‹ Mémoires de M. DupinChapitre 59 sur 113 · SECTION TROISIÈME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIÈME

Casimir Périer. — Ministère du ÏS mars 1831.

Pendant le ministère de Laffîtte, C. Périer était président de la Chambre. J'étais premier vice-président, et c'était toujours moi qu'il chargeait de le suppléer, krsqu'il était empêché par sa santé , ses affaires ou sa fantaisie. Une assez grande intimité s'était établie entre BOUS à la suite de ces rapports , où l'identité de nos opinions et de nos vues s'était toujours renccmtrée.

Depuis quelque temps déjà on sentait que le ministère de M. Laffitte ne pouvait plus durer : au commencement de mars surtout, la pénurie du trésor, l'imprévoyance du ministre et le défaut de crédit étaient tels que, si l'on n'y eût apporté un prompt remède, il aurait fallu suspendre les payements I

Le Roi était dans un cruel embarras pour former un autre cabinet. G. Périer avait fait partie du premier; et malgré l'adresse avec laquelle le Roi l'avait ménagé, le caractère altier et fougueux du ministre avait amené, dans le sein du Conseil, plusieurs scènes qi^ nous avions eu peine à calmer.

C. Périer n'aimait pas Laffitte ; il n'était pas fâché de le voir à bout. Il avait contribué à arranger les affaires de sa maison de banque lors de l'entrée de LaJBBtle à la présidence du Conseil : mais il l'avait fait avec la satisfaction intérieure que lui laissait le senti* ment de la protection qu'il venait d'accorder à son rival.

Toutefois, il hésitait à le remplacer. Il faisait des conditions.

La loi du venait d'être volée sous la présidence

de Périer. C'était naturellement à lui qu'il appartenait de la porter au Roi. Mais il ne le voulut pas; il craignait la conversation , et il m'écrivit à la hâte ce petit billet tracé avec le désordre nerveux de l'impatience : « Je prie M. Dupin aîné de vouloir bien porter la loi ce soir à 8 heures. — Son dévoué collègue, Casimir Périer. (11 mars 1831). »

Je me rendis effectivement le soir au Palais-Royal avec le bureau de la Chambre. Le Roi était triste et soucieux. L'entretien fut court en présence des secrétaires. Au moment de sortir le Roi me retint. Je priai mes collègues de m'attendre dans le premier salon.

Le Roi me fit asseoir près de lui sur un canapé. Il me fit part de ses embarras pour composer un nouveau ministère : a Je ne puis plus garder Laffitte , me dit-il, il ménage le parti qui cause tous nos embarras et auquel il est bien temps de résister; et d'ailleurs on me dit que le trésor est aux abois. »

a Mais , lui dis-je , et Casimir Périer ? Celui-là n'est pas d'humeur à céder ! w — « C. Périer, me dit le Roi, a un autre défaut : il s'irrite facilement, on ne sait comment le prendre. J'ai fait ce que j'ai pu pour le décider, je n'y ai pas réussi. D'Argout et Montalivet

Page 1