours, on remarquait que M- le vjce-présideut Dupin, debout devaut son fauteuil, suivait l'qr^teur

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avpc Ifi plus vif intérêt, et donnait dos sigpp» d'^hésion h tQm les prinpipes qu'il exprimait. Il était faqile dp voir combien M. Dupia fiîné , était profondément touché de r^ccueil flatteur que son frère, dès son début parlepaent^re , recevait de tonte l'Assemblée.^ "

Question de la guerre et de la paix.

(6 décembre 1830.)

La questioq de la guerre pu de h pai^i: a été l'un des plus grwds périls du gouvernement de «Juillet.

La révplutio» opérée en France avait eu sou retentissement et son contre-coup eu Belgique , en Italie , e« Pologne.

Les révolutionnaires de Fraqce auraient voulu qu'on 4id^t ^ faire 4ussi une révolutiop dans chacun de ces trois p^ys.

I)s voulaient qu'p» piît de côté les traités de 1815, et qu'on les copsidérât conme non c^venus. — C'eût ^té de fait déclarer la guerre à l'Europe ; c'eut été provoquer et appeler aux armes toutes les puissances Siguataires de ces traités.

Les réfugiés de tous les pays poussaient à un mouvemept qu'ils regardaient comme le seul moyen pour eflx de rentrer dans leur patrie. Initiés à toutes les sociétés secrètes de France, on trouvait plusieurs d'entre eui^ dans les clubs , danp les émeutes. Ils corfespppdaiept avec les conspirateurs de leur opinion restés a l'étranger. Ils soutenaient que le devoir de la Révolution française était de ^oxxiemv fraterneHemmt toutps les ré vplu lions. Ils se prévalaient de prétendues prQi^e$ses d'epcouragen^ents données à ces projets de soulèvemeut par Lafayette et d'autres chefs des idées pppulaires.

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Dans l'impossibilité éprouvée d'amener le gouvernement français à soutenir de semblables velléités y on cherchait à se passer de lui y en armant sans son aveu des bandes sur les frontières ; on faisait dans les rues de Paris des manifestations avec les cris de vive la Pologne! Les orateurs de l'opposition la pluS avancée, dont les opinions répondaient à ces pensées , cherchaient à enflammer les esprits par des discours belliqueux. Les souvenirs de 1814 et de 1815 étaient évoqués; les journaux faisaient chorus; en un mot, tout était mis en jeu pour forcer la main au Roi et pousser son gouvernement à la guerre.

Lamarque et Mauguin étaient dans la Chambre des Députés les organes redoutables de ces tentatives : c'est contre eux qu'il me fallut lutter; et l'énergie que j'apportai dans la résistance, m'a valu dans le temps assez d'inimitiés et même de périls, pour que j'aie eu depuis quelque droit de m'en prévaloir.

Le 6 décembre 1830, à l'occasion de la levée de 80,000 hommes , j'eus à défendre la politique du gouvernement, dans sa conduite pacifique avec les gouvernements étrangers.

Les 15 et 27 janvier 1831 , il me faudra revenir avec plus d'insistance encore sur le même sujet, repousser les reproches , réfuter les objections au milieu des circonstances les plus ardentes ; car alors Bruxelles en Belgique, Bologne et Modène en Italie, Varsovie en Pologne, étaient en insurrection et pour ainsi dire en feu.

Ces trois discours assignent son véritable caractère à la question, et montrent à la fois sa gravité et la vivacité avec laquelle elle fut agitée de part et d'autre.

Je rapporterai d'abord ici celui du 6 décembre, dans

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