LA SOIRKE DU 23 ET LA \UIT DU 24 FEVRIER
[|age qui convienl à la situation qu*on aurait voulu lui faire par Taccusation même. Mais, en même temps que le Ministère, sani doute, ne s'oppose pas à ce que la Chambre se saisisse de telle ou telle question, la Chambre, on le lui a assez dit, a aussi le droit de décider V opportunité d'une question. Eh bien ! dans la situation où le Ministère continue à être chargé provisoirement d'une diflicile mission, à laquelle vous pourrez concourir, je Tespère, efQcacement, pour Tapaisement et la conciliation des esprits ; pendant ce temps, on va s'occuper de mettre les Minît** très en accusation! On les obligerait à s'occuper de leur prppre défense ! Cela est impossible. Malgré vous, Messieurs les Ministres, malgré la majorité, je demande Tajournement. » (Appuyé! appujé !)
L'ajournement ne fut pas prononcé. Ce que voulaient les ministériels, c'était d'aller dans les bureaux | d'y laver leurs chers patrons de l'accusation par une espèce Ôl ordonnance de non-lieu^ et de leur donner ainsi, en partant, un bill d'indemnité.
On mit donc à l'ordre du jour du lendemain la réU" nion des bureaux, pour examiner la proposition de l'acte d'accusation ; et, pour la séance publique, le Président ajouta son projet de loi sur la Banque de Bordeaux. — Mais le lendemain c'était bien autre chose , c'était le 24 février I...
La soirée du23et la nuit du 24 février.
L'annonce de la chute du ministère doctrinaire et du rappel de AL Mole produisit dans Paris un effet extraordinaire. Tous les gens de bonne foi regardaient la crise comme fmie. On illuminait ! lorsqu'un incident funeste vint ralhimer le feu qu'on croyait éteint.
Je n'entreprends pas de raconter en détail comment un coup de pistolet, tiré traîtreusement sur la troupe
452 FÉVKlEa 1848.
rangée devant le ministère des affaires étrangères ', amena une riposte meurtrière ; comment les cadavres étalés sur un tombereau furent conduits, d'abord au bureau du National^ puis dans différents quartiers ; comment ce spectacle tragique raviva les colères y servit d'excitation pour dresser dans la nuit des barricades formidables et renouveler les combats le lendemain matin.
Dans cette nuit formidable, que se passa-t-il ?
L'ancien Ministère n'existait plus....
Le nouveau n'existait pas encore. M. Mole avait récusé la charge. M. Thiers avait eu assez de dévouement pour l'accepter, en s'adjoignant Odilon Barrot, lui déférant la palme d'une popularité qu'il avouait être plus grande que la sienne.
Dans cette même nuit, le Roi. bien inspiré, avait conGé le commandement suprême de l'armée de Paris au maréchal Bugeaud , et fait rappeler MM. Guizot et Duchatel pour contre-signer sa nomination.
Les nouveaux Ministres, pleins d'estime d'ailleurs pour le Maréchal, crurent cependant devoir lui retirer ce commandement. Ils craignaient, disaient-ils, les préventions populaires élevées contre lui par le souvenir de la vive énergie qu'il avait montrée en 1835 I Or, c'est précisément pour cela qu'ils auraient dû le préférer. — Ils s'adjoignirent M. Duvergier de Hauranne, pour le conseil, sans doute; et le général Lamoricière, pour l'action , en lui conférant le commandement en chef de la garde nationale.
* Les menaces de rémeule contre M. Guizot étaient si violea« tes, qu'il avait bien fallu pourvoir à la sûreté de sa personne et de son hôtel, par Tenvoi d^une garde spéciale.
DiSPOSITIOXS MIUTAIRëS, — BARRICADES. 1^3
Collision. — Dispositions militaires. — Barricades. — Incidents divers.
Je ne veux, à cet égard, entrer dans aucun détail. Les divers journaux ont donné chacun sa version. Beaucoup d'ouvrages en ont composé des récits qui s'accordent en plusieurs points, et diffèrent sur d'autres. — Le plus certain, c'est que l'émeute seule obéissait à une direction. Du côté du Gouvernement, il y eut au contraire absence totale d'entente et de commandement!
Le livre qui m'a paru offrir à cet égard le plus de détails, et probablement les plus exacts dans leur ensemble , c'est V Histoire de l'armée et de tous les régiments, par M. Jules Ducamp, t. IV, p. 146, cb. vu, «intitulé tt les Banquets, — les Journées de Février ».
Il faut y joindre les pièces publiées dans le tome V, pages 262 et suivantes, des Mémoires d'un Bourgeois de Paris (M. Véron).
En recourant à ces pièces, on lira avec un vif intérêt : 1"* les détails contenus dans la lettre du maréchal Bugeaud, du 19 octobre 1848; 2^ le rapport inédit, inconnu, rédigé par un des généraux qui approchèrent souvent le roi Louis-Philippe, surtout à l'époque des banquets, sur les 22, 23 et 24 février; 3^ une lettre du général Trézel , ex-ministre de la guerre; 4** enfin, la lettre apologétique du général Bedeau , du 4 avril. — On peut joindre à cette dernière pièce les explications que le général s'est efforcé de donner devant l'Assemblée constituante , à la séance du 16 mars 1849 [Moniteur, p. 895), et devant l'Assemblée législative, à la séance du 23 mai 1850 (Ibid., p. 1787).
Jfr54 FÉVRIER 1848.
Proclamaiion des nouveaux Ministres. — Dépêche télégraphique. — Circulaire aux Préfets.
Le nouveau Ministère a révélé son existence au public par une Proclamation!
Cette proclamation , rédigée dans la nuit du 23 fé* vrier, imprimée dans quelques journaux (notamment la Presse et le Constitutionnel) y ci placardée, dès le matin, sur les murs de Paris , était ainsi conçue :
tt Citoyens de Paris , l'ordre est donné partout de D suspendre le feu. — Nous venons d'être chargés, par » le Roi, de former un nouveau Ministère. La Chambre m va être dissoute; un appel va être fait au pays ^. Le n général Lamoricière est nommé commandant en chef » de la garde nationale de Paris. MM. Thiers, Odilon n Barrot, Lamoricière, Duvergier de Hauranne soot^ n Ministres.
1) Liberté. — Ordre. — Réforme 1
n Odilon Barrot, Thiers. »
Après ce premier acte, et dès le matin, M. Odilon Barrot « s'installe au Ministère de l'intérieur. Il expédie immédiatement dans les départements une dépêche télégraphique, puis une circulaire, annonçant aux préfets l'avènement du Ministère Thiers-Barrot , la fin des troubles , et recommandant à ces hauts fonctionnaires de répandre cette heureuse nouvelle pour rétablir le calme dans les esprits » . ( Mémoires de M. Véron, t. V, p. 89).
* Ceci doit être rapproché de la phrase du discours de M. Odilon Barrot, dans la séance de la Chambre du !24 février : — « La régence de Madame la duchesse d'Orléans, des Ministres pris dans les opinions les plus éprouvées, vont donner plus de gages ù la liberté; et puis, un appel au pays ... . n