‹ Mémoires de M. DupinChapitre 65 sur 113 · II · texte numérisé non relu

II

nous sont proposées^ et dâ terminer cette sesuoa. Les éleeteiirs joueront, notre conduite et no« tra¥aux. Que le pays attentif relise le passé ; nom avon» combattu k» elubs y ks^ émeutes, la propagande , les associatiom qui ont pour objet de Vappu^r; si la France lient de tout cela, ce quà Dieu ne pkbe, elle choisira èe& députés qui le voudront; si au contraire elle veut la nouvelle dynastie, la Charte de 1830, avec tous les dévtkppemeiits que neiis lui avons donnés et ce qui nous reste encore à faire; si elle vent accroitre la confiance publique, le crédit, la pro^énté commerciale, elle donnera au gouvernement lafmtce de contenir toms les Jaetieux^ çpd voudraient autre chose que tordre établi. (Bravos nombreux et prolongés.)

Les Samt-Simaniens.

Les Saint-Sîmoniens commençaient à faire parler d^eux. Leurs prédications , leurs costumes , avaient attiré ratteation ; leurs doctrines frappaient les uns par leur singularité, effrayaient les autres par la hardiesse ou rimmoralité de leurs conséquences. Je trouvai Toccasion d'en parler à la Chambre à la fin de mon discours du 19 décembre 1831. Ou ne fit d'abord qu'ei^ rire. Plus tard^ on comprit par le danger ce qu'il y avait de sérieux, et même les tribunaux eurent à s'en occuper. — Quoi qu'il en soit , voici le fragment du discours dont je viens de parler :

Une prétendue nouvelle religion... (Bruits diveors. — ^Interruption,)

Messieurs , ce serait la première assemblée poUtique où Fou n* accorderait pas une grave aUention à tout ce qui tient à Fintro» duction de ce qu'on annonce comme une nouvdie religion. Certes les anciens ne manquaient pas de dieux, et le nombre incroyable de leurs divinités sembkit devoir les rendre plus âieiles sur Fintroduclion de nouveaux cultes^ Et cependant, dons les réfiiblîqnes anciennes, chaque fois qu'un nouveau culte cherchait à s'introduire dans FÉtat , les Consuls et le Sénat en connaissaient extraordinairement, parce qu'ils saivatent bien que ces religions

1831. LES SAINT -6IM0NIENS. a»

qui cherchaient à s^infiltrer pouvaient cacher de mauvais desseins centre TÉtat ; que des conspirations s'attachent ordinairement aux aiBlialions , aux mystères, à t»ut ce qui n'est pas patent» avoué, à ce qui n'a pas reçu la sanction des lois et du temps. Eh bien ! les hommes qui n'osent plus se présenter aujourd'hui avec leur ancien masque , et dont la 6gure est la même en dessous , propagent aujourd'hui une nouvelle religion , en haine de la propriété individuelle, de l'hérédité. Ils s'interdisent le mariage; ils ne cooDatSMut pas les affections de famille, Cês gent-là; ils voudraient aujourd'hui faire de la société un vaste couveni) dont les chefs, sous le nom de capacités ^ seraient des moines, et dont lea membres, sous le nom de travailleurs y seraient des pénitents. (Rire général.)

Ils voudraient aujourd'hui réaliser pour vous PEldorado du Paraguay, où tout revient an chef suprême, et où il exîMs une véritable égalité, celle de la servitude et de l'abrutissemaot les phis complets. (Sensation.)

Ce n'était là qu'un premier éTeil, une sorte de qui vivef On en rit. Eh bien donc, qu'on laisse faire, et toutes ces doctrines et celles du socialisine continueront de fermenter, de cheminer sourdement au sein de la société , pour éclater ensuite dans les insurrections de Lyon, et plus lard, en 1848, au Luxembourg, avec Louis Blanc , dans les ateliers nationaux , à la tribune avec Cabët , Proudhon et Victor Considérant, avec l'es formules du droit au travmt, layroprtété c'est le vot; et après avoir tout menacé, toiit mis en péril, ellies finiront par entraîner tout à la fois la chute d'un trône, le règne éphémère d'une république, et finalement la mine du gouvernement parlementaire, en compromettant quelques-unes de nos libertés par Vuhm qui en avaî^ fait un péril, ou psr l'anarchie fvi, pour un temps du moins, en avait inspiré le dégé^.

Nouvelle loi électorale, (19 avril 1831.)

A peine la Chambre des députés élue en 1830 avaitelle voté la Charte et institué la nouvelle dynastie, que sa dissolution était demandée par divers partis, dont chacun avait ses motifs et ses vues.

Les uns avaient été jusqu'à contester son pouvoir ^ : les légitimistes , parce que Charles X avait annulé les élections; les républicains, d'accord avec ceux-là; parce que les uns et les autres en inféraient la nullité de tout ce qui avait été fait ;

Les hommes du programme y parce qu'ils auraient voulu substituer ce programme invisible, né dans l'imagination de quelques têtes folles, à la Charte sagement conservée dans tout ce qu'elle avait de fondamental, et amendée sur tous les points où l'expérience de quinze années avait signalé le besoin de changements.

Les ennemis du nouvel établissement, quelle que fût leur couleur, poussaient à la dissolution dès le mois de décembre 1830, afin que le gouvernement, destitué de l'appui des Chambres, fût moins en état de leur résister pendant le procès des ministres et en face des émeutes suscitées à cette occasion.

Ces intentions des partis étaient trop manifestes pour que le gouvernement cédât imprudemment sur ce point ; aussi le ministère LafiStte lui-même y résista énergiquement.

On avait apporté une espèce de trêve à ces clameurs par la réélection partielle de cent vingt-cinq députés, opérée en octobre 1830,

* Vide suprà, p. 207.

Page 1