‹ Mémoires de M. DupinChapitre 69 sur 113 · GIROD DE L'AIN PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

GIROD DE L'AIN PRÉSIDENT

était arrêtée , je demandai au Roi la permission de lire la Note ci-après, que je déposai sur la table du Conseil pour laisser une trace invariable des motifs de ma détermination :

a En n'acceptant pas les sceaux, je n'ai manqué ni de dévouement pour le Roi ni de reconnaissance pour l'estime que m'ont témoignée les hommes honorables qui me désiraient pour collègue. Mais j'ai dû considérer que, si le ministère se dissout parce qu'il n'a eu que 5 voix de majorité pour le candidat de son choix à la présidence , je ne devais pas me risquer avec une majorité seulement de 4 voix obtenue par moi pour la vice-présidence , à un second tour de scrutin. Je n'ai pas dû compter sur la faveur de la nouvelle Chambre comme ministre, lorsque 200 députés nouveaux, qui ne me connaissent encore qu'imparfaitement, ont néanmoins reçu d'injustes préventions contre moi, à la suite des combats soutenus dans la précédente session et des attaques réitérées d'une presse ardente et partiale. Un certain nombre de légistes sont toujours irrités contre moi à cause du maintien de la magistrature dont j'ai défendu l'inamovibilité. Ces préventions ont beau être injustes, elles pèseraient sur le cabinet; et je veux être un secours et non un embarras pour mes collègues. Ma nomination au ministère , loin de calmer l'envie et l'irritation , augmenterait encore ces mauvais sentiments. — Que si quelques regrets de mon refus se manifestaient cependant dans la Chambre , je m'excuserais par le respect même que j'ai pour la majorité , et par la crainte que j'ai eue de lui être peu agréable ; et , dans ce cas , si quelque justice m'est rendue , si quelque influence s'attache à mes opinions et à mes discours , cette influence profitera au minis-

tère par ma disposition bien sincère à le servir. — 2 août ISai. »

Sur ces entrefaites survint la nouvelle que les troupes du roi de Hollande avaient attaqué la Belgique : — le roi Léopold écrivait au roi des Français pour lui demander secours. Nous étions encore en séance au Palais-Royal quand la lettre du roi des Belges arriva. — « Je reste, dit Périer; nous irons au secours de la Belgique. » — H sentait que cet événement allait lui donner des forces.

Voici quelle était ma position.

Après les élections de juillet, l'animosité de la presse, si vive auparavant, s'était un peu ralentie.

Parmi les journaux , les uns gardèrent le silence et cessèrent de m'attaquer. D^antres même crurent en conscience devoir me rendre quelque justice, ou même enrent le courage de hasarder l'éloge. Ainsi , le Net^ tienal dn 21 juillet, dans une sorte de revue des orateurs de la Chambre , rédigée par Armand Carrel , mêlait honorablement mon nom à celui de MM. Guizot et Casimir Périer : a Voilà , disait l'ardent rédacteur de cet article, voilà les trois grandes renommées derrière lesquelles se rangent nos adversaires ; voilà les plus iiDposdntes capacités que les élections aient laissées an sptème du 13 mars dans la prochaine Chambre. Eh bien, que leur refusons -nous? qu'ont-elles mérité mont la révolution de Juillet que nous ne leur accordions? Quel service ont-elles rendu cimtre le dernier gouvemetoent dont novs ne nous souvenions pas?... » — Seulement il nous contestait l'aptitude à servir aussi bien le gouvernement nouveau...

Le Temps allait plus loin , et , dans son numéro du 27 juillet , il avait eu la témérité de me placer parmi

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