‹ Mémoires de M. DupinChapitre 76 sur 113 · PÉTITION POUR LE MARECHAL NEY · texte numérisé non relu

PÉTITION POUR LE MARECHAL NEY

et sincèrement que la manière dont elle fait son service sur tous les points est digne d^éloges.

De toules parts on nous demande V ordre public, et Ton dit: Force au gouvernement! Comment assurera-t-on celle force si Ton attaque successivement tous les éléments de la force publique? Or, pour maintenir Tordre public et s'assurer que la tranquillité ne sera pas troublée , il n'y a pas de force qui rende de meilleurs services que la gendarmerie ; il n'y en a pas qui opère avec plus d'efûcacilé et dont Taclion soit plus sûre, parce qu'aucune n'est plus accoutumée à concilier la force proprement dite, avec les tempéraments commandés par l'humanité et par le besoin de ménager les esprits.

La gendarmerie en un mot est une magistrature armée ; c'est une force intelligente qui exerce non-seulement la police administrative, mais la police judiciaire.

La gendarmerie est aux prises sur tous les points avec les malfaiteurs : dans les villes, dans les campagnes, elle veille sur notre sûreté : il y aurait ingratitude à ne pas reconnaître hautement les services qu'elle rend à la France.

On vient de dire que depuis juillet 1830 la besogne de la gendarmerie au lieu d'être augmentée est bien diminuée. Messieurs, il ne faut flatter ni les peuples ni les rois, mais il ne faut pas non plus flatter les époques.

Eh bien! j'ose le dire, malgré toute notre estime pour la révolution de Juillet, non -seulement la besogne de la gendarmerie n'est pas diminuée, mais jamais son action n'a été plus nécessaire. Non -seulement il n'y a pas moins de voleurs et de mauvais sujets , mais encore l'ardeur politique et les passions ont été vivement excitées; il y a eu de toutes parts des troubles, des émeutes, s'il faut en prononcer le nom. Au lieu de songer à diminuer la force de la gendarmerie, au lieu d'attaquer successivement tous les éléments de la force publique, il faut les soutenir; il faut les encourager, et vous verrez que les lois étant bien exécutées, il ii'y aura pas besoin de ces mesures d'exception qu'on réclame sans cesse. (Bravos universels dans les rangs de la majorité.)

Pétition relative au maréchal Ney.

Le 12 novembre 1831^ on fit le rapport à la Chambre

974 MINISTÈRE DE G. FÉRIER.

d'une péfitioD des habitants de la Moselle y ponr qu'il fût élevé, aux frais du trésor public , un monument à la mémoire du maréchal Ney. — J'ai appuyé le renvoi de la pétition aux ministres ; et il a été ordonné.^

Voyez tome P"* des Mémoires y p. 51.

C'est aussi à cette époque que se rattachent les efforts faits pour obtenir la révision du procès. (Voyez ibid. y p. 52).

Les journaux libéraux revinrent à moi dans cette circonstance et répétèrent quelques-uns des éloges dont ils m'accablaient si fréquemment avant 1830. Je répondis aux compliments qu'on m'en fit y que les éloges complaisants ne me feraient pas plus dévier de ma ligne que n'avaient pu le faire les critiques injustes et les satires passionnées \

Le ministère au contraire parut me bouder à cette occasion * , et aussi à cause de ma troisième Lettre sur la Pairie insérée dans la Gazette des Triïmnaux *. — Tant pis pour lui. — II aura bientôt besoin de moi, et il me retrouvera toujours le même.

Du 13 novembre jusqu'au 24, je fus retenu chez moi par indisposition.

Pendant ce temps : V* Proposition Bricqueville. — 2* Proposition Arago. — 3** Promotion de 36 Pairs. — 4* Agitation à la Chambre des Députés. — 5** Projets d'adresse et de protestation....

* Voy€z un article de la Gazette des Tribunaux du 22 novembre 1831 sar cette révision.

^ Il redoutait cette question, parce que, à cette époque, un assez grand nombre de ceux qui avaient condamné le maréchal Ney vivaient et siégeaient encore dans la Chambre des Pairs.

* Voyez celte troisième lettre dans le numéro de la Gazette des TVibunaux du 23 novembre 1831.

Insurrection de Lyon.

(Novembre et décembre 18SL)

On a eu raison d'appeler le ministère Périer le ministère de la résistance : mais aussi aucun autre n'a été plus en butte aux attaques de taute nature, auxquelles il fallait bien résister.

En 1831, moins d'un mois après le 13 mars, émeute du 7 avril.

Les 15, 16 et 17 juin, émeutes de la rue Saint- Denis, à l'approche des élections.

Les 17, 18 et 19 septembre , émeutes à cause des événements de la Pologne et de la prise de Varsovie.

Le 20 décembre, insurrection lyonnaise.

Chacune de ces crises avait son retentissement dans la Chambre. Si l'opposition blâmait hypocritement les désordres, c'était toujours en les excusant, ou même en imputant au ministère de les avoir provoqués. — Les insurgés, les factieux n'avaient pas tous les torts. . . ; on plaidait les griefs. . , , les circonstances atténuantes. . .

C'était aussi l'occasion de demandes incessantes d'interpellations , d'explications, de manière à fatiguer les ministres, sans vote possible à la suite , et sans autre résultat que d'agiter l'opinion. — Mauguin dans ces occasions était le fléau de ce malheureux Périer.

Je tâchai chaque fois de venir en aide au gouvernement, et chaque fois aussi, la Chambre a donné une éclatante approbation à mes paroles.

J'attache un grand honneur, dans mes souvenirs, à avoir été en toute occasion le défenseur de l'ordre et l'antagoniste ardent des factieux.

On a déjà vu l'assaut parlementaire qu'il me fallut soutenir à la séance du 21 septembre.

Lorsque la nouvelle de l'insurrection lyonnaise en novembre fut parvenue au gouvernenaent , le prince royal et le maréchal Soult , ministre de la guerre, partirent immédiatement pour Lyon. '

Le 25 novembre , le gouvernement en instruisit la Chambre par une communication officielle. — Aussitôt M. Aug. Giraud fit la proposition d'une Adresse au Roi., — L'opposition prétendait qu'on devait respecter l'ordre du jour, et que la proposition de M. Giraud devait être assujettie aux formes lentes du règlement.

Je soutins au contraire que les circonstances étant extraordinaires, il n'y avait pas de précédents applicables dans ce qui se faisait ordinairement; que rien ne s'opposait par conséquent à ce que la Chambre se retirât immédiatement dans ses bureaux pour délibérer. Personne en cela ne tyrannisait la Chambre , puisqu'il s'agissait seulement de la consulter, elle seule ayant le droit de régler son ordre du jour, — Je demandai en terminant qu'on mît la question aux voix.

A/, le Président : Je vais consulter la Chambre pour savoir si elle veut délibérer de nouveau sur son retrait dans ses bureaux. (Oui! non! — Grande agitation.)

M, GlaU-Bizoin, de sa place , au milieu du bruit : Le retrait de la Chambre dans ses bureaux n'est propre qu'à jeter la terreur dans le pays.

M. Dupin aîné : Que le calme et Funion soient ici, et la terreur ne sera pas dans le pays ! ( Bravo ! bravo ! )

Huit bureaux sur neuf ayant autorisé la lecture, on va nommer des commissaires.

Messieurs les commissaires nommés pour la rédaction de l'Adresse doivent se réunir ce soir à huit heures chez M. le président de la Chambre.

1*' bureau, M. Dupin aîné. — î'^, IM. Dugàs-Montbel. — 3', M. Guizot. — 4% M. Amilhau. — 5% M. Jay. — 6% M. Aug. Giraud. — 7% M. Kératry. — 8% M. Ganneron. — 9*, M. Jacque-

minot. Le soir même, à huit heures, réunion de la commission à r hôtel de ]a Présidence.

Chacun rédige; ma rédaction es( préférée avec quelques corrections empruntées à d'autres projets. — La voici :

« Sire, nous avons entendu avec une profonde douleur les communications franches et complètes que nous ont apportées les ministres de Votre Majesté, sur les troubles qui ont éclaté dans la ville de Lyon. Nous applaudissons au patriotique élan qui a porté le prince votre fils à se précipiter au milieu des Français dont le sang coule, pour en arrêter Teffusion. Nous nous empressons d'exprimer à Votre Majesté le vœu unanime des Députés* de la France, pour que son gouvernement oppose à ces déplorables excès toute la justice des lois. La sûreté des personnes a été violemment attaquée ; la propriété a été méconnue dans son principe ; la liberté de Tindustrie menacée de djestruction ; la voix des magistrats n'a pas été écoutée. Il faut que ce désordre cesse promptement; il faut que de tels attentats soient énergiquement réprimés. La France entière est blessée par cette atteinte portée aux droits de tous dans la personne de quelques-uns de ses citoyens : elle leur doit une éclatante protection.

a Les mesures déjà prises par le gouvernement de Votre Majesté nous donnent la confiance que le retour de Tordre ne se fera pas longtemps attendre. La ferme union de la garde nationale et des troupes de ligne rassure tous les bons citoyens. Votre Majesté peut compter sur l'harmonie des pouvoirs. Nous sommes heureux. Sire , de vous offrir au nom de la France le concours de ses Députés pour rétablir la paix partout où elle serait troublée, étouffer les germes d'anarchie, affermir les principes sacrés sur lesquels repose l'existence même de la société, maintenir l'œuvre glorieuse de la révolution de Juillet, et assurer partout force à la justice, et respect à la loi. »>

On rentre en séance.

Après la lecture du projet, M. Mauguin, qui ne laissait pas un moment de relâche à C. Périer, propose par forme d'amendement, sur les mots communications franches et complètes, de retrancher ces deux derniers adjectifs.

Gomme membre de la Commission , je m'oppose à cette suppression :

Messieurs, dis-je, votre GommisskHi avait la confiance que FAdresse serait discutée dans le même esprit qa^elle a été rédigée, c*est-à-dire dans un esprit d'accord et d'union. C'est à runanimitè qu'elle a procédé , c'est avec le désir, non-seulement de n'exciter aucune irritation , mais d'en ôter ménM le prétexte en écartant toutes les questions accessoires, tontes celles qui pourraient échauffer les esprits, et en s' attachant exclusivement à un ponil sur lequel elle espère que la Chamhre sera unanime : Je veux parler de la iituatian du pays, de Vamowr de l'ordre, du besoin de le voir régner, de le rétaUvr partout où il sera troublé,

La Commission a désiré, elle espère même que, dans cette occasion , la Chambre donnera V exemple de l'ordre qu'elle votidrait voir régner dans le pays, par sou unaMsité , par le patriotisme et le dévouement dont elle se montrera animée. (Bienl très-bien!)

On attaque deux expressions de l'Adresse ; je les défends littéralement : elles ont été insérées à dessein dans le projet d'Adresse. Il est nécessaire qu'elles y soient maintenues pour que l'Adresse produise son effet.

Nous félicitons le gouvernement de nous avoir donné des explications/rancAei et complètes : si on veut effacer les deux mots franches et complètes, il faut prouver ou prétendre que les explications n'ont pas èiè franches; il faut prouver qu'elles n'ont pas M complètes. (Bruit.)

Et alors si vous prétendez, si vous prouvez qu'elles ne sont pas franches et complètes, ce n'est plus une Adresse telle que votre Commission l'a délibérée qu'il faut faire, c'est un tout autre tour qu'il faut donner à vos délibérations. Car un gouvernement qui ne serait pas franc dans une pareille circonstance , qui ne serait pas franc quand il vient nous dire qu'il l'est, quand il a plus que jamais besoin de l'être; un gouvernement qui viendrait nous donner des explications tronquées , dans un moment où des explications n'ont de mérite qu'autant qu'elles sont complètes, suivrait un système de déception dont il faudrait se séparer à Finstant, et ce n'est pas une Adresse qu'il faudrait faire alors!... (Très-bien! très-bien ! ) Ces deux mots sont donc indispensables ; nous les

maînlenoiis, et nous soutenons qoe sans ces deux mots F Adresse manque son effet.

Ce qu^i] y aurait de plus dangereux en pareille circonstance ce seraient et les réticences, et les arrière-pensées, et les perfides insinuations. Pourquoi faites-vous une Adresse? Ce nVst point comme hommes de tel ou tel parti* de telle ou telle nuance d* opinion; mais comme Français animés tous d'un même sentiment de patriotisme ; vous faites une Adresse pour manifester les sentiment» qui vous animent; pour porter secours aux personnes qu'on assassine, aux propriétés livrées au pillage, à F autorité des magistrats méconnue, aux lois qui ne sont pas écoutées, à une grande cité offrant Fépouvantable exemple de la souveraineté exilée pour n*y laisser qu*un simulacre d'administration civile. (Très-bien! trèsbien!...}

C'est dans pareil cas qu'il faut chercher, non point à exciter l'irritation, mais à concilier, s'il est possible, une majorité qui sera le symbole de votre patriotisme. (Vif mouvement d'approbation.)

M. Mauguin ayant demandé la parole, une vive altercation 8*étahlit entre lui et le président du Conseil.

Le tumulte devient violent

M. Dupin aîné : C'est dommage vraiment qu'on ne puisse pas voir et entendre tout cela de Lyon !

Le silence se rétablit.

M. Mauguin retire son amendement.

On procède à l'appel nominal sur Fensemble de l'Adresse; et la Chambre adopte à la majorité de 294 voix contre 18.

L'Adresse fut portée immédiatement au Roi.

On aurait pu croire qoe tout était fini sur ce point ; qu'après cette manifestation énergique des sentiments de la Chambre, l'opposition se tairait, et que tout le monde se féliciterait d'apprendre l'apaisement des troubles; — mais, bien loin de là, les attaques contre le ministère ne tardèrent pas à se renouveler.

A la séance du 19 décembre, Mauguin dirigea une violente diatribe contre les ministres, sous la forme favorite d'interpellations. Périer repoussa noblement les

attaques de ses adversaires. C'est danst^ette séance du 19 décembre 1831, en répondant à MM. Salverte et Garnier-Pagès, qu'il prononça ces belles paroles : « Entité AUX AFFAIRES EN HOMME DE CŒUR , JE n' ASPIRE QU'a EN SORTIR EN HOMME d'hONNEUR M »

Afin de ne pas laisser à Périer tout le fardeau de la discussion , je cédai à ses instances, et je montai à la tribune pour repousser les indignes accusations formulées contre le gouvernement. (Voyez ce discours au Moniteur du 20.)

La discussion ne put être close le soir même ; elle continuait encore le lendemain. Elle se prolongeait ainsi d'une manière périlleuse pour la tranquillité publique , en laissant croire au dehors que la question était apparemment problématique aux yeux de la Chambre I

Je demandai alors, par forme de division, que la discussion fût close immédiatement en ce qui concernait les événements de Lyon, et que la Chambre passât à l'ordre du jour sur cette partie des interpellations; — sauf à continuer la discussion sur le surplus.

On était au 20 décembre , dans un temps très-rapproché du jour de Van; — j'insistai sur le tort immense que des discussions d'une nature aussi irritante faisaient au commerce, et particulièrement aux marchands de la capitale dont elles compromettaient la vente. Ce mode d'argumentation, qui devait trouver de l'écho dans les boutiques et dans la garde nationale , et qui mettait en péril la popularité de la gauche, m'attira les plus violentes apostrophes. Mais je fus vigoureuse-

* La famille de C. Périer aurait dû faire graver ces magniûques paroles au bas de sa lithographie. Je les ai inscrites sur Texemplaire que ses frères m'ont donné après sa mort

ment appuyé par les centres, et ma proposition fut adoptée d'emblée, sans que personne de l'opposition osât se lever à la contre-épreuve.

Au moment de la levée de cette séance, un des plus violents de l'extrême gauche m'apostropha vivement et me dit : u Comment, monsieur, vous dites que nos débats empêchent les marchands de vendre I vous voulez donc les ameuter contre nous, et nous faire assommer? » — a Monsieur, lui répliquai-je avec non moins de vivacité, l'émeute est venue chez moi, elle n'ira pas chez vous ; vous vous connaissez. ))

Suite des troubles de Lyon.

Il fut encore question des troubles de Lyon au commencement de février 1832. Dans la séance du 2, le général Demarçay, en donnant d'un air doucereux son appréciation des troubles, avait prononcé ces paroles imprudentes : « Je n'examine pas qui a tort, qui a raison. »

Je relevai vivement ces paroles : ce Gomment, lui dis-je, vous n'examinez pas qui a tort, qui a raison 1 — et c'est précisément ce qu'il faut examiner et exprimer d'une manière nette et claire. Or, il est parfaitement clair qu'ici ceux qui ont tort sont ceux qui , sous prétexte de faire de justes réclamations, ont eu cependant le tort de se révolter les armes à la main. (Aux centres : Très-bien 1 très-bien 1 )

» Et qui a eu raison? C'est le gouvernement, qui a fait rentrer les factieux dans l'ordre, qui a rappelé l'action de la loi, qui a rétabli l'ordre public sans effusion de sang. (Bravos prolongés.)

7i Mais quand ces émeutes ont eu lieu , quand vous-

mêmes avez dit au gouvernement dans votre Adresse au sujet de ces événements : Il faut que force demeure à justice , que force demeure à la loi ; — il faut au moins , pour qu'en effet force demeure à la loi , que dans cette enceinte oa siègent les représentants de la nation , il y ait une voix unanime , non douteuse , — une voix qui ne dise pas : J'ignore qui a tort au raison, et qui excuse un fait évidemment coupable par de prétendues bonnes intentions : — il faut une voix nette y forte y claire y qui dise hautement : La révolte a tort ; le gouvernement a raison. (Très-bien 1 très-bien 1 )

» Quand on pense que c'est la révolte qui a tort, on doit la condamner hardiment ; et cela n'empêche pas , après, de faire de l'opposition si l'on veut ; (très-bien ! très-bien I ) et alors on la fait en bonne conscience et avec discernement ; on la fait dans les circonstances ou le gouvernement peut être pris en faute, et non quand il est aux prises avec le désordre , et quand il a dé* fendu l'ordre social. — Autrement qu'arrive-l-il ? Que résulte-t-il de ces demi-paroles, de ces doutes sur le point de savoir qui a tort ou raison en matière d'é-meutes et de révoltes à main armée? — H arrive que, sans le vouloir (je le dis pour les orateurs de bonne foi) , on donne des encouragements, de funestes encouragements à la répétition constante de ces scandales, n (Oui! ouil c'est très-vrai 1 )

A cette citation tirée du Sténographe des Chambres, j'ajoute ce que place ici le Constitutionnel dans son ré* cit de la séance : a Voix nombreuses : Voyez ce qui s'est passé cette nuit I »

Et en effet, après la discussion de la veille, il y avait eu à Paris des rassemblements avec effusi<m de sang.

U importait donc grandement alors de défendre le

1832. TROUBLES DE GRENOBLE. 3g3

gouvernement si injustement accusé et la Société si criminellement attaquée I

Troubles de Grembk.

(20 mars 1832.)

Après les troubles de Paris et de Lyon sont venus ceux de Grenoble; et je ne veux pas séparer deux événements aussi connexes. Or, pour ceux-ci comme pour ceux-là, l'opposition a usé de la même tactique : — accuser le gouvernement, excuser les factieux, et donner en quelque sorte la main aux désordres par d'injurieuses attaques contre le pouvoir, ou d'insidieuses apologies pour ses irréconciliables adversaires.

Cette fois j'eus à répondre à M. Garnier-Pagès , jeune homme d'une figure enfantine, délicate, à l'air souffrant, une de ces figures qui déplaisaient à César j d'ailleurs plein de souplesse pour exprimer ou insinuer à la tribune des opinions qui allaient jusqu'au républicanisme le plus hardi. C'était chose avouée par lui et connue de la Chambre : ce n'était pas une raison pour lui passer ses fantaisies; et lorsqu'il avait frondé, attaqué tout à son aise, il fallait bien que quelque organe du gouvernement ou de la majorité lui répondit. Ce soin me fut encore dévolu : il semblait dans la Chambre que le soin de repousser les attaques de cette espèce me fût réservé comme une spécialité.

Garnier-Pagès n'avait pas dit comme Demarçay : J'ignore qui a tort ou raison. Il avait dit ouvertement : C'est le gouvernement qui a eu tort ; c'est la popula* tion de Grenoble qui a eu raison. Et il appelait population de Grenoble des conjurés ramassés de tous les repaires circonvoisins. Il avait accusé les troupes (le

35* de ligne) d'avoir fait feu sur les citoyens sans sommations préalables. En même temps qu'il attaquait la force armée, il accusait aussi le pouvoir civil, le procureur général : il attaquait tout. — Il me fallut tout défendre. Je pris le taureau par les cornes :

U est douloureux, dis-je en débutant, alors que du sein de cette Chambre ne devraient sortir que des moyens do paix et de conciliation, qu'on voie sans cesse se produire des opinions qui ne sont propres qu^à entretenir les troubles ou à en exciter de nouveaux. ( Voix nombreuses : Oui! oui! c'est vrai! )

Déjà je Tai signalé à cette tribune, et je ne me lasserai pas de le faire remarquer, il n'éclate pas un désordre au dehors , on ne voit pas une émeute, qui ne trouve ici des excuses et des apologies. ( Une voix : A la question ! )

Je repris : C'est la question : c'est la véritable , la seule ques* tion. Je la pose ainsi : Il n'y a pas un désordre qui ne trouve son excuse ou son apologie, et qui ne la trouve même à cette tribune. Toujours quelques orateurs sont disposés à excuser ou à justiGer ceux qui ont pris part au désordre, et toujours ces mêmes orateurs se montrent empressés à attaquer, à condamner l'autorité. ( Voix au centre : C'est vrai! c'est vrai! — Murmures aux extrémités.)

Comment voulez-vous donc que marche le gouvernement, quand dans le sein de la représentation nationale, dans cet abrégé de la population, qui devrait en être l'élite, parmi les dépositaires de son mandat, le premier mouvement, la présomption n'est pas en faveur de l'autorité et des agents de la loi, et lorsque «u contraire la première impulsion est de donner'tort à l'autorité €t raison au désordre? (Sensation.)

Je réfutai ensuite pied à pied toutes les assertions, toutes les témérités de M. Garni er-Pagès. Quand j'étais interrompu par la gauche , C. Périer de son côté m'appuyait par de vives apostrophes qu'il lançait aux interrupteurs. — Le discours finit par ce que le Moniteur appelle une approbation prolongée.

Si ces luttes, si vives et si souvent renouvelées, ^étaient pour moi ardues et périlleuses, j'avais du moins la satisfaction de me voir parfaitement soutenu par la

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