‹ Mémoires de M. DupinChapitre 79 sur 113 · ARRIÉRÉ DE LA LEGION D HONNEUR · texte numérisé non relu

ARRIÉRÉ DE LA LEGION D HONNEUR

millions, et en reportant cette somme sur la contribaiion directe, on vous a donc fait faire une mauvaise opération ^

Ce qu^on appelait V arriéré de la Légion d'honneur.

On pourrait dire que toutes les révolutions se résolu vent en argent — A peine un gouvernement nouveau s'élève y que de toutes parts surgissent les demandes , les réclamations , les exigences I Les uns lui demandent la réparation des torts qu'ils disent avoir éprouvés sous le gouvernement déchu ; d'autres réclament effrontément des récompenses pour avoir, disent-ils , conspiré contre ce gouvernement! 11 ne manque pas d'orateurs pour patroner les réclamants : les uns , par une générosité naturelle de C2u:actère, croyant seulement venir au secours d'une infortune ; les autres , par esprit de parti, pour venir en aide à leurs coreligionnaires; d'autres, en haine du nouvel état de choses , en vue de l'obérer s'il cède aux exigences, ou de le rendre odieux s'il résiste par l'impossibilité d'y satisfaire : — tous du reste s'accordant en ce point, qu'ils se donnent de l'importance et se procurent une clientèle dans la personne de tous ceux dont ils embrassent la cause et dont ils se font les défenseurs officieux.

De tous ces réclamants, les plus redoutables par le nombre et par la qualité , c'étaient les militaires qui réclamaient ce qu'on appelait Varriéré de la Légion d* honneur, c'est-à-dire le déficit laissé dans la caisse de la Légion par la perte des biens que la conquête avait fait entrer dans sa dotation , et que les désastres de 1815 en avaient fait sortir par un procédé inverse.

Tous les généraux dans la Chambre , et avec eux tous

* Aussi, depuis, cet impôt sur le débit des boissons a été rétabli par le gouvernemeat actuel; et il a bien fait.

ceux qui voulaient flatter le parti militaire, appuyaient ces pétitions avec chaleur. La Restauration y avait fait droit autant qu'elle l'avait pu , en allouant sur le trésor de France un fonds annuel de 3,600,000 francs. Pendant plusieurs aqnées, on s'en était montré satisfait, et il semblait que ce fût une affaire réglée.

Mais la spéculation s'empara de la question. Quelques agents s'adressèrent aux légionnaires, réveillèrent les appétits qui dormaient , leur demandèrent des procurations pour agir en leur nom : ce fut un véritable syndicat qui avait ses ramifications dans tous les départements; et il en résulta un déluge de pétitions dont un grand nombre de députés se rendirent les organes. — Ajoutez à cela les rappels de grades et de demi-soldes : a Jamais, comme je fus obligé de le leur dire (7 janvier 1831), jamais on n avait demandé tant d'argent au nom de la gloire ! ^

Assurément il était fort impopulaire de s'opposer à ce torrent; et cependant il le fallait, à peine de voir le trésor succomber sous toutes les réclamations. Je me chargeai de ce rôle périlleux à la séance du 7 janvier 1831, et j'obtins de la Chambre, à une très-grande majorité, qu'elle passât à l'ordre du jour sur ces péti-. tions *.

Grades et décorations conférés dans les Cent-Jours.

C'était comme une sorte de restauration impériale !

Quelques-uns voulaient faire remonter l'effet de cette proposition, non-seulement au l"mars, jour du débarquement de Napoléon en France, mais encore jusqu'au 27 février, jour du départ de l'île d'Elbe.

*' On s'est plusieurs fois obstiné à les renouveler depuis : elles ont eu le môme résultat.

Page 1