DISSOLUTION DE LA CHAMBRE
C. Périer était désormais en mesure de dissoudre quand il voudrait la Chambre des Députés ; mais ce moment fut encore diffère par les récentes émeutes du mois d'avril; — par les désordres qui eurent lieu an pied de la colonne Vendôme, le l**" mai, jour de la fête du Roi , qui devint par le fait celle de Napoléon, parce que le Roi, en cela peu prévoyant pour luimême , avait rendu une ordonnance qui prescrivait de replacer sur cette colonne la statue de Napoléon : — c*était déjà crier : Vive l'Empereur !
Ordonnance de dissolution de la Chambre de 1830.
Enfin parut, le 31 mai, Tordonnance qui prononçait la dissolution de la Chambre de 1830, — la convocation des collèges électoraux pour le 5 juillet , — et là réunion des Chambres pour le 9 août.
peut dire que Tappétit vient en mangeant, cette loi de 1831 n*à pas cessé d'être attaquée , tantôt par des pétitions , tantôt par des propositions qui ont constitué ce qulon a appelé la réforme élec^ lorale et parlementaire. Les uns demandaient Texclusion absolue des fonctionnaires publics; — les autres, la réunion de rassemblée électorale tout entière au chef- lieu du déparlement ; — d* autres encore, Fincompatibilité des fonctions de député avec certaines fonctions administratives et judiciaires. — On demandait aussi l'admission à Télectorat de ce qu'on appelait les capacités^ c^est-à-dire les personnes inscrites à raison de leur profes8Îoii«Drla8cco«de partie delà liste du jury... — Enfin le journal le Temps, qui pourtant soutenait le gouvernement et le tier»parti, avait ainsi formulé sa réforme : « Que tout juré soit électeur, et que tout électeur soit éligible. » — Ce Ilot n'a pas cessé de monter jusqu'en 1848, et la révolution radicale de Février s'est accomplie au cri vague et indéfini de : Vive la Réforme! poussé par les factieux et stupidement répété par ceux qui jusquelà avaient pris pour devise : Liberté/ Ordre public I — Ils ont dû être contents : ils ont obtenu la république et le suffrage universel !
Rats en campagne aussitôt ! Grande agitation pour influencer les élections.
Et enfin, les 15, 16 et 17 juin, les troubles de la rue Saint-Denis.
Alors reparurent le manifeste du général Lafayette et rhydre-programme de l'hôtel de ville.
Dans ce même mois, le jury acquitta plusieurs accusés qui semblaient avoir mérité condamnation Il
y eut des troubles à l'audience ; des menaces et des provocations contre les jurés et les témoins.
La société Aide-toi j composée de nouveaux éléments, commença à publier ses pamphlets électoraux;
— tous les journaux se mirent à l'œuvre ; on s'acharna comme à l'envi à difiamer les anciens députés. — En 1830, le mot d'ordre était la réélection des 221 ;
— en 1831, les partis disaient au contraire qu'il fallait n'en réélire aucun.
Elections.
(5 juillet 1831.)
Pour mon compte, j'eus à subir dans mon département les attaques des délégués du parti insurrectionnel.
— Un nouveau journal fut créé à Clamecy, uniquement pour combattre ma candidature; les pamphlets, les diffamations se répandirent; le Courrier Français prit sous son patronage spécial le candidat qui m'était opposé.
Un de mes clients, un ancien proscrit, que mes efforts pour sa défense avaient contribué à faire rentrer en France *, n'eut pas honte de se constituer mon antagoniste , avec un cynisme qui le portait à apostro-
* Mémoires, t. !•', p. 133.
pher personnellement les électeurs qu'il savait être de mes amis ; ce qui lui valut de la part de l'un d'eux un
vilain coup de pied qui fit singulièrement rire à
ses dépens, et dont il demanda satisfaction en police correctionnelle ^
En présence de ces menées de mes adversaires politiques, je restai calme et silencieux ; je ne répondis à aucun pamphlet, à aucun article de journal. Fidèle à la règle que je m'étais imposée, je ne fis aucune circulaire électorale, aucune visite aux électeurs. — J'attendis avec confiance le jour de l'élection, comme on attend le jour du jugement.
Le 5 juillet, je fus élu président du collège électoral ; je gardai encore le silence. Le 6, j'obtins la presque unanimité des suffrages (163 voix sur 167 votants) et je fus proclamé député. Alors je pris la parole devant mes concitoyens ; je me devais cette satisfaction : c'était un compte rendu de ma conduite , une réfutation de mes ennemis, une efiTusion de mes sentiments intimes comme homme et comme citoyen. Ce discours a trop de place dans mes souvenirs pour n'en pas trouver une ici.
Messieurs et chers compatriotes , c^est pour la cinquième fois que j'ai F honneur d'être élu député de la Nièvre. Et celte fois-ci , j'ose le dire, l'honneur est encore plus grand , puisque mon élection a été plus vivement contestée.
Si je n'avais voulu qu'un succès facile, il m'était offert par mes amis de Gosne et de Château-Chinon, qui m'ouvraient leurs rangs avec empressement , au moment même où d'autres leur affirmaient que je trouverais moins de partisans parmi vous.
Je n'ignorais pas les menées de mes adversaires , les démarches publiques et les intrigues cachées ; les écrits , les pamphlets , les biographies et les déclarations colportés contre moi jusque dans
^ Voyez Gazette des Tribunaux du 21 août 1831.
les moindres villages... Mais précisément parce que je savais qu'il y aurait lutte, et lutte obstinée, organisée amt place et préparée en dehors dn collège électoral, je n'ai pas dâ céder : et, sans user de représailles envers mes détracteurs, en employant à leur égard des moyens que réprouvait ma délicatesse , et que la vôtre a sans doute condamnés, je suis resté ferme sur ma terre natale, attendant en silence le jour du jugement. Ma conscience me disait hautement que j'avais £EÛt mon deimir ; elle ne disait amti q«e vous sauriez résister à de mauvaises suggestions ; que s'il y a de faux amis, il y a aussi des amis sincères; que s'il y a des hommes faibles ou injustes, il y a aussi des hommes fermes et équitables , et qu'ainsi justice me serait rendue.
Messieurs, je n'ai jamais fait aucune déclaration de principes avant les élections : ces rédaoHons si faciles, et si souvent trom<^ penses, m'ont toujours répugné. Spontanée de ma part, cette espèce de brigue aurait à mes yeux diminué le mérite de l'élection. Imposée par d'autres, cette exigence de leur part eût été, en y cédant, une dépréciation de mon caractère; j'y aurais vu une défiance injurieuse ; je me serais cru traité comme ces débiteurs équivoques avec lesquels on prend des sûretés; et, dans mon opinion , un candidat servile ne sera jamais un député indépendant
Mais , après chaque élection , je n'ai jamais balancé à rendre compte de ma conduite politique et à me montrer tel que je suis.
Je n'ai pas besoin de remonter au delà du mois d'octobre dernier, puisqu'à cette époque, deux arrondissements réunis, consultés sur ma réélection à la suite des fonctions publiques qui m'avaient été imposées, m'ont réélu à la presque unaninuté.
La session de 1830, un moment interrompue, ay«tt été reprise, on a porté plusieurs lois dont les principales sont : la loi qui rend aux communes le choix de leurs ofiiciers municipaux, loi que j'avais depuis longtemps sollicitée ; — la loi sur l'organisation des gardes nationales, cet élément si puissant d'ordre public et de liberté; — enfin la loi des élections, qui a doublé le nombre des citoyens appelés à choisir les députés.
U a fallu faire toutes ces lois et beaucoup d'autres encore, en présence des factions qui s'agitaient dans tous les sens, qui prenaient habilement tous les masques, et qui, soit dans leurs deetrines, soit dans leurs manifestations tumultueuses, offraient souvent la réunion des opinions les plus opposées ; réunion bizarre !
mais facile à expliquer par le désir cammun qui les animait, de renverser d'abord ie gouvernement à peine établi, sauf à se débattre bientôt au sein d une longue et sanglante anarcbie et sur les débnis de tous les intérêts compromis, pour savoir ce qu'on voudrait mettre à la place.
Cest au milieu des inquiétudes causées par les clubs , des agitations excitées par les émeutes , des cris de guerre et de soulèvement poussés par la propagande , et enfin des difficultés suscitées par les associations politiques formées en dehors du gouvernement^ que vous avez pu apprécier la conduite de votre député.
J'ai combattu les clubs comme destinés à entretenir partout des foyers de discorde et de délation, et à contrarier sans cesse l'action légitime des antorités constituées.
J'ai vu dans les émeute qui souillaient le pavé de Paris, outre un grand désordre public, un malheur spécial pour les deux principales branches de commerce de notre déparlement, les boic et les bestiaux : car il est évident que la consommation de la capitale a dû beaucoup diminuer par la retraite des étrangers et d'une foule de riches propriétaires qui, cessant de trouver dans Paris un séjour de paix et de plaisir, ont été chercher dans leurs terres une tranquillité dont cette ville troublée ne les faisait plus jouir.
J'eusse étâ partisan d'nne guerre immédiate , si notre honneur ou notre intérêt m'eussent paru l'exiger, et j'aurais voulu qu'alors elle se fît avec toute l'énergie dont la nation a donné tant de preuves dans toutes les grandes occasions. Une guerre pour la défense de notre territoire ou de nos institutions menacées eût été pour nous la guerre sacrée y et certainemoit nous eussions été vainqueurs !
Mais une guerre d'agression ! une gnerre subite avec des peuples qui voulaient rester en paix avec nous ! une guerre universelle et d'extermination avec toute l'Europe, qui eût amené la mine immédiate de notre commerce maritime, Tincendie de nos ports, des réquisitions de toute nature, qui eussent pesé principalement sur les laboureurs et les marchands ; une guerre qui , par sa soudaineté même, eût compromis le sort de nos soldats en Grèee et en AMque, et exposé nos armées d'abord conquérantes, à être bientôt ramenées sur le Rhin par des forces quadruples ! ye l'avoue, malgré ma vive sympathie pour les peuples généreux qui
332 MINISTÈRE DE G. PËRIER.
courent aux armes pour la liberté , je me suis écrié avec le poète national que j'ai deux fois défendu : mon pays, mon pays avant tout; et j'ai dit, non pas la paix à tout prix ( c est là une calomnie de Fesprit de parti , répétée cent fois, quoique cent fois réfutée) ; mais j'ai dit : point de guerre qui ne soit juste et nécessaire.
Par cette raison , j'ai blâmé certaines associations politiques qui poussaient plus spécialement à la guerre, parce que, tout en rendant justice aux intentions patriotiques de la plupart de ceux qui s'y laissaient entraîner, j'y ai vu un danger imminent par la facilité qu'auraient les instigateurs d'abuser des forces de ces associations pour substituer leur action violente et désordonnée à l'action régulière et légale du gouvernement constitutionnel.
C'est alors que les clameurs ont redoublé contre moi ! J'entends les clameurs de l'esprit de parti ; car la France n'a pas tardé à ouvrir les yeux, et à voir que si j'ai crié qui vive! c'est qu'il y avait réellement du danger.
J'y ai perdu ma popularité , soit : je l'ai compromise quoique je n'aie jamais cessé d'y attacher le plus grand prix! Mais, par l'énormité même de ce sacrifice, on peut juger de l'effort qu'il a dû me coûter ; et l'on doit penser que si je l'ai fait , c'a élé par conviction et par devoir. Je l'ai fait dans ce que j'ai considéré comme le plus grand intérêt du peuple français, de qui vient apparemment la véritable popularité : certain que si la calomnie cherchait à dénaturer mes intentions , la réflexion et la force des choses ramèneraient des esprits faciles à égarer, mais susceptibles aussi d'être désabusés.
£h! comment ne le seraient-ils pas dans le pays qui m'a vu naître, et auquel je n'ai pas cessé d'appartenir par tous les liens de la famille, du domicile et de la propriété?
Sans doute, nul n'est prophète sur son lieu; mais c'est quand on veut se faire passer pour prophète, et non pas quand on veut seulement se présenter tel qu'on est.
Ai-je donc jamais cherché à en imposer sur mon origine? Fils d'avocat, avocat moi-même, si je me suis élevé dans ma profession, c'est par le travail, un travail plus dur que ne voudraient le supporter ceux qui sont envieux de ma position, et qui n'auraient pas eu le courage de se la faire : aujourd'hui procureur général, mais après avoir été étudiant, clerc d'avoué, avocat stagiaire , c^ est-à-dire après avoir passé successivement par tous les
degrés de ma milice. Si j'étais parti à'ïd simple soldat, qui oserait me reprocher d*être revenu avec des épaulettes de général! Eh bien! chaqae parti a son bâton de maréchal; je compte trente années de service actif, et, dans ce nombre, il y en a qui pourraient me compter double, ne fût-ce que celles où j'ai défendu tant d'ingrats!...
On me représentait à Paris comme un ennemi des ouvriers ! Et c'est par mes soins que, sous vos yeux, et sous un régime où Ton n'élevait guère de statues qu aux saints et aux rois, je suis parvenu à faire ériger un monument de marbre et d'airain à un simple flotteur, Jean Rouvet, inventeur de nos flottages, avec cette devise destinée à l'instruction des fainéants : Honneur au travail et à l'industrie !
Mes détracteurs ignoraient donc qu'au milieu de.nos campagnes, toutes les fois que j'ai pu m'y retirer, il n'est pas un laboureur qui n'ait trouvé chez moi bon accueil, conseil et appui? Essayeront-ils aussi de leur persuader que votre député est un homme féodal ? Ignorent-ils qu'à côté de beaucoup de simplicité dans les mœurs , nos petits propriétaires ont aussi beaucoup de droiture et beaucoup de bon sens , et qu'ils ne croient pas si légèrement de pareilles absurdités ?
C'est avec aussi peu de bonne foi qu'on me représentait comme ennemi de la jeunesse de nos écoles; moi qui , tant que l'âge me l'a permis , me glorifiai d'être sorti de ses rangs ! qui lui ai consacré la plupart de mes ouvrages ! moi, le précepteur et l'ami de tous les étudiants en droit que j'ai connus, le patron des jeunes avocats, comme bâtonnier de l'ordre; les excitant sans cesse an travail , en leur reconunandant de chercher leur avancement dans l'émulation qui élève l'âme et lui inspire les plus nobles efforts, et non dans une basse envie qui cherche à tout ravaler à son triste niveau; moi enfin qui dans mes plaidoyers ai toujours cherché à inspirer au barreau ce mouvement généreux, cet élan patriotique que ne démentiront jamais les réqubitoires du procureur général !
Enfin , à entendre mes antagonistes , j'avais changé de bannière, et j'étais aujourd'hui devenu l'ennemi de cette même liberté dont on m'avait vu naguère l'un des plus intrépides défenseurs! — Messieurs, beaucoup de gens qui n'ont pas défendu la liberté quand elle était en détresse, se disent à présent ses plus chauds
partisans; cela s^appelle venir au seconrs du vainqueur: ma» quand mee adversaires eux-mêmes ne penvent pas nier que pendant quinze ans j*ai défendu toutes nos libertés à mesure qu'elles imploraient mon secours, devant les cours d^assises et dans les prisons» à quel honome de bonne foi fera-t^on croire que j*ai cessé de lui rester fidèle, au moment même où elle est devenue triomphante ?
Ah ! je dois le dire dans ce jour qui m'est donné pour confondre la malice de mes ennemis : quand la révolution de 1630 s'est accomplie, si j'avais été un égoïste, un ambitieux uniquement désireux d'accroître mes avantages particuliers, peu de gens: étaimit en meilleure position que moi ! hoaune de la liberté pav quinze ans de combats, homme du Roi par douze ans de services privés, pendant lesquels il avait pu apprécier mon caractère, je pouvais vivre 9ur le pané,,. Il m'eût s»ffi de laisser faire et de ne pas contredire... Je pouvais plus encore : fort de mes antécédents, nommé ministre de la justice par la commission de Thôtel de ville, qui me rendait pleine justice dans la grande semaine, lorsqu'on était encore sous le coup des événements, je ponvaîs^ accepter et me jeter hardiment dans ce qu'on a depuis appelé le mouvement J'aurais été dès lors l'homme par eicelleiice, me espèee de héros ! Mais du train accéléré qu'on voulait imprimer à nos affaires, oà nous eût-on menés?... Mon patriotisme m'a dit alors qu'il ne fallait pas se laisser entraîner par un torrent qui menaçait de tout confondre et de tout engloutir; qu'il fallail résister dans llntérêt surtout de cette liberté si chèrement acquise et si difficile à conserver ; car elle n'a pas seulement à redouter kt attaques de ses ennemis naturels, mais aussi et principaleoMnt les emportements de ses amis les plus exaltés et les oaresàis hypocrites des faux amis qui ne l'embrassent que pour l'étouffor.
Faites-y bien attention : je n'ai pas cessé un seul instant àt marcher d'un pas ferme dans la voie des améyon^ons; aeuie^ ment jîai refusé de courir : et si j'ai paru restar en arrière, ot n'est pas que j'eusse rétrogradé, mais c'est parce que d'autres se sont précipités en avant avec une fougue que je ne voulais p«kit imiter.
Personne , dans la dernière chambre, n'a revendiqué le titne de sauveur ^ c'est là une de ces expressions que les partis prêtent à'ieurs adversaires pour essayer de Us ridieuUser. Kbn, peraonae
en particulier n*a pris ni mérité le titre de sauveur ; et je répé-» terai volontier» avec un illustre général, que ce qui a été de mieux fait dans cette révolution a été fait par tous. Mais par conséquent aussi chacun, en laissant aux autres leur part, a bien le droit de réclamer la sienne. Or, la chambre qui vient de finir était , je dois le dire, animée d'un véritable patriotisme. Plus elle honorait dans son principe la glorieuse révolution de 1830, plus elle a attaché de prix à conserver à ses suites le caractère de gran<feur, de générosité, de justice, qui avait présidé aux actes éclatants des trois immortelles journées! Elle a pensé que c'était une révolution ont profit des lois et de la liberté, qui ne devait pas être souillée dans ses conséquences par Tesprit de désordre et d'anarchie. Elle n'a pas prétendu, et certes je n'ai pas pensé, que ce grand événement irait prendre place dans nos fastes, ni comme une quasi'légitimité, ni comme une quasi-restauration. Rapporteur de la proposition faite par M. Bérard , j'ai posé en termes de contrat synallagmatique, les engagements réciproques du prinee envers la nation, et j'ai constaté, au profit du peuple français, l'iniii»» tive dont il s'était ressaisi dans cette grande circonstance. J'ai opiné pour que Louis^Phiiippe s'intitulât Louis- Philippe /*', et non pas Philippe VU, comma le désiraient d'autres conseillers
qui, toutefois, ont conservé plus de popularité que moi ! C'est
à cette occasion que j'ai dit au duc d'Orléans : u On ne vous choisit pas parce que vous êtes Bourbon , mais quoique vous soyez Bourbon, et à la charge, non pas d« ressembler à vos aines, mais d'en différer essentiellement. » J'ai dit à la Chambre , à kiséance du 30 septembre, « que notra révolution avait pour objet d'accomplir 89 avec franchise, et non de recoMOM^er 1814 avec ses pas Kéifogrades et ses déoepti<»s. » Je nie suis ran^ derrière cette maxime.,, que la Charte désormaàs serait wm- vérité.
Mais en France il y a des gens qui n'ont pas de patience ! on voudrait que tout se ftt à la fois! La Chambre a fait dans une seule session cinquante- deux lois, au milieu des plus grandes difficultés, et il semble qu'elle n'ait rien fait!
Quelques lois restent encore à faire pour compléter les promesses de la Charte : la loi sur la constitution de la deuxième chambre législative; la loi sur la liberté de l'enseignement, la loi sur les attributions des conseils municipaux et départementaux, et la loi sur la responsabilité des ministres, -qui, dans sa juste
sévérité, doit servir de sanction à toutes les autres : — toutes ces lois, je nVn doute pas, seront conformes au sentiment national de la révolution de 1830, et au vœu public régulièrement exprimé par la voix de vos représentants; car votre intention nVst pas, sans doute , que ces graves questions se résolvent par les émeutes et sous les vociférations des factieux.
Notre révolution, gardons-nous de Toublier, est une révolution de progrès et de civilisation ; elle n'a pas eu pour but de livrer les personnes, les propriétés et les lois à la discrétion d'une force matérielle et brutale, qui voudrait disposer de tout comme d'un butin conquis sur l'étranger î
Quant à votre député. Messieurs, vous le retrouverez toujours le même; heureux d'être populaire dans les occasions où il lui sera donné de l'être sans danger pour le pays; mais trop bon citoyen pour sacrifier jamais la vérité à la passion, et assez courageux pour résister, quand il le faudra, dans l'intérêt sagement entendu de notre liberté, à tout ce qui pourrait la compromettre et la faire péricliter.
L'intérêt, dit-on, est la mesure des actions, et plusieurs se deçiandent sans doute quel peut être le mobile de ma conduite? — Messieurs, il ne m en coûte rien de vous le dire. Ah! sans doute , j'ai une ambition. Ce n'est point celle de la fortune. Si tel eût été mon but , j'aurais gardé mon état au point où mes travaux l'avaient élevé. Mais en le quittant, au très-grand préjudice de mes intérêts privés, pour me vouer tout entier aux affaires publiques , j'ai retenu le m^me esprit qui avait guidé mes premiers efforts et qui m'avait soutenu dans ma laborieuse et pénible carrière : u N'épargner aucune veille pour devenir capable; devenir capable pour être utile à mon pays ; et obtenir pour prix de mes services l'amitié de mes concitoyens, l'estime publique, et, s'il se peut, les suffrages de la postérité! n
Messieurs, je tâcherai de vous faire honneur; et j'espère que la France ne reprochera point à la Nièvre de lui avoir renvoyé le même député.
Soutenez-moi de vos efforts : défendons d'nn commun accord le Roi et la constitution.
L'assemblée a ordonné l'impression de ce discours par acclamation.
J'annonçai ma réélection au Roi, en lui envoyant un exemplaire de mon discours.
Dès que le roi fut informé de ma nomination, il se hâta de m'écrire pour me féliciter. Sa lettre porte la date remarquable du 14 juillet ', dans la soirée même des troubles dont Paris avait été affligé ce jour-là , et que la présence de ce prince avait conjurés et fait tourner à son avantage.
u Saint-Gloud , ce jeudi ] 4 juillet 1831 au soir.
)) Je vous félicite de tout mon cœur de votre réélection , et je vous remercie de la manière dont vous me l'avez apprise. Vous savez depuis longtemps combien je compte sur vos sentiments pour moi et combien vous pouvez compter sur les miens. — L. -P.
)) Il était juste que, malgré les efforts des agitateurs, la journée du 14 juillet tournât à l'avantage d'un vieux patriote comme moi. J'ai cru , puisqu'on nous préparait du train, devoir aller y passer la journée, et vous n'imaginez pas à quel point cela a réchauffé l'accueil que j'y reçois toujours. Au reste, toutes ces tentatives n'ont servi qu'à manifester l'antipathie qu'elles inspirent, tant à la garde nationale et aux troupes de ligne qu'aux ouvriers et à toute la population. Je regrette seulement que , dans une des rixes qui ont eu lieu , un jeune homme ait été assez grièvement blessé pour qu'on désespère de sa vie^. Quand on emmenait les nombreux arrêtés, le peuple criait : A Veau, cette canaille! Quon nous en débarrasse donci
)> La Reine, ma sœur, mon fils et tous les miens se
^ C'est aussi ceUe date que j^ avais donnée à la dédicace de mon livre sur les Lois des communes, au duc d'Orléans, en 1823. ^ C'est le jeune Désirabode. Voyez Louis Blanc, l. H» p. 3i5. ir. 22
g^ MINISTÈRE 9E G. PËRIER.
joigaent à moi pour vous remercier de votre discours et
des sentiments que vous y avez exprimés pour nous. »
Convocation des Chambres.
On voit par cette lettre du Roi que les agitateur» avaient profité de la date historique du 14 juillet pour exciter des troubles, et comment ces troubles avaient été apaisés.
Les Chambres étaient convoquées pour le 9 août. Dans cette circonstance, le gouvernement crut ne devoir pas attendre jusque-là : il les convoqua pour le 23 juillet.
Le discours de la Couronne annonçait : — que la question belge avait pris fin par l'élection du prince Léopold à Bruxelles 5 — que les Autrichiens avaient évacué les Etats romains; — qu'une intervention diplomatique avait eu lieu en faveur de la Pologne; — et enfin que la flotte française avait forcé don Miguel à réparation. — A cette époque, don Pedro était à Paris *.
L'anniversaire des journées de juillet fut célébré avec éclat et sans accident.
Clausel et Lobau furent créés maréchaux de France. Ce dernier commandait la garde nationale de Paris depuis la retraite du général Lafayette ; il la dirigeait admirablement ; et comme il avait de la bonhomie en même temps que de la sévérité , MM. les gardes nationaux ne lui en voulurent pas de les traiter un peu militairement : ils s'en croyaient plus militaires euxmêmes.
* Voyez Mémoires, t. I", p. 52L