GIROD DE LAIN PRESIDENT. 8S
Election du Président de la Chambre.
(1" août 1831?)
Les élections de 1831 , quoique très-favorables au gouvernement et à la personne du Roi, avaient produit un grand changement dans le personnel de la Chambre. Beaucoup de membres de l'ancienne majorité étaient restés sur le carreau électoral ; et ils avaient été remplacés par des membres nouveaux , dont quelques-uns avai^it l'humeur un peu vive. Quels seraient les éléments et les tendances de la nouvelle majorité ?...
11 y avait deux moyens de s^en assuret : V la nomination du Président de la Chambre, qui, d'après la nouvelle loi, était restituée à l'Assemblée, ainsi c[ue celle des autres membres du bureau ; 2° le vote de l'Mresse.
Les journaux avaient mis en avant différentes candidatures : celles de Royer-Collard, Laffitte, Dupin aîné, Girod de l'Ain.
Casimir Périer redoutait surtout celle de Laffitte; l'an» tagonisme, entre eux deux , était monté au plus haut degré ; et pour l'éviter, il avait résolu de lui opposer M. Girod de l'Ain , magistrat intègre , roide d'encolure plus que de caractère, orateur sec, à parole brève et saccadée, et dont le nom, peu coloré en politique, lui semblait plus propre à rallier un ensemble de suffrages.
Les Députés n'étaient pas tous arrivés. Quarante-cinq n'airaient pas encore fait vérifier leurs pouvoirs ; il y en avait trente-sept à réélire par suite de doubles élections. — De quel côté irait ce renfort ?
Le scrutin pour la présidence s'ouvrit le 1*' août. Girod de l'Ain fut élu, mais il obtint seulement cinq voix de plus que Laffitte. — Le lendemain 2 août, on
nomma les vice-présidents, et je fus élu par 175 voix sur 343. C'était seulement 4 voix de majorité.
Périer, furieux d'un si mince résultat obtenu pour son candidat, parlait de se retirer. — Le Roi était désolé. Le mardi 2 août, il m'écrivit : « Je voudrais vous voir immédiatement, et je vous prie de venir au Palais-Royal le plus tôt que vous pourrez. Je vous attends avec impatience. Mardi , 2 août 1831. y>
C'était pour m'offrir les sceaux , au nom du Conseil des ministres. Je déclinai cet honneur, et j'en dis les raisons. — « Mais au moins, dit le Roi, venez avec moi dans la salle du Conseil, où les ministres sont réunis, et vous essayerez de les convaincre qu'en refusant vous n'entendez pas vous séparer d'eux, et qu'ils peuvent toujours, ainsi que moi, compter sur votre concours, w — J'y consentis de grand cœur.
Nous trouvâmes Casimir Périer fort exalté. Il était debout, se promenait à grands pas, et disait à ses collègues : « Nous ne pouvons pas rester ainsi ; nous ne pouvons pas compter sur cette Chambre. Qu'est-ce que cinq voix de majorité , qui peuvent nous échapper à chaque instant?^ Prenez ma place, monsieur Dupin, vous au moins vous avez obtenu la majorité. » — a Mais , lui dis-je , si vous ne croyez pas pouvoir marcher avec cinq voix de majorité, comment pourrai-je l'espérer, moi qui n'en ai obtenu que quatre ? »
Chacun prit la parole à son tour, les uns pour calmer Périer, les autres pour me décider. Pendant ce temps, j'écrivis à la hâte sur un carré de papier mes motifs de refus, en m'interrompant quelquefois pour répondre , et profitant des instants où le Roi et les ministres parlaient entre eux pour achever ma rédaction. Peu d'instants après , pour montrer combien ma résolution