GRADES CONFÉRÉS DANS LES GENT-JOURS
II aurait fallu rendre les grades à tous ceux à qui Napoléon en avait accordé , et y attacher bien entendu un rappel de solde.
En même temps qu'on eût rendu force et vigueur aux décrets impériaux de nomination, il aurait fallu annuler les ordonnances royales qui avaient abrogé les décrets. Or, si Napoléon avait régné dans les Cent-Jours ; Louis XVIU avait aussi certainement régné après. L'abrogation avait donc été aussi légale que l'institution ; et proposer aux Chambres législatives de conférer après coup des grades, et des décorations , c'était leur proposer, en vue d'intérêts personnels et privés , de faire un acte de gouvernement et non un acte de législation.
C'est ce que j'essayai de démontrer dans les séances des 15 et 16 septembre 1831 , en répondant au général Lamarque et au maréchal Clausel.
Je me récriai aussi sur ce qu'on réclamait sans cesse pour l'armée, exclusivement pour l'armée, comme si les fonctionnaires civils n'avaient pas aussi bien que les soldats servi l'État; comme si un grand nombre d'entre eux n'avaient pas aussi subi d^injustes destitvr tionSy dont personne cependant ne demandait à les relever!— Pour colorer ce que cette préférence avait d'inique, le général Lamarque avait été jusqu'à dire : a Le cours de la justice peut être quelque temps interrompu sans péril pour l'Etat ( vive interruption au centre) ; mais l'armée ne peut pas cesser un seul instant de défendre la patrie, n
Je répondis à l'homme de guerre * :
u Rendons justice à Farmée; faisons des lois dans son intérêt et en son honneur, mais n'admettons pas que l'armée soit ni la
^ Sténographie dei Chambrei. Séance da 15 septembre 1831.
êsule force, ni la seule gloire de l'État! Qu'est-H^e que Tannée? nne force destinée à protéger le territoire; mais F armée ii*eil point au-dessus des lois ; elle les doit défendre , elle y doit obéir. Les lois, quand on ne se bat pas, sur qui reposent-elles? sur les magistrats, sur Tadministration cirile. Et pensez-vous que les auteurs du Code civil ne soient pas aussi des maréchaux dans leur partie ? ( Approbation marquée au centre gancbe.) Quant à moi, cW à Tarmée même que je m'en rapporterai sur la reconnaissance qui leur est due; et si la palme civique était offerte à nos guerriers, je leur demanderais s'ils refuseraient de la partager avec les législateurs et les jurisconsultes qui Font si bien méritée! (Nombreuses marques d'approbation.)
Honneur à l'armée , mais honneur à tous les services civik î Dans cette discussion il s'agit de la Légion d'honneur, des décora^ lions conférées dans les Cent Jours ? — Mais ce qu'il y a de plus beau dans la Légion d'honneur, c'est de n'en avoir pas fait seulement une décoration qui fût la récompense de ceux qui ont versé leur sang pour la patrie , mais encore de ceux qui , sans répandre de sang , ont servi leur pays de toutes les facultés de leur âme, de toute l'ardeur de leur dévouement; qui se sont attachés jour et nuit à assurer le repos des particuliers, la grandeur de l'État par des institutions qui maintiennent la liberté, la sûreté» la propriété , tous les droits des citoyens , et à qui l'armée ellemême doit une partie de sa gloire : car à quoi sert la force sans le conseil * ! Je vous le demande en effet à vous vieux militaires : — qu'aurait fait votre courage au dehors et sur les champs de bataille, si, par une bonne adminbtration intérieure, on n'eût pas songé au moyen de le soutenir ; si on vous eût laissé manquer de vivres et d'argent , si la guerre civile eût été derrière vous ? Je le demande enfin, à quoi servirait la valeur des armées, si, pendant que de braves soldats volent à la défense des frontières, un dub révolutionnaire s'insurge, et si l'anarchie fait trancher la tôle à tous les meilleurs citoyens! (Mouventent.)
Nous devons donc mettre tous les services publics sur la môme ligne; seulement, quand il s'agit de la Légion d'honneur, ne nous
* Parvi ium forts arma , ntjt iit cotuilium domi. — Qae ierait devenue notre année d'Orient en 1854 et 1855 f*il n*j avait pas en derrière elle an gOQvemement vigonrenx et intelligent ponr la diriger et la mnnir de ioot ee dont elle avait beaoin?