‹ Mémoires de M. DupinChapitre 57 sur 113 · LOIS DES COMMUN.— SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

LOIS DES COMMUN.— SUFFRAGE UNIVERSEL

Dans la séance du 3 février, j'avais soutenu contre Berryer que les maires devaient être laissés à la nomination du Roi , à la charge seulement de les prendre dans le Conseil municipal, dont les membres devenaient ainsi une véritable liste de candidats présentés par la commune.

A la séance du 9 février, une question bien plus grave se présenta : celle du cens électoral. — Y aurat-il un cens électoral ? Le nombre des électeurs serat-il par conséquent limité à ceux qui payeront ce cens? — Ou bien admettra-t-on indistinctement tous les habitants à voter en vertu de leur seule qualité de ci*^ toyens français? Aura-t-on ce qu'on a appelé depuis le suffrage universel?

Le parti de V hôtel de ville, An programme, du mouvement (tout cela est synonyme), ce parti représenté dans la Chambre par les membres de Vextrême gauche, devenus les organes du radicalisme^ voulait supprimer toute condition de cens. Le général Lamarque , dans un amendement spécial, avait même introduit la clause que le droit de suffrage appartiendrait « à tout garde national porteur d'un uniforme ( blouse avec ceinture en cuir et casquette à la Marie-Louise I ) » — Je me levai pour repousser ces tentatives, que je considérais comme anarchiques. Je le fis avec vigueur ; je le fis aussi avec succès. Les amendements furent écartés par la Chambre , et la condition d'un cens maintenue. Mais, hélas I quelles interruptions! quelles colères I quels cris I Qu'on lise cette séance dans les journaux I Podenas, Demarçay, Corcelles, etc. ^ — Et le lende-

^ Souvent importuné de leurs cris, le général Foy, qui siégeait près d'eux, disait un jour dans un mouvement d'impatience : « Je voudrais que Corcelles eût avalé Demarçay, et qu'une indigestion nous débarrassât de tous les deux. »

main , et plusieurs jours encore après , quelle amertume dans la polémique de la presse ! Elle sonnait les premières vêpres de Témeute qui devait cinq jours plus tard venir à mon domicile avec le dessein de m 'égorger !

Deux journaux cependant osèrent prendre ma défense : le Temps et le Journal des Débats, - — Je transcris ici leurs articles. Quant à mon discours, qui avait suscité tant de colères, on le trouvera dans le Moniteur.

Le Temps du 10 février 1831.

Aujourd'hui 9, la lulte renouvelée par un amendement

du général Lamarque a été tranchée par M. Dupin. Les interruptions ne r empêchent pas de parler. Les préventions ne doivent pas nous empêcher de rendre justice à son beau talent. Il y eut une époque où la France entière le proclamait : nous savons ce que le dépit causé par des apostrophes inconvenantes peut lui inspirer d'expressions hardies et de vivacités blessantes ; mais au fond de tout cela , que de raison , de verve et de lumières ! Nous regrettons pour notre pays d'être réduits à croire que nous faisons un acte de courage en parlant ainsi : mais la vérité ne doit pas plus nous coûter en faveur d'un beau talent^ qu'elle ne nous coûte (contre certaines incapacités.

Journal des Débats du 11 février 1831.

Il nous est impossible de garder le silence sur le scandale de la séance d'hier. On dirait que cerlain parti charge M. Dupin de toute la haine que ce parti ressent pour la majorité de la Chambre. C'est un privilège que vaut à M. Dupin sa parole vive et franche. On trouve plus facile de l'apostropher violemment , de l'interrompre par des menaces et des cris, que d'entrer en lutle à la tribune avec un orateur peu commode. Chaque fois que M. Dupin se dispose à parler, une irritation incroyable se manifeste dans un côté de la Chambre, comme si l'on prévoyait qu'il va dire le mot qu'on ne veut pas entendre, et frapper juste et fort. Si M. Dupin consentait à ne laisser échapper qu'une moitié ou un quart de la vérité y s'il s'enveloppait de restrictions, de ménagements , s'il n'allait pas droit au but, on consentirait aussi à lui prêter atten-

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