‹ Mémoires de M. DupinChapitre 58 sur 113 · LOIS DES COMMUN.— SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

LOIS DES COMMUN.— SUFFRAGE UNIVERSEL

tion. Mais on a beau faire, il faut entendre la vérité tout entière, et c^est là ce qui blesse au cœur, c^est là ce qu^on appelle soulever les passions!

En vérité, quand on a une susceptibilité si délicate, il serait juste de donner Fexemple de la modération î Est-ce par hasard que les minorités seules ont le droit de dire tout ce qu'elles veulent ? Le rôle de la majorité doit-il être un rôle de résignation et de patience plus que chrétienne ? Quoi donc ! au moment même où la Chambre prépare pour les quarante mille communes de France une loi d'affranchissement et de liberté, on Taccuserade faire des ilotes y de ressusciter je ne sais quelle ansiocraiiie féodale , et toutes ces accusations resteront sans réponse ! et Ton n'en fera pas voir, en termes énergiques, l'injustice et le ridicule! et si quelqu'un entreprend de venger le bon sens et la Chambre, les accusateurs se plaindront! ils jetteront les hauts cris! ils prétendent qu'on les insulte! Certes, jamais pouvoir constitué n'a montré plus de longanimité que la Chambre. Il n'y a rien qu'on ne lui dise, même à la tribune, en termes plus ou moins couveris. Que la minorité prenne exemple sur la majorité! Qu'elle se résigne aussi à entendre quelquefois des choses qui peuvent paraître dures à ses oreilles! et lorsqu'elle parle si souvent d'ilotisme, d'esclavage, d'aristocratie, qu'elle souffre qu'on lui parle de projets anarchiques attentatoires à l'ordre social.

L'espèce de persécution dont M. Dupin est l'objet ne peut que lui faire honneur. C'est son courage, c'est son talent, c'est sa persistance à défendre les vrais principes de l'ordre et de la liberté que l'on persécute. On lui en veut plus qu'à un autre parce qu'il e&tplus gênant qu aucun autre *. Ses coups ne frappent jamais à côté : voilà son crime, mais voilà aussi son titre de gloire aux yeux des hommes impartiaux. Certes il eût été facile à M. Dupin, avec son immense talent, de se mettre, s'il eût voulu, à la tête du parti exagéré, et personne ne lui eût disputé le premier rang. Il aurait joui comme un autre, plus qu'aucun autre, de cette popularité bruyante et factice qui enivre. M. Dupin ne l'a pas voulu; il est ces té invariable dans ses idées d'ordre et de modération. Eh bien! c'est là le plus rare de tous les courages, c'est celui dont il y a le moins d'exemples dans les temps de révolution, c'est le courage de l'honnête homme et du bon citoyen.

^ Quia contrarius est operibns nostris.

290 MINISTERE LÂFFITTE

Saint' Germain VAuxerrois. — L'Archevêché. L'hôtel rue Coq-Héron.

La journée du 14 février fut un jour déplorable pour l'administration municipale de la ville de Paris ; elle est restée comme un jour néfaste dans les souvenirs des bons citoye;i8.

Sans dou(e ce fut^ ou une provocation coupable^ ou du moins une inconcevable imprudence de la part des amis de la dynastie déchue , de faire célébrer avec ostentation dans l'église Saint-Germain l'Auxerrois un ser- ¥ice funèbre pour l'anniversaire de la mort dn duc de Berry, en y convoquant les personnages les plus hostiles à la révolution de Juillet, en relevant des emblèmes qu'elle avait renversés, et cela en face des tombes des victimes de Juillet ensevelies au pied de la colonnade du Louvre et reposant à l'oml^re de quelques drapeaux tricolores.

Mais ce fut un crime de partir de là pour dévaster l'église même, pour en arracher le symbole de la Croix, pour aller ensuite près de l'église métropolitaine démolir l'Archevêché , parce qu'on en voulait à l'archevêque, piller ses meubles et jeter dans la rivière les volumes dont se composait la plus riche bibliothèque ecclésiastique de France I

Ce fut un délit moindre, mais c'en fut un trèsgrave , d'envoyer un détachement de cette horde dévastatrice, au domicile d'un citoyen, avec mission de le mettre à mort, et cela, parce qu'il était député et qu'on voulait donner une leçon à la Chambre dont il faisait partie * 1

^ Nota. — Les émeuiiers du 14 février (1831) avaient aussi porté

Les deux préfets n'ont rien fait pour prévemr ni pour empêcher ces désordres. L'un d'eux , il esl vrai, les a flétris à la tribune : l'autre a tenté de les excuser, en les rejetant seulement sur Yignorance d'un peuple pour l'instruction duquel on ne faisait rient La Chambre seule^ par son attitude, a montré combien elle réprouvait ces excès.

On trouvera dans les Annexes :

1" La série des faits; — les rapports officiels; — le récit des journaux;

2** Le procès suivi devant la Cour d'assises ;

3** L'opinion de la presse à Paris et dans la Nièvre sur ce procès.

Je ne veux rendre compte ici que des explications données à la tribune de la Chambre , afin de sortir le moins possible du cercle parlementaire dans lequel je désire principalement circonscrire cette partie de mes Mémoires.

Explications sur les événements du 14 février.

(Séances des 18, 19 et 20 février 183L)

Il était impossible que les événements du 14 février n'occupassent point l'attention de la Chambre des députés. C'est ce qui arriva à la séance du 18 , sous In

leurs fareors sur les fleurs de lis; les enseignes des fournisseurs de la Cour avaient été brisées. — Ces voies de fait persuadèrent au gouvernement qoUïl fallait changer les sceaux de FÉtaL Une ordonnance du 16 février en fit disparaître les fleurs malencontreuses, et décida « qu'à l'avenir le sceau de l'État r^résentarait un livre ouvert portant à l'intérieur ces mots : ChmrU de ISSQ, surmonté d'une couronne fermée, avec le sceptre et la main de justice en sautoir et des drapeaux tricolores derrière l'écusson, et pour exergue : Louis-Philippe /«', Roi des Français, »

présidence de C. Périer, où des explications furent demandées aux ministres.

Cette séance est historique. On entendit successivement M. de Montalivet , ministre de l'intérieur, le préfet de police (Baude), le préfet de la Seine (Odilon Barrot). Ces trois discours mirent à nu Fincohérence et la faiblesse de l'administration. — Persil, procureur général , fit entendre une voix énergique , telle qu'il convenait à un magistrat.

C'était une chose merveilleuse de voir les deux préfets, même en condamnant les excès en principe, les excuser pour ainsi dire en fait, et leur trouver une explication naturelle dans ce qu'ils appellaient la inœuvaise marche du gouvernement et Yimpopularité de la Chambre des députés!

Dans le discours du préfet de police se trouvait le passage suivant :

Tâchons de déterminer le caractère des émeutes de Février ; de découvrir si leurs causes subsistent encore, et si elles ne sont qu'une irruption dont le foyer nous menace encore. Remontons courageusement à la source du mal ; je ne mettrais pas ce soin pénible à la rechercher si je ne croyais à la possibilité de la tarir.

Un assez grand nombre de libérés et de voleurs se sont portés sur r Archevêché, sur Téglise Saint-Germain TAuxerrois et sur quelcfues autres édifices publics; mais il est fort remarquable que la masse des hommes égarés qui se sont portés à ces excès a tout cassé, tout dévasté, et n*a rien emporté *. Le 15, un ouvrier qui venait de prendre part à la dévastation de FArchevêché , écoutait avec calme les représentations d'un homme fort éclairé sur ces désordres. « Que voulez-vous? répondait Touvrier, rien ne va, ni le travail ni le gouvernement ; nous n'avons pas de journaux; nous n'allons pas chez le Roi ni aux chambres, et nous employons un moyen de faire connaître que nous voudrions qu'il en fût autrement. » (On rit; interruption.)

' Oh ! les honnêtes gens !

Eh bien, Messieurs, le sentiment que cet ouvrier exprimait dans son langage naïf et par une action grossière dont lui-même qualifiait énergiquement la criminalité , ce sentiment n^était pas seu« lement dans le cœur des hommes qui brisaient, il était aussi dans celui de la masse des assistants qui le témoignaient par une inaction presque approbative. Ce que la dévastation a d'odieux y de barbare, semblait atténué par la leçon quelle donnait au gouvernement, »

M. le préfet de la Seine disait de son côté :

tt Des actes ont été commis qui attestent dans le sein d^une faible partie de la population un reste de barbarie. Je n^hésite point à me servir de ce mot, le plus* dur sans doute qui puisse être employé, quoiqu^on m* ait quelquefois reproché de vouloir flatter le peuple. » Mais cette barbarie, à quoi tient-elle? A l'ignorance ÔMns laquelle on a toujours eu soin d'entretenir les classes inférieures. (Approbation.)

G*est ainsi qu'au lieu d'avoir foi dans des institutions qui nous garantissent l'avenir, dans un mouvement progressif, dans un résultat inévitable de la civilisation , au lieu d'avoir confiance dans le souverain appelé au trône, souverain honnête homme, chacun de nous le sait , qui , au risque de son bonheur et de toutes les jouissances intimes, s'est chargé du bonheur et de la liberté de la patrie (bravo! bravo!), c'est ainsi, dis-je, que V ignorance du peuple fait que tous les bruits, toutes les inquiétudes, les versions les plus absurdes, prennent, à V instant même, à ses yeux, une consistance effrayante.

C'est à cette fâcheuse disposition que doivent être attribuées les préventions qui se manifestent et contre cette Chambre , et contre quelques-uns de ses membres en particulier. Ces préventions sont injustes. Ce que vous avez fait, vous avez cru devoir le faire; mais cette population prévenue ne peut pas venir s'exprimer ici, discuter avec vous; elle ne peut pas venir vous dire avec la franchise de M. le préfet de police ; » // est temps que vous vous retiriez l » (Rires à gauche.) De là des actes violents et extrêmement condamnables contre un des membres de cette Assemblée.

Ainsi, suivant les deux préfets, l'émeute du 14 n'avait été qu'un mode de pétition. — Ce qui me fit leur

dire : a Convenez au moins que c'était une pétition fort mal rédigée ! n

La discussion fut renvoyée au lendemain 19.

A l'ouverture de cette séance, on entendit M. de Quélen, frère de l'ardievêque de Paris, dont les paroles an sujet de l'attentat dirigé contre l'Archevêché et contre le prélat excitèrent un véritable intérêt.

Baude , préfet de police , qui lui succéda à la tribune, donna quelques explications sur le mandat d'amener par lui décerné contre l'archevêque 1

Kératry fit entendre ensuite le langage net et courageux d'un homme de bien justement indigné !..«

Mauguin vint à son tour ^ . . .

Je viens y dit-il, déplorer avec vous les événements dont la capitale a été le théâtre... Il e&t surtout dans les événements des derniers jours un £ût qui a dû tous vous contrister. Comment un attroupement populaire a-4-il pu se porter chez un des membres de cette Chambre ? Que lui voulail-on? Sa personne^ sa vie étaientelles menacées ? La loi ne nous a-t-«lle pas donné le sceau de Finviolabililé? Ce privilège qu^elle nous accorde, est-ce donc pour nous ? Est-ce une faveur qu'elle nous décerne ? N'est-ce pas dans rintérèt de tous qulil nous ^t donné? et Texpérience nVt-eile pas démontré que^ pour que le pays soit libre, il faut que la tribuno soit sans entraves? (Très-bien! très-bien!) Et que deviendra celte iniiolabllîté, premier privilège du député et du pays lui-même, si nous sommes ^obligés de répondre de nos dkcours, non pAS à un tribunal, ^oi n'oserait jamais, sans votre autorisation, nous appeler devant lui, mais à àB& attroupements populaires qui ne ji^nt |)as,, qui condamnent ? (Sensation.)

U fut à cette tribune un orateur illustre ^ ; pour une opinion, pour un met, il fut expulsé d'une chambre : cette chambre a été flétrie par rhistoire ; — et ceux qui attentent à la personne d'un député font plus encore que cette chambre dont on ne peut rappeler le nom sans la condamner comme tyrannique; ils font plus en-

^ Mmitemr du 20 février 1831. — ^ Maniiel.

1831. JOURNEE DU 14 FEVRIER 1831. â»5

core : ib ne se boroent pas à expulser, ils menacent la liberté et la vie.

Ce langage n^est pas nouveau pour moi : il y a déjà dnq mois que, dans une occasion que le hasard m^avait rév^ée, j^ai éh remployer : je Tai employé en effet , il fut suivi de quelque succès. (Murmures divers. Chuchotements.) Quand je crois avoir à me plaindre de quelqu^un^ c^est ainsi que je me venge. (Bruit.)

Ne donnez pas ^ ces expressions une étendue qu'elles n'ont pas : je voulais dire seulement que parfois, dans quelques dis- <x>urs , j'ai pu entrevoir quelques insinuations quipeui-étre n'tmraient pas toujours été bienveillantes,.. J'aurais voulu trouver et smsir plus d'occasions que je n'en ai pu trouver et saisir, d'être utile à tm coUègme que j'estime, dont j'honore... (Interruption. Les regards se tournent vers M. Dupin aîné.)

Mais quittons cette matière, et passons aux événements en eux-mêmes...

(Suit une longue attaque contre les nûnistres y dont l'orateur accuse V imprévoyance).

Je devais une réponse à ce discours ainsi qu'à MM. les préfets. Elle ne se fit pas attendre.

M. le Président : M. Dupin aîné a la parole. (Vif mouvement d'intérêt dans l'Assemblée.)

M. Dupm aine : Parmi les faits qui oot amené cette discussion , il en est un qui m'est assurément bien personnel. Je puis le dire, ce fait est un des plus graves. Sa gravité , on ne se l'est dissimulée sur aucun des bancs de cette Ghandatre. Vous venes d'en avmr ime nouvelle preuve par ce que vous a dit un honorable collègue (M. Mauguin). Il vous a appris que le projet exécuté coKtve moi, lundi 14 février, remontmt à <»nq mois! Il est vrai que dès le commencement de cette dévolution , dès le moment où je me suis montré awc'Ja franchise ^t la netteté de mes opinions, con* formes à ma conscience, à l'opinion de mes commettants, «t que je crois conformes au bien de mon pays , à ^aque manifestation de ces opinions , j'ai été menacé.

Un rapport officiel a été fait à ce sujet dans le conseil des im<nistres, à Tépoque où j'avais l'honneur d'en faire partie. Le kn* demain de ce rapport, un honorable collègue, «n ancien ixNB&èvef

M. Mauguin , qui de sou côté avait reçu des avis particuliers , crut devoir à sa qualité de collègue, d* ancien confrère, et je dois peutêtre ajouter celle d* ancien ami (car nous Tavons été dans le long exercice de la profession d'avocat ) , se présenter à moi ; et il me dit : tf Je sais de bonne part que tu dois être attaqué chez toi aujourd'hui. Il serait peut-être prudent de te tenir à l'écart , et de ne pas t'exposer. » — Je lui répondis : « J'ai quelque chose de pressé à terminer; à onze heures, j'irai au conseil des ministres; à deux heures j'irai à la Chambre; à cinq heures, je rentrerai chez moi , et j'attendrai ces messieurs. » ( M. Mauguin fit un signe affirmatif.)

Ces menaces, ces attaques violentes, multipliées, se sont répétées à chacun de mes actes parlementaires. Elles attesteront au moins que j'ai mis quelque courage à défendre mes opinions, que je n'ai cédé à aucune considération d'intérêt personnel. C'est là , en un mot, le plus grand certificat de bravoure civique qu'on puisse me donner. (Oui! oui ! Adhésion.)

Mon honorable collègue ne doute pas qu'en pareille occasion je lui aurais rendu le même service ; mais j'ai la consolation de penser que parmi les auociliaires de mes opinions , il rCen est aucun qui voulût lui faire courir le même danger, (Marques prolongées d'une vive sensation dans toute l'Assemblée.)

Je ne vous entretiendrai pas de mes périls. J'en ai été assez vengé par le discours de l'honorable M. Delessert, par celui de mon honorable ami M. Persil , par les témoignages d'une foule de bons citoyens. (Assentiment général.) Mais je saisis cette occasion, puisqu'elle m'est donnée, de remercier publiquement la garde nationale de son empressement et de son dévouement, de témoigner ma reconnaissance à ces excellents voisins, dont les . prompts secours attestent cette civilisation grâce à laquelle nous vivons sous la protection d'une véritable assurance mutuelle.

Lorsque je quittai une profession qui ne fut pas pour moi sans gloire et sans de solides avantages, que je devais à la confiance, à l'estime publique, à des travaux assidus, obstinés, entrepris dès l'enfance, à la renonciation à tout plaisir, à l'abnégation de moimême ; lorsque j'entrai dans la carrière des fonctions publiques , je sus que je m'embarquais sur une mer orageuse. Pour l'ignorer, il faudrait ne connaître ni l'histoire, ni le monde, ni les passions humaines. Je conçus qu'il fallait ne pas y entrer et se renfermer

dans Fégoïsme de la vie privée, ou se résigner à les braver; qu^autrement on n* était pas digne de sa mission.

J'ai fait, Messieurs, mon expérience. J'ai connu la popularité, son exaltation, son ivresse; j'ai connu aussi ses retours, sa variabilité, ses injustices, ses inimitiés : je ne me suis jamais enorgueilli des éloges, ils m'ont souvent blessé par leur excès; je ne me suis pas non plus ému des injustices, et les menaces ne m'ont pas intimidé. Mais au sein d'un fait particulier, je dois saisir une considération plus générale. Pour excuser les excès commis par la multitude, j'entends dire sans cesse qu'on ne fait rien pour le peuple; ce serait un tort en effet. Faisons beaucoup pour le peuple, faisons tout ce qu'il est possible de faire, mais entendonsnous sur ce mot.

Je concevrais que dans une société où l'ordre établi constitue des classes privilégiées, les autres fussent qualifiées du nom de Peuple; mais aujourd'hui, dans notre société qui exclut les privilèges, j'ai peine à comprendre quelle classe ou peut spécialement-designer ainsi. Le Peuple français ! reconnaissons la majesté de ce mot, c'est la nation tout entière; le Peuple, c'est nous tous; nous avons les mêmes droits , la même carrière de bonheur et de malheur à parcourir^ car nous vivons dans la même société , nous partageons la même prospérité et la même adversité. Nous avons donc intérêt à faire beaucoup pour le Peuple, à faire beaucoup pour les ouvriers; ils ont besoin de travaux, mais ces travaux ne peuvent être toujours à la charge de l'Etat, il faut qu'ils viennent aussi des particuliers , et les particuliers ne les ordonneront que lorsque notre situation sera calme , lorsque la sécurité sera rétablie.

Si par le mot Peuple on a seulement voulu désigner la classe la plus nombreuse et la moins éclairée de la société, reconnaissons avec ces magistrats qui , par devoir, se trouvent placés plus près de lui et souvent à sa tête*, que son premier besoin est l'instruction : il a été tenu dans l'ignorance par le calcul et la malveillance du dernier gouvernement; il faut l'éclairer et l'instruire, en même temps que lui donner à travailler ; gardons-nous de ce qui pourrait l'égarer. Rappelons-nous que, par cela seul qu'il est ignorant, il est livré aux agitateurs. Les émeutes une fois formées, il devient facile à tous les partis d'en abuser.

^ Odilon Barrot, préfet de la Seine.

U^est-^e pas par sioite des accusations les plus absurdes, les plus contraires à ma vie entière , qu*«ii Va entraîné à vider mon -domtcile avec des cris de mort , et à ne reculer que devant ^tte force citoyenne que Ton ra^coatre partout poar protéger 4ohs les droits?...

... Mais je rentre dans la question générale. Pourquoi la calomnie trouve-t-elle tant de facilité à s^accréditer aujourd'hui? H faut Fattribuer à la direction donnée, dans ces derniers temps, à la polémique. Loin de moi de méconnaître les services qu'a rendus la presse. Ces reproches ne peuvent aucunement s'adresser à ceux qui savent que la mission des lettres est d'adoucir les mœurs et non d'exciter la férocité. Je ne parle point de ces hommes qui réunissent au talent un noble caractère : mais la presse a pu devenir aussi et est devenue l'arme de ceux qui n'ont ni l'un ni l'autre. On n'atiaqne plus seulement les principes, mais les hommes ; on ne réfute plus, on diffame; à force de répéter on fait croire, et quand une fois on croit, on s'irrite et l'on veut tuer. (Vive sensation.)

Ce qui m'a le plus affecté, ce n'est pas mon danger personnel : la mort d'un homme n'est rien, lorsqu'elle est accidentelle; mais si elle est le résultat d'un coup de parti, si elle est une attaque aux opinions, elle devient bientôt le signal d'autres massacres , qui conduisent rapidement à la terreur et à Tanarchie.

Faut-il s'étonner alors si le pays est inquiet, agité, effrayé? Aucune amélioration ne se fait, tout languit, et notre révolution <le juillet, si pure dans ses premiers actes, peut être souillée. Il y a eu des faits graves : non-seulement attentat à la liberté individuelle , mais à des propriétés publiques et privées ; il s'est passé des actes offensants pour la civilisation; et puisqu'on est convenu dans cette encdnte que les destructions entraînaient des dépenses , que démolir, c'est voter un impôt, il faut bien se garder d'approuver ni d'encourager de teb actes, et de les considérer comme une sorte d'exercice du droit de pétition^ .....••

£a attendant^ voici ma disposition personnelle; die est iùv^ùmeê la même. Je professe une modération q«i n'est pas faiblesse, ime fermeté qui n'est que pour ce que je crois vraL Je veux mie liberté largement établie, mais avee des Hmiles; caria liberté sans ynutat fait nécessairement invasion sur le droit d' autrui. Je veux le pro-

grès dans les ii^thutions, mais le progrès par les lois et non par les émeutes^

J*ai toujours combattu les excès, tout ce qui conduisait au désordre, et je les ai combattus comme ami de la liberté , qui sans cela irait se perdre dans la licence. Si j^avais eu quelque doute, il serait éclaire! : je persiste plus que jamais dans mes opinions , car ranarchie pratique ne m'a pas réconcilié avec ses théorbs. (Très-bien! très-bien.)

Journal des Débats : Marques générales et presque universelles d^assentiment.

Moniteur : Marques d*une vive approbation. — Sensation prolongée.

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