ABDICATION DU ROI
Cette proclamation et la dépêche télégraphique prouvent une grande conGance en eux-mêmes de la part des nouveaux Ministres.
Comme la cause la plus apparente de l'agitation avait été le renversement du Ministère doctrinaire, et son remplacement par des hommes plus populaires; ceux-ci ne doutaient pas de l'effet prodigieux que, dans leur imagination , l'annonce seule de leur nomination devait produire sur le peuple !
Dès lors, se disaient-ils, plus de combats à craindre! Bugeaud n'est plus nécessaire! — L'ordre est donné partout de cesser le feu, c'est-à-dire de cesser la dé'fense; car, malgré la proclamation, l'atiaque ne discontinuera pas \
Hélas! un tour de boulevard eut bien vite convaincu M. Odilon Barrot que le chef de l'opposition n'était plus Yidole du peuple! Mal accueilli par la populace, il se hâta de battre en retraite , et de retourner dans les bureaux du Ministère de l'intérieur.
Cette première proclamation était antérieure à 'l'abdication du Roi. — Par quels conseils cette abdication fut-elle suggérée? Par quels moyens fut-elle obtenue?... Je n'en sais rien. Je continuerai seulement à citer les faits tels qu'ils se sont révélés au dehors.
Abdication du Roi.
La bravoure personnelle du Roi était si connue , elle avait été tant de fois éprouvée, que personne ne croira qu'il ait abdiqué par timidité.
Je croirais plutôt, comme on l'a dit, que ce fut par
^ Le maréchal Ta dil, en liouime qui s*y connaissait : u On ne décourage pas reunemi avec des retraites!... » (Sa lettre du 19 octobre 1848.)
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la crainte de Teffusion du sang '. Motif bien noble assurément, mais qui, en 1835, n'avait pas empêché la royauté de faire son devoir, à Paris et à Lyon , et de sauvegarder l'ordre public et la monarchie : — c'est là sa mission.
La défection d'une partie de la garde nationale, jusque-là si dévouée, si affectueuse dans ses démonstrations, fut, dit-on, ce qui influa le plus sur la détermination du Roi. Mais la garde nationale n'était qu'un élément secondaire de la force publique; et quand l'armée entière demeurait ferme et (idèle, quand les deux Chambres se montraient dévouées au Roi, quand tous les pouvoirs étaient à leur poste, et prêts à obéir aux ordres qui leur seraient donnés par le Pouvoir suprême ; la défection de quelques compagnies de gardes nationaux devait-elle amener un découragement aussi subit, un abandon de soi-même aussi instantané et aussi complet?
Quels furent donc les conseillers d'un acte si désespéré ? Par quel moyen put-on persuader au Roi qu'il était à propos qu'il se dépouillât immédiatement du pouvoir, au milieu du péril, pour en investir un enfant?...
Certes, ce ne fut pas Marie-Amélie, qui, ce jour-là, épouse et mère. Reine surtout, montra (tout le monde Ta répété) une dignité égale à son rang, une fermeté supérieure à son sexe I
On a cité comme ayant pénétré aux Tuileries, sans y avoir été mandés, MM. Emile de Girardin, Duvergier de Hauranne , Crémieux!... Ce n'étaient pas là les
• M. Véron, dans ses Mémoires, tome V, p. 94, donne celte cause à Tabdication du Roi : « Il croyait écarter les soupçons, n apaiser Taniniosilé qui éclatait contre lui, et rendre tout à la r fois rétablissement de la régence plus facile et plus solide. ^
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conseillers habituels du Roi!... et je n'ai vu indiqués comme étant alors près de lui , dans ce moment suprême , aucun de ses meilleurs amis , aucun de ceux qui lui avaient marqué le plus de dévouement dans les difficiles crises de son règne. Enfin , pour un acte de cette importance , pas un Ministre n'était là pour l'authentiquer et le contre-signerl...
Voici, au surplus , dans quels termes cet acte était conçu :
tt J'abdique cette Couronne que la voi\ nationale n m'avait appelé à porter, en faveur de mon petit-fils » le Comte de Paris. — Puisse-t-il réussir dans la ft grande tâche qui lui échoit aujourd'hui I
» 24 février 1 848. » Louis-Philippe. »
On remarquera que nulle mention n'y est faite de la Régence.
Départ du Roi.
Le départ du Roi fut résolu immédiatement. On en trouve le récit dans V Histoire de l'année, t. IV, p. 309. — Je laisse parler l'auteur : u On avait fait demander des voitures aux écuries de la rue Saint-Thomas-du- Louvre. Ces équipages reçurent en chemin une décharge qui tua deux chevaux; le piqueur qui les précédait fut frappé d'une balle dans les reins. Son cheval prit le galop , et l'emporta à travers la place du Carrousel jusqu'à l'Arc de Triomphe, oii le cavalier tomba expirant aux pieds du duc de Nemours ; le piqueur s'appelait Hairon \ Les équipages, arrêtés par le peuple, furent brûlés. Voyant que ce moyen de retraite
* Il faut rapprocher de ceci le passage de M. Tirel, ci-après pa^jc 459. Il est plus précis en ce qui touche le piqueur qui était sous ses ordres, et agissait sous ses yeux.
manquait a son père, le Prince chargea le général de Ghabannes de faire venir d'autres voitures moins susceptibles d'attirer l'attention, à la grille des Tuileries, dite du Pont-Tournant. Les premières qu'on trouva forent un petit coupé bleu , l'un de ceux qui servaient aux ofiBciers d'ordonnance, et un cabriolet faisant aussi partie du service du Château. On y joignit un second coupé qui se trouvait là, et qui appartenait à une des personnes venues chez le Roi.
it Décidé à partir, Louis-Philippe ne retourna même point dans ses appartements. Il croyait, par son abdication, être rentré dans le droit commun, et ne devoir prendre nul souci de ce qu'il abandonnait. Il pensait conduire sa famille au château d'Eu, pour laisser aux choses le temps de s'arranger, et revenir ensuite prendre toutes les mesures qui étaient de sa vie privée et de ses intérêts personnels. Le Roi, la Reine, le duc de Montpensier, la princesse Clémentine, le duc de Saxe- Cobourg-Gotha, son mari, leurs enfants, la duchesse de Nemours et les siens ^ quittèrent le Palais par la porte du pavillon de l'Horloge; ils s'avancèrent à travers le jardin par la grande allée du milieu. La Famille Royale était accompagnée des deux aides de camp de service , les généraux de Berthois et Dumas ; du docteur Pasquier, chirurgien du Roi; de quelques officiers d'ordonnance , et de diverses gens du service intérieur. C'est à tort qu'il s'est accrédité dans l'opinion , et que plusieurs écrivains ont dit, que le Roi s'était retiré par le souterrain que recouvre la terrasse dite du bord de l'eau. La Famille traversa le milieu du jardin, et gagna ainsi la grille du Pont-Tournant. «
M. Tirel , contrôleur des équipages du Roi, et qui devait mieux que personne connaître cet épisode, Ta