‹ Mémoires de M. DupinChapitre 74 sur 113 · II · texte numérisé non relu

II

354 MINISTERE DE C PÉRIEl.

Et les carlistes de se dire tout bas : Non vraiment, ce ne sera ni la République ni FEmpire; mais, lassés d'eux tous, la nation reviendra à la légitimité. (Sensation.)

Voules*vous un indice manifeste de ce concert ?

Lisez les journaux de Fancien parti royaliste , et les journaux des autres partis dont j'ai parlé, vous y verrez qu'ils gardent des ménagements parfaits les uns pour les autres.

En effet, quant aux personnes, ce ne sont plus les noms chers à la légitimité qu'on diffame; mais les noms des amis les plus fineères de la liberté, ceux qui l'ont défendue avec le plus de courage et de constance lorsqu'elle était opprimée. {Plusieurs voix : C'est très-vrai)

Quant aux doctrines, la Gazette de France et la Tribune^ la Quotidienne et la Révolution, l'Avenir et le Globe, tous s'accordent à prêcher le radicalisme, la liberté absolue, indéfinie, telle qu^il la faut pour qu'elle se détruise elle-même et qu'il n'en reste rien. (Sensation prolongée.)

Les émeutes ont fait ce qu'ont préparé certains journaux.

Une émeute est-elle commencée, n'importe par lequel de ces trm partis, les deux autres s'y mêlent ^. Si quelques libéraux exaltés plantent un arbre de liberté et prennent le bonnet rouge, en criant : Vive la République! les carlistes y courent en disant : ^ravo/ Ce n'est plus la royauté; ce n'est plus Louis-Philippe; tous y preiK sent part. Bientôt aussi on voit arriver sur la scène les malfai* teurs, les voleurs, les vagabonds, qui ne demandent pas des institutions, mais le pillage, d'abord des armuriers, pour faire croire qu'ils ne veulent que des armes, et puis des boutiques, car pour eux toutes les marchandises sont du jmte milieu, (Rires et marques d'approbation.) Voilà le risque qu'on court, et à quelle triste solidarité Ton s'expose quand on prend le parti des émeutes.

La preuve que l'émeute était pour les anarchistes un moyen d'attaquer sans cesse le gouvernement, de l'empêcher de s'asseoir, c'est qu'elle a été ouvertement préconisée dans ce qui est à mes yeux plus qu'un journal, à cause de la force et du talent qui s^

^ Dam le Midi il y a en des émeutes earlitUs, des émeutes dévotes; ailleurs on a vn des émeulei républicainei on bonapartitiet; — tontes ont été anarchistes , accompagnées de désordres , de scènes violentes et de clamenrt sanguinaires!...

ÙHd remarquer, dans un écrit intitulé la Nétnésis; il y a nue livraison qui a pour titre : V Émeute. On n'y dit pas que Témeute est faite par le gouvernement ; loin de là, on avoue qu'elle est faite contre lui C'est une hydre, y dit-on, dont on s'efforcera vainement de couper les cent tètes. Tout cela est dit en vers révolutionnaires par la muse autrefois fleurdelisée de l'auteur de la Némésis, (Rire général et chuchotements.)

Af. Demarçay : A la question.

M. Dupin : Je suis complètement dans la question.

iti. Madier de Montjau : Vous n'y êtes que trop pour quelques-uns.

M, Dupin : Ces émeutes ont été faites contre le gouvernement, et je suis dans la question , puisqu'on a dit que le gouvernement se faisait des émeutes un moyen d'action , comme jadis M. de Villèle (vieille habitude de citer le passé en comparaison avec le présent), comme jadis M. de Villèle faisait de fausses conspirations pour en tirer parti.

Messieurs, il est une règle de droit souvent invoquée dans les accusations : Isfecit cuiprodest, celui-là fait une chose à qui elle doit profiter et qui peut en tirer avantage : c'est avec cette pierre de touche qii^ vous allez voir clair dans vos affaires.

En octobre, le gouvernement avait à peine deux mois d'existence ; les partis avaient eu le temps de se reconnaître et de se former en factions, nous eûmes une première émeute. Voyons d'abord le prétexte, car j'ai dit qu'il y en avait toujours un en même temps qu'une cause.

La cause était de renverser le gouvernement; le prétexte était la prétendue intention de sauver les ministres. On voulait, je l'affirme, renverser le gouvernement ; vous vous rappelez les vociférations proférées autour du Palais-Royal et les torches incendiaires agitées devant la maison du prince.

Le prétexte était qu'on voulait sauver les ministres, prétexte fondé sur un vote de la Chambre pour arriver à l'abolition de la peine de mort. Ce n'était qu'un prétexte, car on sait que la proposition d'abolir la peine de mort avait été faite dans on but philanthropique tout général, et était partie d'hommes que l'esprit de parti le plus acharné ne pourrait accuser d'avoir vouAn sauver les ministres de Charles X.

Rappelons donc les faits en peu de mots, car je ae connais pas

de pays où Ton soit plus oublieux, je ne dis pas seulement des services rendus, mais des faits les plus simples dont le souvenir s* efface tout à coup devant les événements nouveaux.

Qui donc fut Tauteur de la proposition? L'honorable M. de Tracy, qu'on trouve toujours à la (été des inspirations généreuses, pour améliorer la législation dans l'intérêt du bien-être général de l'humanité.

Par qui fut-elle appuyée? Par M. de la Fayette, qui, en termes touchants et presque paternels, déclara qu'une (elle proposition rapprochait davantage de son cœur, s'il était possible, celui qui venait de la faire.

Qui donc a proposé de prendre la proposition en considération ? Un grave jurisconsulte qui préside aujourd'hui l'Assemblée.

Qui le premier ouvrit la proposition de s'en rapporter sur ce point à la sagesse du Roi? Ce fut le garde des sceaux d'alors, M. Dupont (de l'Eure), qui adopta la proposition par un mouvement si généreux, si spon(ané, qu'il ne prit pas la peine de consulter auparavant ses autres coll^gtles.

Ainsi l'abolition de la peine de mort n'était pas liée au projet de délivrer les ministres. Le prétexte qu'on choisit |)Our agiter les émeules d'octobre était un faux prétexte. La cause était le renvoi du ministère, parce qu'on voyait dans le minis(ère, dans la manière honorable dont il avait compris la révolution de Juillet, un obstacle à d'autres desseins.

Cela est si vrai que les cris de : A bas les ministres! se mêlaient à ceux qui demandaient la mort des ministres passés.

Je sais que la composition de ce premier ministère était vicieuse. C'est assurément par dévouement que j'avais accepté de faire partie d'une telle combinaison. C'était un amalgame entièrement faux que de mettre avec des ministres à portefeuille des ministres sans attributions, des ministres inparHbtis, avocats-plaidants du ministère, responsables d'actes dont ils ne connaissaient pas les détails, et qu'ils devaient cependant défendre solidairement comme s'ils eussent gouverné eux-mêmes.

Du reste, on peut interroger la vie de tous et de chacun de ceux qui ont fait partie de ce ministère, et là aussi se trouveront des hommes qui, non -seulement par leurs antécédents, ont rendu d^éclatants services à la patrie, mais qui ont aussi sacrifié leur

santé et leurs forces au soutien de Tordre de choses actuel. (Les regards se portent sur M. Casimir Périer.)

Des hommes qui étaient entrés franchement, cordialement, dans la révolution de Juillet, non comme des conspirateurs, mais comme des hommes indignés quand ils virent le souverain manquer à la foi jurée et qu'ils se trouvèrent déliés de tout engagement antérieur, parce que le pacte était brisé par celui qui devait en être le premier défenseur. Ceux qui disent qu'ils étaient fidèles la veille des ordonnances sont aujourd'hui les plus fidèles défenseurs de la révolution de Juillet, qu'ils aiment surtout parce qu'elle a été pure de tout excès, de toute perfidie, de toute trahison. (Bravo! bravo!)

Le ministère fut renvoyé ; je m'en félicitai. Je n'étais pas à Paris; j'étais alors dans mon déparlement, où l'on me réélisait à l'unanimité moins trois voix, tant j'étais impopulaire ! (On rit.)

En décembre les événements se pressaient ; en décembre on allait juger les ministres, on allait voir si se réaliserait ce prétendu projet de les sauver.

Il y avait quelque chose de bien légitime, de bien vrai dans la douleur de ces parents, de ces frères, de ces amis, qui se pressaient autour de l'enceinte où l'on devait prononcer sur l'accusation des ministres! il y avait de sincères désolations dans les motifs de cette affluence ! mais , même dans ce cas, tout ce qu*il y avait de vrai , d'honorable même , ralliait toujours ces mauvais éléments dont je vous ai parlé.

Et que l'on ne vienne pas dire que rien dans ces émeutes ne devait faire peur, qu'elles ne pouvaient intimider que des effrayés;

Messieurs, il y avait des hommes effrayants , mais je n'en ai

pas vu d'effrayés dans celte enceinte. (Très-bien!)

Reportez vos souvenirs vers cette époque des émeutes de décembre, ou permettez qu'on vous les raconte, si vous n'y avez pas assisté; car dans les départements on n'en a pas pu apprécier assez la gravité : oui, ces émeutes étaient effrayantes.

Je vais. Messieurs, vous citer un fait pour vous montrer combien elles étaient graves.

Trente-quatre membres de la Chambre, et la plupart siègent encore aujourd'hui parmi nous, s'étaient réunis chez M. le président du conseil d'alors pour s'éclairer sur la situation du pays. Un des membres présents prit la parole, et dit : « Oui , il y a com-

plot, un complot grave, sérieux, dont le bnt est de renverser le gOQveroement, de prononcer la déchéance du Roî. » Et à Tappui de cette assertion, il précisa des faits, invoqua des assertions, et parat Blême redouter un premier succès Ces preuves produisirent une vive impression sur les membres présents; ils peuvent le dire ici, M. Laffitte le peut dire aussi, lui qui les avait appelés à lai comme dans un danger public , et cette démarche atteste tout à la Ibis sa prudence et sa sollicitude... (M. Laffitte : c*était cbes moi.)

Ce n* était donc pas seulement une émeute fortuite, et surtout ce n'était pas une émeute excitée par le gouvernement , car, certes, le gouvernement aurait donné beaucoup pour qu'il n'y en eût peint (On rit.)

M. le président du conseil se présenta à la séance du 20 décembre, et, interpellé sur ces événements, il monta à la tribune et dit : « Messieurs, nous devions nous attendre que llnquîétade extérieure pénétrerait dans cette enceinte et que la Chambre nous demanderait des explications... »

Il continua : « De vives inquiétudes se sont répandues de toutes parts : aujourd'hui on craint pour le Roi, pour les Chambres, poinr la justice, c'est-à-dire pour la France, car toutes ces choses se tiennent et n'en font qu'une également sacrée. »

On craint pour le Roi! on craint pour tes Chambres!... sans dMite, puisque derrière l'émeute il y avait une vaste conspiration !. .. Ou répondit au premier ministre que le gouvernement eût à faire 8MI devoir, que la Chambre ferait le sien et ne craignait rien pour eile-même ; elle avait pris part à la révolution de Juillet ; elle sa» v«it que ses résultats avaient été unanimement accueillis par la France ; elle savait que la représentation nationale était confiée à la fidélité et à la loyauté des Parisiens, et qu'elle trouverait dans la capitale l'hospitalité qa'y obtiennent toujours les étrangers, et qu'elle doit à plus forte raison aux représentants de la nation !

Voilà quelle fut la séance et quelles furent les déclarations da premier otttttstre. Pour calmer l'inquiétude, on nous dît aussi qve dans ces troubles il ne se trouvait pas seulement des théoriciens qui vovlaient d'autres institutions, ma» qu'il y avait aussi de ces garnanests dont j'ai parlé. {Mouvements divers,) Je rapporte un passage de V ardre du jour du général Lafayette, qui, dans cette cai^oBeture, à la tête de la garde nationale, usant de la puissance

ée son nom , portant à la main comme dans le cœur cette devise écrite sur son drapeau : Liberté , Ordre public , fit tout ce quMt put peur calmer F exaspération , et y réussit. (Très^bien!)

Dans Tordre du jour quMi adressa ensuite à ses concitoyens, îi leur dit qu'ils devaient considérer à quelles gens ils avaient affaire.

Il fallait prémunir la garde nationale contre les moyens em-* ployés par les diver» partis pour la faire rester chez elle. Tantôt on lui disait que e*étaient des bagatelles qui ne valaient pas la peine dé bouger; dans une autre circonstance, an procès des ministres, on leur disait: «Gomment! vous, gardes nationaux, vous iriez défendre ceux qui ont fait massacrer vos pères, vos fils ! vous devez rester chez vous. »

M. le général Lafayette , dans son ordre du jour, assigne le caractère réel de ces mouvements désordonnés, et après avoir parlé des partisans de la dynastie déchue qai s'y trouvaient mêlés , il dit avec vérité : « Le général en chef n'a jamais eu rien de commun avec eux. » Il ajoute ensuite : « Encore moins s'adresset-il à ces hommes habitués au crime , avides de pillage , qui regrettaient la rapidité et la pureté de la victoire (en trois jours une victoire, une Charte et un Roi) qui ne leur avait pas laissé le temps de faire leurs mauvais coups.

» Sous quelque masque quMls se coavreift, ils ne séduiront pas une population victorieuse, laborieuse et intelligente, qui jusque dans la chaleur du combat a montré son horreur pour de pareils excès et pour de pareilles gens. »

En effet. Messieurs, de telles occasions sont précieuses pour ces hommes qui, ayant autrefois à craindre la gendarmerie pour les arrêter et les tribunaux pour les juger, étaient bien aises de pouvoir appeler les gendarmes voleurs et de demander des armes pour les tuer impunément sons prétexte de se défendre.

Nulle sympathie ne peut exister entre aucun parti ei âe pareilles gens qui se trouvent dans toutes les émeutes. Toutes les fois donc qu'il y a des émeutes, il ne doit y avoir parmi les gens de bonne foi qu'un cri pour les condamner, sans examen, sans réflexion, et uniquement parce que ce sont des émeutes , c'est-à-dire un foyer de désordres, d'impuretés et de flétrissures. (Très-bien!)

Ainsi, à la seconde émeute, il est bien évident, par la déclaration du président du conseil , par l'ordre du jour du général en chef, qu'un coup était monté contre le gouvernement.

. Et rappelons-no^s ^o^ pendant quarante-huit heures, la garde nationale e«t à souffrir des attaques très-redoutablês; qu'elle reçut des eoups, des blessures, en se tenant sur la défensive ; qu^elle fut si violemment attaquée que deux fois elle fut sur le point d'être foi-cée. Rappelons ces faits pour lui en faire honneur et signaler la tactique de ceux qui, quand un «oup a manqué, veulent que oe ne soit rien et prétendent qu'on s'est effrayé hors de propos.

Enfin «n sortit de cette crise; devait-on croire que ce serait la dernière? toutes les espérances étaient-ellet satisfaites? Malheureusement non ; on vit même des esprits si préoccupés des périls du gouvernement, si frappés de ce que les émeutes renfermaient de danger réel, qu'ils crurent qu'il fallait exhorter le gouvernement à modifier sa marche pour empêcher, disaient-ils, le retour de tels désordres. Certes, ces hommes ne sympathisaient pas avec les émeutes; ils savaient bien que l'émeute pouvait tout compromettre!...

Ils en craignaient le retour, et dans leur sollicitude (comme si c'eût été le remède au mal ) ils demandaient des modifications à l'ordre de choses actuel. II est un fait grave. Messieurs, un fait que beaucoup de personnes savent à Paris , mais qu'on n'a pas su dans les départements, et qu'il importe cependant que tout le monde sache. Quelques jours après l'émeute dont je viens de parler, on demandait au Roi de dissoudre les chambres; non-seulement la chambre dissoluble , mais aussi la Chambre qui ne l'était pas ; on demandait la composition d'un ministère dont on dictait les noms au Roi, au moins en grande partie, et enfin des assemblées primaires radicales pour ratifier ce coup d'État.

On voulait ainsi changer le système de nos institutions. Je n'accuse les intentions de personne , mais c'était un fait considérable que de croire la situation assez grave pour changer la constitution de l'État! Et comme on alléguait une sorte de mission pour stipuler la liberté universelle comme si c^eût été une mission religieuse, le président du conseil, auquel ce discours s'adressait, répondit : « J'entends! vous êtes le prince Hohenlohe de la liberté. » (Vive sensation.)

il/. Laffitie : Je n'ai pas entendu le propos que vient de rapporter l'orateur; mais on m'assure qu'il a dit que c'était moi qui avais répondu à la personne qui était venue faire des propositions au Pakis-Royal : Vous êtes le prince Hohenlohe de la liberté !

AI, Dupin : On me Ta' dtt.

M. Laffite : Je dédare foraiellement que cela n'est pas vrai. Marques de Satisfaction à Textrême gauche.)

M, Dupin : Je regrette que ce ne soit pas vous qui Tayez dit. Si c'est un autre, c'est à lui qu'il en faut faire honneur. Je le tiens de M. d'Argout.

AT. d'Argout: Puisque mon témoignage est invoqué/ je dois le donner à l'instant même. Je regrette que la mémoire de i'ancien président du conseil ne le serve pas bien en ce moment; mais c'^est lui-même qui m'a répété ce propos, c'est lui-même qui, dans une discussion fort vive , qui avait précisément pour objet les faits dont M. Dupin vient de parler, s'était servi de cette expression, qui m'a paru aussi juste que piquante. (Marques de satisfaction aux centres. )

M. Laffite : Je déclare formellement que non-seulement je n'ai pas dit une chose pareille à M. d'Argout, mais que je n'étais pas au Palais-Royal lorsqu'on est venu faire une telle proposition. M. d* Argout se trompe vraisemblablement : je suis prêt à répondre ù toutes les explications. (A gauche : Ah ! ah ! )

M, de Montalivet de sa place avec force : Je demande j^ dire un mot. ( Parlez ! parlez ! ) Je puis joindre mon témoignage sur un fait historique importa^ qui vient d'être indiqué. (Marques d'attention.) Ilesttrè8-vrai^()«ie dans les derniers jours de décembre il a été question de conditions à proposer; que ces conditions, j'ai pu les entendre, et que la conversation qui les contenait s'est passée, en partie du moins, chez l'honorable général des gardes nationales , en présence du président du conseil et de moi. ( Sensation.)

M. Lajfitte : C'est une autre question. ( Voix des centres : Ah! ah!) Si l'on veut... (Ici l'honorable membre est interrompu par de longs chuchotements.)

Voix des extrémités : Silence ! Écoutez donc M. Laffitte.

M, Laffitte : J'ai déclaré formellement, et je viens répéter ici que je n'ai vu personne au Palais-Royal qui soit venu faire des propositions. M^tenant M. l'ancien ministre de l'intérieur parle d'une conversation qui a eu lieu chez M. le général Lafayette. C'est autre chose ^ (Ah!) Je déclare que j'ai rapporté fidèlement au

^ Voyei dani les Atmexet Tkatographe de la ffote qae Monftlifet écrivit à la hâte , et me fit pasier à la tribane pendant cette altercation.

362 MINISTÈRE DE G. PÉRIEIL

Roi la conversation que j'ai eue avec le général Lafayette le jour où Fhonorable général a donné sa démission. An reste, j*ai à regretter peut-être que M. le ministre de F intérieur se soit trouvé présent; car sans lui cette conversation aurait eu un meilleur résultat. (Agitation bruyante.)

M. Btrryer : Pour Flionneur de la Chambre et du pays, je demande la clôture. ( Rumeur.)

M. Jêllivet : Vous n'êtes pas chargé de Fkonneur de la Chambre.

M. de LaboUsière : Ni de celui du pays.

M. le Président : J'ai déjà eu Fhonneur de représenter à la Chambre que les interruptions, de quelque côté qu'elles partent, sont contraires à notre dignité, et j'ai réclamé pour tous les orateurs le même silence et la même attention.

M, de Saint- Aignan : On demande la clôture.

M, Dupin : Il fallait la demander avant F accusation et non dans la défense.

(Le silence se rétablit)

M, Dupin : Il est bien singulier, Messieurs, qu'on veuille contester le caractère politique, le caractère grave d'un fait relatif à la personne du Roî, d'un fait où il s'agissait d'un changement de la constitution, d'un fait où Fancien président du conseil joue un rôle! Se géne-t-on pour mettre en scène le président actuel du conseil ? Par quel privilège son prédécesseur serait-il exempt de figurer dans nos débats ?

II importait. Messieurs, de farre voir à la France, aux nouveaux députés, et c'est pour eux surtout que j'ai fait cette révélation, que tout atteste une série de tentatives contre Fordre de choses actuel. Il faut qu'ils sachent que Fon a fait des efforts près du Roi pour obtenir un changement dans la constitution; et sa réponse est trop noble, trop belle, pour que je ne vous la répète pas ici u On peut, répondit-il, m'attaquer dans mon palais, on peut me tirer un coup de fusil dans une émeute; mais j'ai juré fidélité à la Charte, et je ne serai pas un roi parjure; je ne souffrirai pas qu^on y porte atteinte. » (Un vif mouvement éclate au sein de l'Assemblée; on répète de toutes parts avec vivacité les erîs de Vive le Rdl)

M. Dapin avec énergie : Eh bien ! Messieurs, vous le voyen, l'argumentation n'était pas inutile, elle a produit un bon résultat I

Messieurs, une ciuMe légitime d'énuotions peut sans doute pre«>

duire nne agitation populaire ; mais je veux vous faire remarquer qae toujours elles dégénèrent; elles ont toujours été couronnées par des faits affligeants, par des attaques à des personnes et aux propriétés et à des objets toujours vénérables, et que la politique, sinon la religion, commande à tous de respecter.

En février, il y eut une émeute grave qui avait un prétexte légitime, car le peuple n^a pu voir sans indignation ce service carliste célébré en face du tond)eau des défenseurs de la liberté.

Mais qu' est-il arrivé? On a vu des attaques dirigées d'abord contre des caiiistes et des prêtres, et ensuite contre des amis de la liberté. Le matin, on avait abattu des croix, dévasté le palais de r Archevêché: et le soir, par une nouvelle direction imprimée à Témeute, on est veau assaillir la maison d'un député. (Mouvement.)

Et que dit-on pour excuser cet attentat? On insinua que c'était une pétition contre la Chambre, une manière d'indiquer le mécontentement du peuple contre la Chambre, d'intimider les autres par un exemple, et de montrer que le peuple des émeutes n'en voulait point, et qu'il fallait la dissoudre.

Au 5 mai, était-ce le gouvernement qui avait excité cette émeute? N'était-ce pas un mouvement bonaparliste ? Lorsqu'on vient de vous dire que le gouvernement exagérait ses craintes , et allait jusqu'à avoir peur d'une femme et d'un enfant !... on a donc par cela même reconnu que le gouvernement n'avait pas provoqué lui-même un danger dont on dit qu'il était si effrayé!...

Au 14 juillet, n'était-ce pas le tour des républicains?...

J'arrive à ce qui s'est passé dans les dernières journées. Quoi de plus légitime que la douleur universelle excitée par les désastres de Varsovie? Mais à côté des cris de Vive Varsovie! Vivent les Polonais! A bas les ministres! c'est un fait constant (et je regrette que le Moniteur n'en ait pas parlé le lendemain; ce n'était pas prudence, c'était une omission impolîtique); à côté de ces cris, on criait aussi : Vive t empereur! (quoiqu'il ait cédé la Pologne aux Russes ), — Vive la république! (que Fempereur avait détrônée); et, en chorus, — A bas Louis-Philippe ! — Dira-t-on que c'est le gouvernement qui excitait ces cris?

Maintenant, qui n'a vu ces placards incendiaires où le Roi et ses ministres sont accusés de trahison? Qui n'a vu cette grossière lithographie où le Roi et deux de ses ministres sont livrés au sup-

plice , avec ces mots : Condamnés pour haute trahison ? Est-ce le gouvernement qui fait toutes ces choses? N'est-il pas vrai qu*il a, au contraire, le plus grand intérêt à s'en préserver? Peut-on, au milieu de ces dangers qui ont menacé le gouvernement, donner à laccusateur la satisfaction de faire une enquête contre les ministres qui ont failli en être les victimes?

Ici, Messieurs, Taccusation sort des bornes de la politique et rentre dans Tordre judiciaire; et la première règle nécessaire pour la faire adopter, c'est qu'elle ne soit pas faite avec légèreté, il faut qu'il y ait un corps de présomptions qui inspirent le désir d'aller plus loin.

Mais quand on adresse des accusations sans vraisemblance; quand, après quatre mois , on n'apporte pas la preuve de ce qu'on avait avancé, et qu'on dit toujours : Je la donnerai, sans la donner jamais, je réponds : Non, il n'y a pas lieu à ordonner une enquête.

. Gomment accuser le gouvernement de fomenter des émeutes, quand les attaques sont dirigées contre la sûreté personnelle des ministres? Dira-t-on encore qn'il ne s'agissait que de menaces, et faudra-t-il attendre la triste réalité d'un cadavre sanglant pour croire à la vérité de ce qu'on vous avance? (Réclamation à gauche... Aux centres: C'est vrai, c'est vrai.)

Comment! quand on se livre à la dévastation des propriétés publiques , quand on grève ainsi le trésor public , je ne conçois pas qu'il y ait des réclamations dans le sein de cette Chambre ; il me semble qu'il devrait y avoir unanimité. (De toutes parts : Oui! oui!)

Quand des ministres courent de pareils dangers, lorsqu'ils sont arrêtés en plein jour en place publique, obligés de descendre de voiture, de se présenter aux coups de leurs ennemis, et de se faire protéger par la force armée, dans un pays qui se prétend civilisé, qui croit avoir tant de hberté, qu'il en offre à tous les autres peuples; que quelques personnes hésitent à flétrir de pareilles scènes, c'est ce que je ne conçois pas. (Vif mouvement d'approbation aux centres.)

M. Cabet : C'est de la passion.

M, Madier de Monjau : L'assassinat ne peut exciter que de l'horreur.

M, Las-Cases fils : Toute violation à la liberté est une horreur que nous réprouvons.

(De vives interpellations sont encore adressées au milieu de lagitation de TAssemblée.)

M, le Président : Toutes ces interpellations troublent Tordre ; je vous invite au calme et au silence.

M, Dupin : Je reviens k la question de droit. J'ai dit en commençant que Ton ne demandait probablement une enquête qu'afin d'arriver à une accusation. Cette enquête ne peut être ordonnée qu'après nous être assurés de la vraisemblance et de la pertinence des faits. Ce n'est pas moi qui ai posé la question, c'est l'accusateur; je n'en suis pas même le défenseur. Je âuis l'un des juges émettant mon vote, et déclarant que dans mon opinion il n'y a «pas lieu à une enquête. (Murmures aux extrémités.)

Je le déclare ainsi, non-seulement parce qu'il ne résulte pas des faits qui m'ont paru constants la moindre présomption, mais parce qu'il résulte de toutes les preuves acquises le contraire de ce qui est allégué dans l'accusation.

Il est impossible de prétendre que les ministres aient excité contre eux une émeute qui les a exposés à des insultes et qui a mis leur vie en péril. Il ne suffit pas de montrer de la détestation pour ces faits en eux-mêmes, il faut encore, en rejetant la proposition d'enquête sur ces faits, proclamer qu'il n'y a pas possibilité de les imputer aux ministres.

Quel serait l'effet de l'enquête? Ce serait de mettre le ministère en état de prévention; de prolonger, vous députés du pays, cet état de marasme et d'anxiété dans lequel se consument toutes les affaires publiques et privées; ce serait dire que les ministres ont dès à présent perdu la confiance de la nation et de la Chambre, et que lés faits présentés contre eux étaient assez vraisemblables pour qu'une enquête devînt nécessaire. Je pense que l'invraisem* blance de l'accusation est au contraire sortie de tous les faits que j'ai parcourus et que je devais parcourir.

Il faut sortir au plus tôt de cet état de malaise qui existe dans Paris, dont vous êtes les habitants, et dont les intérêts doivent nous être aussi cbers que ceux du reste de la France. Eh quoi ! n'en avez-vous pas été les témoins? Les marchands sont obligés de fermer brusquement leurs boutiques le matin, à midi, le soir avant l'heure où ils ont l'habitude de se livrer au repos; les citoyens,

366 MINISTÈRE DE (L PJÊftIER.

les kommes paisibles craignent d'être atteints par les excès populaires. Il en résulte que la vraie liberté n'existe plus. Il ne s'agit plus, en effet, de ces libertés politiques dont parle la Charte , mais il s'agit de la liberté de n'être pas attaqué...

Une voix à droite : Par qui ?

M, Dupin : Par les émeutes. Il s'agit de n'être pas obligé de subir une espèce d'interrogatoire au milieu de la foule, et de n'être pas exposé à recevoir un coup de poignard ; de n'être pas livré à la fureur d'individus mécontents de ne pas avoir obtenu ce qu'ils appellent pour eux les conséquences de juillet, c'est-à-dire une fortune qu'ils n'ont pas, le partage des propriétés d'autrui, et qui voudraient voir surgir la loi agraire. (Très-bien ! très-bien !)

Je me rends la justice de n'être l'organe d'aucun parti, pas même du ministère dans lequel se trouvent, à la vérité, plusieurs de mes amis, des hommes avec lesquels je sympathise de cœur et d'opinion depuis qu'il est question de liberté et de gouvernement représentatif; mais je parle dans l'intérêt du pays, dans son intérêt pressant, juste, imminent, matériel, qui doit nous occuper tous les jours, tous les instants.

La question est entre le pays et les émeutes, entre la loi et la force, la civilisation et ia barbarie, un gouvernement régulier et l'anarchie par où l'on voudrait nous faire passer, pour voir si un nouveau tour de roue imprimé à la fortune ne procurerait pas de nouvelles chances à ceux qui n'ont pas d'abord obtenu un bon numéro. (On rit.)

Je dis que la question est d'abord pour Paris ; mais la question de Paris est aussi celle des départements. Chacun de vous pourra me démentir ou me confirmer. Quand une capitale s'est formée par un aussi grand nombre de siècles, elle a dû lier des relations avec toutes les parties du pays; toute l'industrie, tous les produits des départements sont dirigés vers la capitale , et la seule chose qui fasse excuser cette immense population, si difficile à gouverner, c'est son immense consommation.

Paris est la source de la richesse publique : les départanents n'ont de vie que par la prospérité de Paris. Quand on consomme à Paris, les départements écoulent leurs produits; quand le riche vit selon ses goûts à Paris, quand il peut y satisfaire ses vices même, en payant tribut à la société entière, la prospérité devient générale. Si la consommation de Paris cesse, celui qui a des boi^

peut les brûler sur place au lieu de les faire flotter; celui qui engraisse des bestiaux peut les tuer cbez lui au lieu de les envoyer aux marchés de Sceaux et de Poissy; car il les vendra mal, ou même il ne les vendra pas. (Interruption à gauche. Aux centres r Cest pourtant vrai.)

Nous sommes dans due saison où d'ordinaire les voyageurs affluent k Paris, non pas de ces voyageurs forcés que notre hos* pitalité soutient et paye, et qui quelquefois (car j'absous quelquesuns d'entre eux ) figurent dans des émeutes contre ce gouvernement qui les protège et qui leur donne des aliments.

Mais je parle de ces voyageurs riches qui viennent dépenser à Paris leurs économies pour s'y procurer les jouissances du luxe et du plaisir. Ces voyageurs, Messieurs, devraient dépenser cinq cent mille francs par jour à Paris, quinze millions par mois; eh bien ! ces voyageurs restent chez eux quand Paris n'est pas tranquille; en même temps les gens riches fuient, emportant leurs richesses, et les commandes du dehors se ralentissent partout. Et qu'on ne nous dise plus alors qu'il n'y a pas de travail pour les ouvriers. (Non! non! Vive interruption.)

M. Dupin avec force : Je crois cordialemofit, Messieurs, être dans la vraie question des intérêts du pays^ y être bien plus que si je vous parlais diplomatie. A quoi sert, en effet, de nous tant occuper des pays étrangers dans la position où se trouve le nôtre? (Assentiment.)

Au milieu de tout cela, on parle de travail pour les ouvriers! Mais n'y a-t-il pas une extrême injustice à dire à un gouvernement : Donnez du travail à tous les ouvriers ?

Sans doute on peut augmenter la masse des travaux publics ; mais quand vous mettriez quatre-vingts millions, cent millions, tout le budget à la disposition du gouvernement pour cet objet, k quoi cela servirait -il ? Le moyen de créer assez de travail pour les ouvriers, c'est d'abord d'assurer la perception des impôts et les services publics , puis de donner de la sécurité à tous les riches ; CBT cène sorU pas les gens des émeutes qui feront travailler les ouvriers. (Très-bien! très-bien!)

Les ouvrkrs qui se mêlent aux émeutes ne sont pas non plus 'des travailleurs , ce sont des paresseux qui aiment mieux recevoir quarante sous poar crier : A bas les ministres! mort aux ministres f que de gagner péniblement et honnêtement le prix de leur journée

pour en nourrir leurs familles. (Bravo! bravo!) Il faut qu'il y ait pan, fécnrité pour tous; et en effet, chacun se dit: Pourquoi ferais-je telle ou telle dépense? Je puis avoir besoin au premier jour de tout mon argent disponible. — Pourquoi achèterais-je une voiture? On peut me la briser; et ainsi du reste.

Et vous croyez ne faire tort qu'au riche en F empêchant d'avoir une voiture! point du tout; c'est aux ouvriers que vous faites du tort; vous punissez le cocher du riche, son valet, son carrossier, son maquignon... (Murmures à gauche... ï^oix aux centres : C est bien cela.)

Ce que je dis , Messieurs , je le dis avec une conviction sincère ; je désire que mes paroles soient entendues , je désire que mes expressions soient fidèlement recueillies; je désire qu'on me lise partout, jusque dans la boutique de l'ouvrier, dans la chaumière du laboureur, et que l'on méjuge; on verra si je prends la véritable défense des intérêts populaires ; on verra si je m'écarte du point qui doit toujours nous être présent, la situation, les intérêts du pays. On verra si je parle autrement que dans l'intérêt vrai et immédiat des classes laborieuses. (Très-bien! très-bien!)

Veiller aux besoins du pays, aux exigences de la situation présente, est le devoir rigoureux de la Chambre des députés, et cependant on ne fait rien et l'on n'avance sur rien.

Sans doute le ministère a une grande responsabilité. S'il est coupable, accusez-le; il -se défendra lui-même ou par un avocat, s'il en prend un. Mais les Chambres n'ont-elles donc pas des devoirs à remplir, et aussi leur responsabilité ?

S'il y a une chose qui afflige la France, c'est quand elle voit des réticences qui ne sont pas sincères , des attaques qui ne sont pas de bonne foi , des discussions qui n'arrivent pas à un résultat. Il faut que la Chambre prenne une allure décidée. Le gouvernement peut demander à la Chambre une majorité pour ou contre, mais enfin une majorité. Que tout le monde fasse comme moi, que chacun vote, comme moi, fortement, hautement, résolument sur toutes les questions, nous verrons bien vite où sera cette majorité. (Mouvement.)

Donnez la majorité à un ministère quelconque; mais il n'y a rien de plus funeste à un gouvernement comme le nôtre qu'une chambre flottante et sans majorité fixe. Est- il possible qu'on puisse se résigner à présenter à la France le spectacle d'hommes uniquc-

ment ambitieux de popularité , et qui tous veulent faire de Topposîtion? Il ne manquerait plus qu'au Roi de faire aussi de Toppésition : où en serions-nous? (Rires et approbation.)

Vous ne me verrez jamais rire, Messieurs, en parlant de choses si sérieuses. Je parle avec chaleur des intérêts qui me toochent profondément Je puis être trop rude quehjuefois dans mes expressions , parce que je suis vrai. C'est peut-être imprudent de ma part , mais c'est un gage de ma sincérité qui me recommande à votre indulgence. C Très-bien ! très-bien ! )

Nous avons été préoccupés dans notre existence passée, dans ce sentiment qu'il n'y a rien de plus favorable près de la nation que de faire de l'opposition. L'opposition est sans doute un beau rôle avec un mauvais gouvernement; elle peut être encore un beau rôle avec un bon gouvernement, lorsqu'elle tend à signaler des fautes aGn de l'en préserver, lorsqu'elle montre comment il faut aller, sans jamais empêcher la marche des affaires du pays.

Si, au contraire, nous nous laissons toujours dominer par l'habitude que nous avions de faire incessamment de l'opposition contre l'ancien gouvernement, contre ce gouvernement antinational, ce gouvernement imposé par l'étranger, qui nous rançonnait au profit de ses partisans en petit nombre, sous prétexte de leur accorder des indemnités , c'est un grand tort. Est-ce que nous ne nous apercevons pas que notre situation est changée aujourd'hui , sous un gouvernement que nous-mêmes nous avons fondé?

Si actuellement nous faisions toujours, sans relâche, de l'opposition contre un tel gouvernement , nous ne ferions que combler les vœux de nos ennemis : ils verraient se réaliser leur prédictioa^ ils diraient que, excellents pour critiquer y abattre, démolir, nous ne sommes bons ni pour fonder, ni pour édifier, ni pour consolider, ni pour améliorer. (Bravo! bravo!)

Entrons dans le vrai pour eu finir«

Nous avons un point de départ : c'est notre serment. Pour moi, je tiens à l'observation de celui que j'ai prêté; je ne suis pas, je vous l'ai déjà dit, de ceux qui ont pris part à la révolution de Juillet comme un conspirateur, mais comme un homme légalement dégagé de toute obligation envers un , gouvernement parjure, et avec la sincérité d'un citoyen qui a mesuré l'étendue des engage- Il. 24

ments nouveaux qu'il allait coatracier, et qui a la fenae résection d'y demeurer fidèle.

Une voix à gauche : Qu'est-ce que cela dit ?

3L Dupm, dvement : Ce que cela dit! Vous aUez le voir. Gela dit que puisque nous avons élevé sur le (lavois Louis-Philippe et sa dynastie populaire, il faut coiMiamner les partisans de toutes les dynasties déchues ! (Oui, oui!) tous les regrets des hoouiMt désappointés , et tous les hommes sans exception qui voudraieni attaquer les principes sacrés de la révolution de Juillet, que nous avons fondée sur Louis-Philippe, roi des Français ; sur la Gharte, qu'il a jurée comme nous et avec nous, et auquel nous avons dit: Si vous la jurez, vous serez roi, et à cette condition seulement BOUS vous serons fidèles. Ainsi le roi, et pas d autre; la Gharte, et pas de programme, pas d'autre constitution. (Vive et générale adhésion.)

Occupons-nous donc de nos lois organiques, de la pairie d'abord, avec calme, avec dignité; mais, je vous en conjure, que ce soit le mieux et le plus tôt possible ; car c'est là une des causes de l'incertitude qui règne dans le public. On se plaint que nous ne nous occupons que de généralités , et que nous ne faisons pas de chemin.

Faisons la loi de la pairie; car sans elle la constitution n'est pas complète, et subit toujours une foule d'objections auxquelles elle ne sera plus en butte quand nous aurons terminé.

Occupons-nous ensuite de nos municipalités et de nos départements; tâchons, non pas de décentraliser k pouvoir, parce que sa centralisation est nécessaire à la dignité et à l'indépendance du pays; mats décentralisons le plus que nous pourrons les affaires locales. Vous enlèverez ainsi une foule de prétextes d'irritation; on ne demandera plus compte aux ministres de ce qu'auront fait les départements et les municipalités; vous travaillerez ainsi dans l'intérêt de Paris et de la France entière. (Oui! oui!) Je vous en adjure donc, terminons le plus promptemeot toutes ces lois que la France attend avec tant d'impatience. (Mouvement d'une vive adhésion... bravos prolongés.)

La discussion coatinua le leademain entre MM. Barihe, Goizot, Laffitte, Laurence^ Odiloii Barrot et antres membres de Topposition. — Enfin^ pour mettre

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